Le nouveau marché de l'école numérique
Par Patrice Desmedt - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3202Après des années d'expérimentation, les établissements scolaires font enfin entrer les nouvelles technologies dans leur quotidien. Autant de débouchés pour les éditeurs de solutions et les intégrateurs.
La rentrée scolaire 2010 se fera sous le signe du numérique. Dix ans après les toutes premières expérimentations, les environnements numériques de travail (ENT) se généralisent. Et les classes numériques mobiles se multiplient, boostées par l'opération « Écoles numériques rurales ». Mais le cartable numérique et son fantasme de l'élève emmenant un micro-ordinateur portable en guise de cartable avec ses différents manuels a fait long feu. Les collectivités locales ont en effet pris acte de la généralisation de l'ordinateur dans les foyers. A quoi bon les équiper puisqu'environ neuf adolescents sur dix ont accès à internet depuis leur domicile. Les autres sont invités à utiliser les ordinateurs mis à disposition dans leur établissement ou à la médiathèque. Actuellement, 25 projets d'ENT sont en cours de déploiement à grande échelle ou en phase d'appels d'offres. Ils concernent l'ensemble des établissements dans 23 académies et 13 régions. D'ici à 2015, ces projets devraient concerner plus de 5 millions d'élèves et d'enseignants.
Ce développement aiguise les appétits des industriels. À commencer par les éditeurs. Sept solutions logicielles, proposées par Infostance, Itop, Kosmos, Logica, Esup-Portail, Erasme et Logica-Fylab, ont été sélectionnées par la Caisse des Dépôts et sont mises en oeuvre par des sociétés de services informatiques, locales ou nationales. Pour la SSII Logica, intégrateur de « Lilie » en Ile-de-France (lire l'encadré ci-contre), il s'agit même d'un axe stratégique depuis 2003. « Nous avons un noyau dur de personnes passionnées par ce sujet », explique Olivier Vigneau, le directeur ENT chez Logica.
Ces solutions logicielles répondent à un cahier des charges précis. Un ENT est, à la base, un portail de services en ligne sécurisés, qui offre un point d'accès unique où élèves, enseignants, parents, personnels administratifs, peuvent trouver des informations et des services (cahier de textes, accès à des documents, espace de travail et de stockage, consultation des notes, messagerie et visioconférence...).
ÉQUIPER LES CLASSES EN LOGICIEL ET EN MATÉRIEL
Des manuels scolaires numériques peuvent aussi enrichir les contenus. Malgré leur réticence face à un modèle économique nouveau, les éditeurs étoffent petit à petit leurs catalogues, répertoriés sur le kiosque-edu.com. Hachette, Hatier, Belin, Larousse, Magnard ou Garnier sont présents. Mais le manuel numérique ne remplace pas encore le manuel papier. L'élève laisse le manuel traditionnel chez lui et accède à la version numéri-que en cours ou pour trouver des contenus multimédias complémentaires.
Parallèlement aux ENT, se développent les « classes numériques mobiles », destinées à compléter, voire remplacer les salles informatiques, qui obligent les élèves à des déplacements à l'intérieur de l'établissement. Rangée dans un unique meuble à roulettes, une classe numérique mobile contient toute l'informatique nécessaire : un ordinateur portable par élève, un point d'accès pour un réseau sans fil Wi-Fi, un vidéoprojecteur, éventuellement une imprimante-scanner et un tableau blanc portatif, comme ceux proposés par eBeam ou Mimio. Pour la mise en route, il suffit de brancher la prise électrique...
Sur ce marché particulier, la société Arrobox de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes) conçoit le mobilier, le fait fabriquer et intègre les outils informatiques. « Nous sommes les seuls à être exclusivement spécialisés, depuis 2007, dans la réalisation de classe mobile », insiste Eric Sgarroni, le directeur général de cette PME de 5 millions d'euros de chiffre d'affaires et de 20 employés. Arrobox a ainsi fourni les départements du Rhône, de l'Isère et de l'Aude. On trouve également des sociétés de services qui ont inclus ce type de prestations à leur catalogue, comme Quadria de Limoges, en Haute-Vienne (100 millions d'euros de chiffre d'affaires, 450 employés), qui a équipé des classes de Seine-Maritime, de l'Eure et de l'Hérault ou de la ville de Limoges.
Parmi les constructeurs informatiques, seul Toshiba se distingue avec une offre structurée. Il propose notamment un espace de travail hébergé et un ENT comprenant des applications pour la gestion de la vie scolaire et des applications pédagogiques hébergées ou virtualisées, qui fonctionnent sur un PC indépendamment du système d'exploitation. Il permet également l'enregistrement de cours audio et vidéo. Ces applications, nées d'une convention avec l'université de Strasbourg, sont libres de droits. Toshiba les a déjà fournies au conseil général de Moselle et à la région de Bourgogne.
UN TABLEAU BLANC INTERACTIF
Enfin, cette rentrée est aussi celle qui concrétise la mise en place à grande échelle de l'opération « écoles numériques rurales ». Lancée en avril 2009 par le ministère de l'Education nationale, elle prévoit d'aider 6 700 communes de moins de 2 000 habitants à hauteur de 10 000 euros. L'équipement de base comporte la classe mobile, avec un tableau blanc interactif et une imprimante (un ensemble vendu entre 7 000 et 12 000 euros), complété de ressources numériques. Arrobox a ainsi équipé un peu plus de 2 000 écoles, Toshiba 1 500 et Quadria 800.
Seul le français Archos, connu pour ses baladeurs multimédia et ses tablettes numériques, propose un micro-ordinateur spécifique pour les écoles primaires, baptisé Cartable numérique. Il s'agit d'un mini-PC à écran 9 pouces équipé d'une poignée, d'une coque antichoc et d'un clavier résistant à l'eau. Mais impossible de savoir si des élèves pourront l'utiliser. Les chiffres de sa diffusion, restent, pour l'instant très confidentiels.











