ENQUêTE 45 milliards d'euros d'investissements pour prolonger la vie du parc nucléaire français (source : EDF)
Depuis l'accident de Fukushima en 2011, le consensus français autour du nucléaire n'est plus qu'un souvenir. Au cours de la campagne pour l'élection présidentielle, François Hollande s'est engagé à abaisser la part du nucléaire dans le mix électrique de 75 à 50% d'ici à 2025. Et la centrale de Fessenheim (Bas-Rhin) sera fermée d'ici à 2017. La mise en service de nouvelles capacités de production électrique, en particulier d'origine renouvelable, permettra d'atteindre « naturellement » ce taux de 50%, affirme Henri Proglio, le PDG d'EDF. Mais la question de prolonger ou non la durée de vie des réacteurs de quarante à soixante ans reste ouverte. Chiffrée par EDF à 45 milliards d'euros, la prolongation est questionnée par le développement massif des énergies renouvelables et thermiques. « De telles orientations stratégiques n'ont pas fait l'objet d'une décision explicite, connue du grand public, alors qu'elles nécessitent des actions de court terme et des investissements importants », s'inquiète Didier Migaud, le premier président de la Cour des comptes. Cette indécision pèse sur l'industrie hexagonale, car les 45 milliards d'euros de travaux bénéficieraient en priorité aux acteurs tricolores : Alstom, Areva, Bouygues, Suez, Vinci, Onet et leurs dizaines de sous-traitants. Henri Chapotot, le délégué général du Groupement intersyndical de l'industrie nucléaire, estime à 20 000 le nombre d'emplois potentiels.
L'emploi, c'est l'argument massue que fait valoir toute la filière de l'atome civil. Non contente de faire travailler directement 125 000 personnes, l'électricité d'origine nucléaire (et son faible coût) soutiendrait aussi 150 000 emplois dans et autour des usines électro-intensives. « Ces emplois seraient rapidement menacés par un dérapage des prix de l'électricité », selon Laurent Chabannes, le président de l'Union des industries utilisatrices d'énergie. Quoi qu'il arrive, les prix de l'électricité vont inévitablement croître. Selon l'Union française de l'électricité, un industriel paie son électricité 78 euros par mégawattheure. Il paiera 110 euros en 2030. Si le mix passe à 50%, le prix grimpera à 129 euros... « L'une des grandes questions de ce débat sera de savoir si le nucléaire apparaîtra comme une énergie du futur ou du passé », résume Alain Bucaille, conseiller d'Areva. Au CEA, on est évidemment dans le premier camp. Pour l'institution, l'avenir du nucléaire passe par des réacteurs au sodium, moins gourmands en uranium et qui produisent peu de déchets. « Ces réacteurs sont étudiés de très près en Chine, en Inde et en Russie. Il est important de maintenir l'avance scientifique et industrielle de la France », assure Régis Baudrillart, le directeur adjoint de l'énergie nucléaire au CEA. Il vient d'ailleurs de signer un partenariat avec Bouygues pour construire, d'ici à 2020, un prototype de 600 MW baptisé Astrid. Quelle que soit l'orientation choisie, démantèlement ou développement, les industriels français ont une belle carte à jouer. « Celui qui démantèlera les premières unités sera le mieux placé pour emporter toutes les autres », assure Dominique Mocky, le directeur aval chez Areva.
LA CENTRALE DE FESSENHEIM FERMERA-T-ELLE ?
François Hollande a promis d'engager la fermeture de la centrale de Fessenheim (Bas-Rhin), la plus vieille de France, d'ici à 2017. Une demande relayée depuis plusieurs années par les riverains allemands et suisses de ce site érigé dans une zone sismique et inondable. « EDF fermera une centrale dans le cadre d'une gestion dynamique de son parc... d'ici huit à dix ans », croit savoir un proche du dossier. EDF vient de confirmer 20 millions d'euros d'investissements pour épaissir le radier de la centrale, comme l'avait demandé l'Autorité de sûreté nucléaire. L'arrêt effectif pourrait intervenir en 2019 ou en 2020.









