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Le nouveau défi de la microélectronique provençale

Par De notre correspondant, Jean-Christophe Barla - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3194

La majeure partie de l'unité de semi-conducteurs de l'américain Atmel à Rousset (Bouches-du-Rhône) va changer de mains. Cette restructuration semble ouvrir plus d'opportunités que de menaces pour la filière.

La vente par Atmel de toutes ses activités de Rousset menace-t-elle le devenir de la microélectronique en Provence ? A priori non puisque les repreneurs ne manquent pas ! L'usine, qui compte environ 1 350 salariés, a déjà trouvé acquéreur en 2009. L'activité de fabrication et de développement de semi-conducteurs sera reprise d'ici à l'été par LFoundry, un producteur allemand de circuits de signaux analogiques mixtes pour la communication, l'automobile, l'énergie, l'aéronautique... La partie conception de microcontrôleurs sera acquise par le français Inside Contactless. Ce spécialiste des technologies sans contact d'Aix-en-Provence, a prévu de finaliser l'opération au troisième trimestre. Il doublerait quasiment son effectif de 166 personnes en récupérant près de 150 salariés basés à Rousset et sur le site écossais d'East Kilbride. « Avec les deux activités, notre chiffre d'affaires s'élèvera à 150 millions de dollars. A l'international, qui représente 97 % de nos ventes, nous gagnerons encore en crédibilité », assure le directeur financier de la société aixoise, Richard Vacher Detournière.

Cette double reprise des activités d'Atmel ne se fera pas sans douleur. Le trésorier du comité d'entreprise, Jean-Yves Guerrini, ne cache pas ses craintes. S'il apprécie le « sérieux » et « la vision stratégique » de Michaël Lehnert, le président de LFoundry, il pense aussi que « s'il échoue, l'autre usine de semi-conducteurs, STMicroelectronics, finira par reconsidérer ses positions à Rousset ». Le repreneur envisage d'ailleurs de se séparer de 190 personnes par le biais de départs volontaires. Mais le pire n'est pas sûr. Pour Robert Leydier, le président du spécialiste de la conception de semi-conducteurs Invia, la nouvelle unité pourrait faciliter l'expansion d'entreprises locales. Selon lui, elles trouveront dans LFoundry le fabricant à façon qu'Atmel ne pouvait être. « Certains clients solliciteront peut-être des sociétés de conception comme la nôtre », espère Robert Leydier.

Des plates-formes modèles de R et D

La reprise des activités d'Atmel valide les efforts des acteurs industriels et académiques locaux pour approfondir l'ancrage de la filière microélectronique en Provence. Tout un tissu vit pour et autour de ce secteur. En 2005, par exemple, l'Association pour la recherche sur les composants et systèmes intégrés sécurisés (Arcsis) a porté la création du Centre intégré de microélectronique (CIM Paca). Cette structure, articulée autour de trois plates-formes mutualisées de R et D (conception, caractérisation et micropackaging), a servi de modèle au gouvernement pour lancer un appel à projets pour les plates-formes d'innovation technologique. L'Arcsis, qui compte une soixantaine de membres, est le pilier microélectronique du seul pôle de compétitivité à vocation mondiale de la région : Solutions Communicantes Sécurisées (SCS).

Une nécessaire diversification

L'installation à Gardanne du Centre microélectronique de Provence Georges Charpak, sous l'égide de l'Ecole des mines de Saint-Etienne, a également conforté des activités de formation et de recherche utiles à toute la filière. Et le positionnement à Rousset du Centre national RFID (identification par radiofréquence) fait de la région une référence dans le domaine. Comme le dit Marc Tassel, le directeur de la Mission de développement économique régional, émanation de l'Agence française pour les investissements internationaux (Afii), « LFoundry ne viendrait pas en Provence si il n'était pas sûr de son coup ! »

Les crises cycliques du secteur ont renforcé le tissu en incitant les PME du bassin de Rousset à s'affranchir d'un rôle de simple sous-traitant. « Celles qui ne se sont pas diversifiées ont disparu, précise Laurent Roux, le PDG de Ion Beam Services (IBS), passée en 2004 d'un modèle de pur service à celui intégrant la fabrication d'équipements. Notre machine Pulsion d'implantation ionique à immersion plasma va accélérer notre déploiement auprès des grands comptes américains et asiatiques. La pérennité d'IBS me paraît plus assurée que celle d'un donneur d'ordres soumis à des logiques financières à court terme. »

L'émergence des technologies solaires

Rockwood Wafer Reclaim a dû, elle, étoffer son portefeuille de clients et de marchés pour compenser la chute des volumes de tranches de silicium à recycler. « Nous développons de nouveaux services sur l'amincissement des tranches de silicium [wafers] pour l'intégration 3D et sur le traitement de surface de substrats Sapphire pour la fabrication de LED et circuits RF. Leur part progressera en 2010 dans notre chiffre d'affaires, mentionne Georges Peyre, le directeur commercial. La plate-forme micropackaging de CIM Paca nous a permis d'amorcer les développements et d'affiner notre savoir-faire. »

Spécialiste des traitements thermiques, Vegatec s'est orientée vers le nucléaire et les grands projets scientifiques (Iter...). « Cette stratégie nous a mis à l'abri de déconvenues », indique Robert Michel, le PDG. Fabricant de liquides de polissage de wafers, Kemesys a changé, elle, d'approche en 2006 : 50% de son activité provient désormais de la cosmétique. Mais son PDG, Bernard Laborie, mise toujours sur la microélectronique. Pilotant un projet R et D de CIM Paca et du pôle SCS sur le reconditionnement de liquides de polissage, aux côtés d'Atmel, ST, Rockwood et Vegatec, Kemesys espère aboutir à une « innovation mondiale » début 2011.

Plus récemment, la Provence a vu émerger une filière autour des technologies solaires. Le CEA est en train d'aménager à Cadarache la plate-forme Mégasol, sur 100 hectares, pour que des entreprises y testent leurs prototypes de centrales solaires. A Rousset, Nexcis annonce pour 2012 une usine pilote pour la fabrication de modules photovoltaïques souples, ultraminces et à bas coûts. A Aix, Bertin Technologies planche, elle, sur des procédés novateurs pour centrales solaires thermiques à concentration.

Jean-Paul Hoffmann, chargé du développement économique de Rousset, sent qu'une mutation est en marche. « Les technologies couches minces ouvrent de réelles opportunités en termes d'investissement », assure-t-il. Sept PME provençales (IBS, Kemesys, Vegatec, Silios, EHW Research, Coexel et NBS Technologies) se sont d'ailleurs réunies dans le « cluster solaire » Sunsmart. Et le comité stratégique d'Arcsis a confirmé l'an dernier l'orientation de la filière microélectronique sur les cellules solaires couches minces. « Nous nous devons d'anticiper les business de demain », justifie Hugues Dailliez (ST-Ericsson), le président du comité stratégique d'Arcsis.

En écho à cette volonté, les industriels multiplient les annonces. Solaire Direct affirme qu'il se dotera d'ici à 2011 d'une usine de panneaux photovoltaïques cristallins à Peyruis (Alpes-de-Haute-Provence) pour 11 millions d'euros. La jeune société aixoise SolarQuest prévoit d'investir 9 millions d'euros dans une unité à Rousset pour y fabriquer des ombrières photovoltaïques pour parkings et assembler des panneaux pour toitures. Son PDG, Emmanuel Mannoni, croit aux synergies entre microélectronique et photovoltaïque : « Grâce à ses salariés très bien formés à manipuler le silicium, la première peut servir de vivier de compétences à la seconde pour tirer l'offre vers le haut. »


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