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Le modèle allemand bientôt has been ?

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Angela Merkel
© SIPA

L’imprudence de Christine

On a connu la ministre de l’économie Christine Lagarde plus raisonnable. Pour qui veut briller par la rhétorique la fonction de ministre de l’Economie est ingrate. Tous les mots sont pesés au trébuchet par la communauté financière. Pis, la science économique n’ignore pas l’importance de la psychologie humaine – y compris chez les théoriciens libéraux, contrairement à ce que prétendent certains opposants à l’évidente mauvaise foi – le ministre de l’Economie est par nature un personnage étrange pour qui « tout va toujours bien ». Annoncerait-il le contraire, les entreprises et les ménages adapteraient leur comportement, au risque de valider par leurs actes les propos ministériels.

Dès lors, la sortie de la ministre dans le Financial Times contre la déflation salariale allemande a été pesée et soupesée. Nul doute que ces propos s’inscrivent dans le cadre des négociations européennes consécutives aux difficultés financières grecques. Le refus allemand de payer pour la Grèce irrite Paris, qui voudrait bien profiter de l’incident pour renforcer la coordination économique entre les pays de la zone euro, en créant au besoin une institution ad hoc pour assurer la solidarité financière des pays de la zone.

Un nouveau tabou économique levé

Au-delà de ce contexte particulier, la sortie de Madame Lagarde est intéressante car elle ouvre un nouveau débat qu’on croyait impossible depuis quelques années : la désinflation compétitive est-elle une stratégie économique adaptée à la situation actuelle ?
La désinflation compétitive vise à constituer un avantage comparatif en serrant les coûts. Le but ? Gagner des parts de marché à l’exportation. Ce choix a aussi un coût. La baisse des salaires a été telle outre-Rhin que l’année 2009 a été marquée par une contraction de 5 % du PIB. Quand la demande étrangère se tarit, crise mondiale oblige, le pays exportateur ne peut pas se retourner vers son marché intérieur.

Les logiques de la coopération

Dans une zone économique comme l’Europe, ce comportement pose cependant de vrais problèmes, parce que ce qui est gagné par l’un est forcément perdu par un autre. Pis, ce genre de stratégie peut conduire à de dangereuses escalades, chaque pays cherchant à réduire davantage ses coûts que son voisin pour obtenir de meilleures parts de marché. Cela peut au pire déboucher sur une spirale déflationniste aux effets délétères.

L’économie oppose au moins deux modes de croissance : d’un côté un jeu coopératif où l’ensemble des nations coordonnent leurs efforts pour se développer conjointement. L’économie mondiale – ou plus exactement l’économie des grands pays capitalistes - durant les 30 glorieuses correspond  à ce schéma. Le second modèle est moins coopératif, il vise à gagner des parts de marché au détriment de ses voisins, c’est celui de la recherche de la compétitivité relative.  Le choix de favoriser les exportations allemandes heurte d’autant plus qu’elle se fait dans le cadre d’une union monétaire et économique. Autrement dit, les pays de la zone euro devraient coordonner davantage leur politique pour mieux assurer un développement harmonieux de la zone.

Une fois encore, on voit bien que l’instauration d’une monnaie commune n’était pas que la mise en place d’une commodité bien pratique pour les touristes d’un week-end, les habitués des compagnies low-cost, et de quelques cadres paneuropéens. C’était une décision politique qui en appelait d’autres pour donner sa pleine mesure. Les Européens n’ont pas su en tirer toutes les conséquences à l’époque de la création de l’Europe. La crise actuelle le rappelle cruellement. Les propos de la ministre de l’économie aussi. Après les mots, les actes ? Reste qu’il est peu probable qu’une accusation publique soit le meilleur moyen de lancer un jeu coopératif...

Christophe Bys
 

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