imprimer

Le nucléaire cherche ses techniciens

Le 11 mars 2010 par Arnaud Dumas | L'Usine Nouvelle n° 3183

Les départs en retraite massifs prévus jusqu'en 2015 poussent la filière à recruter des techniciens pour la conduite et la maintenance des centrales. Mais pour être opérationnels, ils doivent suivre une longue période de formation.

Le 8 mars, lors de son discours à l'OCDE, Nicolas Sarkozy l'a annoncé, la France va se doter d'un Institut international du nucléaire (lire l'encadré ci-dessous). Une filière de formation spécifique nécessaire vu le niveau de technicité des métiers. En arrivant à la centrale nucléaire du Blayais, près de Bordeaux, Sophie Martin ne se doutait effectivement pas du niveau de qualification exigé. « Par rapport à mon expérience antérieure, le nucléaire est plus complexe, car il y a beaucoup de procédures, de normes de qualité et de sécurité à respecter », confesse cette technicienne en planification, dont le métier consiste à prévoir les opérations de maintenance nécessaires et à les planifier pendant les huit semaines d'arrêt annuelles des réacteurs nucléaires (lire page 53). Comme les 500 techniciens recrutés tous les ans par EdF, elle a dû passer par l'académie des métiers.

Ce programme massif de formation, qui concerne 2 000 salariés par an, a été mis en place par le groupe électricien afin d'anticiper l'hémorragie de compétences qu'il subira jusqu'en 2015. Près de 45 % de son effectif doit en effet quitter le groupe d'ici là. « Toute la génération ayant mis en place les sites nucléaires va partir à la retraite, s'alarme Daniel Le Saint, le directeur de la formation de la division production nucléaire d'EdF, chargée de l'académie des métiers. Nous devons renouveler les générations tout en sachant que, compte tenu de la nature de notre activité, nous ne pouvons pas nous permettre d'avoir un déficit de compétence ».

Chaque nouvel entrant chez EdF, qu'il soit jeune diplômé ou bien technicien expérimenté en reconversion professionnelle, suit le même parcours. Il commence par quatorze semaines de formation théorique à la « nucléaire attitude », qui lui permettent d'obtenir l'habilitation à circuler dans les zones protégées. Puis, il poursuit par des formations techniques sur les métiers - jusqu'à 1 000 heures pour les techniciens d'exploitation -, pour saisir toutes les spécificités du travail en milieu radioactif. Originalité de l'académie, elle fait aussi bien appel à des formateurs qu'à des agents expérimentés en poste. Un moyen pour l'électricien de transmettre le savoir-faire des anciens vers les nouvelles recrues et de conserver ses compétences internes.

Au total, un technicien doit attendre près d'un an avant d'être entièrement opérationnel à son poste. « Nous faisons toutefois le maximum pour qu'ils puissent aussi travailler pendant leur formation sur des domaines non nucléaires, comme celui de la production d'électricité des centrales », relativise Daniel Le Saint.

FACE À LA DEMANDE, UNE PÉNURIE DE FORMATEURS

Mais EdF n'est pas seul en cause. Toute la filière du nucléaire doit faire face à la même problématique, qu'il s'agisse des exploitants, des fabricants de réacteurs ou de leurs sous-traitants. Ces derniers recrutent en effet autant de techniciens tous les ans que leurs donneurs d'ordres. Et eux aussi doivent les former, avec le même niveau d'exigence, leurs techniciens étant amenés à travailler en milieu radioactif. « Il faut savoir faire bien du premier coup », résume Damien Gousy, le directeur exécutif du Sifop, un organisme de formation spécialisé dans les métiers du nucléaire et installé à Dunkerque (Nord), près de la centrale de Gravelines.

Pour cela, la vingtaine de centres de formation spécialisés en France sont étroitement surveillés par les donneurs d'ordres. Ils doivent être certifiés par le Comité de certification des entreprises pour la formation et le suivi du personnel travaillant sous rayonnements ionisants, le Cefri. Mais ils doivent aussi obligatoirement disposer d'un chantier école pour former les techniciens sur de véritables machines et recruter des formateurs habilités. Mais, là encore, les effets du papy-boom se font ressentir et risquent de freiner la filière.

« La demande de formation est de plus en plus forte, constate Damien Gousy. A tel point que nous devons faire face à une pénurie de formateurs. Les organismes de formation se font la guerre pour recruter ! » De douze formateurs, le Sifop souhaiterait passer à quinze et réduire de facto les délais d'attente de ses clients. Aujourd'hui, un prestataire peut patienter jusqu'à trois mois avant de trouver une session de formation disponible.

Partagez l’info :

Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin Partager cet article sur Wikio envoyer à un ami

Effectuer une autre recherche

Rechercher
À la une
Ouvrier Soudure

Agenda de l'industrie : la semaine du 13 au 19 février 2012

C'est une semaine à tendance politico-industrielle qui s’annonce. Mais aussi...

Taxe

Cette taxe que l'on a exportée partout

C'est sans doute la technologie que nous avons le mieux vendue à l'étranger. Sans...

Pierre Gattaz

"La techno que je déteste ? Le trading haute fréquence"

Pierre Gattaz, président de Radiall et du Groupe des fédérations...

Usine sous la neige

De la vague de froid à la TVA sociale, une semaine d'industrie

Ce sont surtout les basses températures, le verglas et la neige qui auront...


© L'Usine Nouvelle    - Publicité- Conditions générales d'utilisation - RSS - Pour nous contacter