Le moral des ménages flanche en avril

Le 29 avril 2008 par Rédaction L'Usine Nouvelle
 ReutersPersonneIndustrie

La nouvelle dégradation de l'opinion des Français sur leur niveau de vie fait craindre un ralentissement de la consommation. Pourtant, les commandes dans l'industrie restent fermes, selon les enquêtes de conjonctures publiées aujourd'hui par l'Insee.

Jusqu'où va dégringoler le moral des ménages français ? Celui-ci a encore baissé d'un point en avril (à -36 contre -35 en mars) selon la dernière enquête de conjoncture publiée aujourd'hui par l'Insee. L'indice résumé touche ainsi un nouveau plus bas de son histoire, et la dixième baisse consécutive.
 « Les ménages sont plus pessimistes sur les perspectives d'évolution du niveau de vie en France, (de -40 à -43), » note l'Insee. Mais est-ce si surprenant dans un contexte où en mars l'inflation décolle, la consommation des Français plonge, et les réformes à venir invitent au serrage de ceinture ?

« On peut certes y déceler un scepticisme quant à l'évolution de la politique économique du gouvernement, analyse Alexander Law, économiste chez Xerfi, mais également de vives inquiétudes face au trou d'air que doit affronter l'économie française ». Et cette nouvelle dégradation du moral des Français met à mal les perspectives de consommation, traditionnel moteur de croissance.

Anticipation d'inflation

Pourtant, le début d'année ne semblait pas si noir. Comme en témoigne l'opinion des ménages sur l'évolution passée du niveau de vie  qui s'améliore par rapport à l'enquête de mars (-71 à 69 en avril). Le solde sur l'opportunité de faire des achats importants reste stable, à -28. Même constat positif quant à l'évolution passée de la situation financière personnelle des ménages : elle s'améliore (-30 à -29). Ces quelques améliorations prouvent que « le premier trimestre a été presque correct » souligne Alexander Law.

En revanche, ces composantes virent au rouge pour les prochains mois. Les ménages français sont plus pessimistes sur leur situation personnelle et financière future. Leurs anticipations d'inflation sont supérieures à celles du mois précédent. "Les ménages semblent attendre pour voir si l'inflation pourrait avoir dépassé son pic de 3,2% en mars", estime Mathieu Kaiser, économiste chez BNP Paribas. Mais elle ne "refluera pas significativement avant le dernier trimestre au mieux, si les prix des matières premières finissent par se modérer".

Seule source d'optimisme : en avril, l'opinion des Français sur les perspectives d'évolution du chômage s'améliore assez nettement, relève l'Insee. Les déclarations répétées de Bercy sur la baisse du chômage et les 300 000 créations d'emplois en 2007 auraient eu quelques effets.

Ralentissement de la demande globale

Du côté des industriels, les perspectives sont plus nuancées, selon l'enquête trimestrielle de conjoncture dans l'industrie également publiée ce jour par l'Insee. Au cours du premier trimestre de 2008, les demandes globale et étrangère sont restées relativement fermes dans l'industrie manufacturière. Mais  pour le deuxième trimestre, ils « anticipent un ralentissement sensible de la demande globale. La demande étrangère pourrait également se modérer, mais de façon moins prononcée", écrit l'Institut.

Au cours du premier trimestre de 2008, l'appareil de production de l'industrie manufacturière a de nouveau été moins sollicité : la proportion d'entreprises mentionnant des goulots de production diminue de 4 points, comme au cours du trimestre précédent. Pour l'économiste de Xerfi, « le secteur secondaire français est particulièrement pénalisé par la hausse de l'euro qui nuit à la compétitivité-prix sur les marchés extra-européens ».

Les effectifs ont également baissé et la tendance pourrait s'accentuer dans les prochains mois. « Les difficultés de recrutement dans l'industrie manufacturière croissent pour les cadres", ajoute l'Insee. En somme, si les industriels semblent préparés aux turbulences de l'économie, ils n'en subiront pas moins ses conséquences dans les trimestres à venir. Avec un fardeau de plus sur le dos : une demande des ménages pour le moins incertaine.

Carmela Riposa


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