Le meuble passe à l'eau
Par Marion Deye - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3045Contraints par la réglementation européenne, les fabricants de meubles abandonnent les procédés classiques de finitions à base de solvants au profit de solutions hydrosolubles. Un changement qui stimule les fournisseurs.
Jour J moins huit mois. Transcrite en droit français, la directive européenne, qui oblige les fabricants de meubles à réduire leurs émissions de composés organiques volatils (COV), liées à l'utilisation des solvants présents dans les peintures, les teintes ou les vernis, devra être appliquée dans les entreprises le 30 octobre 2007. A cette date, celles-ci devront prouver qu'elles se sont engagées dans une démarche de réduction de leurs émissions (lire encadré ci-dessous). Malgré l'échéance, peu se sont attelées à la tâche. C'est pourtant un chantier de taille, puisque les industries du bois et du meuble utilisent encore à 80 % des produits contenant de grandes quantités de solvants. Si les finitions hydrosolubles ont vu leur consommation quintupler en cinq ans, elles restent encore marginales. Elles ne représentent que 5 à 10 % du marché des produits de finition. Une proportion qui, selon les prévisions, devrait doubler en trois ans et rattraper les niveaux atteints ailleurs en Europe : 20 % du marché chez les fabricants de meubles scandinaves, 15 % en Allemagne et 10 % en Italie et en Espagne.
Pour les fournisseurs de produits de finitions et de matériels, l'occasion est belle. « L'intérêt des fabricants de meubles devient évident. La demande ne cesse d'augmenter », explique Bruno Tieulières, responsable du laboratoire bois de Celliose, une entreprise de Pierre-Bénite (Rhône), spécialisée dans la fabrication de peintures et de vernis. Même constatation chez Servais, un fournisseur de finitions de Montargis (Loiret). Les produits hydrosolubles, qui représentent 10 % de son activité, connaissent une progression à deux chiffres. Et avec des prix au litre supérieurs à ceux des équivalents solvantés (de 15 à 50 % selon les produits), les marges sont plus confortables. Un surcoût qui ne semble pas rédhibitoire. Il faut dire que les fournisseurs de matériels et de finition ne manquent pas d'arguments. Au-delà de l'amélioration des conditions de travail qu'offrent ces solutions aux salariés, leur taux de transfert sur le bois se révèle meilleur. « On en utilise donc moins et on n'a plus besoin d'acheter de solvants pour le nettoyage des installations, qui se fait à l'eau tiède », rappelle Vincent Palluaud, responsable commercial chez Milesi Vernis. L'étendue des solutions proposées (application, cuisson, séchage) ouvre cette nouvelle technologie aux grandes et aux petites entreprises. Chez Gautier, le groupe vendéen de meubles, basé au Boupère (150 millions d'euros de chiffres d'affaire, 1 050 salariés), on a ainsi remplacé les finitions en laque polyuréthane par des solutions hydro-UV. Après dix-huit mois d'essais et un investissement global de 1 million d'euros, la nouvelle installation mise en place par Giardina, le spécialiste italien des lignes industrielles, fonctionne bien. « Les performances des revêtements sont équivalentes et l'automatisation du process a permis de limiter la main- d'oeuvre », se réjouit Fabien Chezeau, ingénieur R et D chez Gautier.
des partenariats fabricants-fournisseurs
Même satisfaction chez MMO Rupin, une PME de Vitré (Ille-et-Vilaine), fabricant de mobilier de collectivité, qui réalise 24 millions d'euros de chiffre d'affaires avec 200 salariés. Assistée par ses fournisseurs de matériel et de finitions et malgré des possibilités financières limitées, l'entreprise a validé les différentes étapes de son changement de technologie. L'intérêt de ces partenariats fabricants-fournisseurs est d'ailleurs partagé. Les premiers y trouvent une assistance concrète pour mettre en place leurs installations. Les seconds une porte d'entrée pour investir le secteur du meuble. Sollicité par Gautier pour l'assister dans son passage aux hydrosolvants, le groupe Becker Acroma est ainsi devenu l'un de ses fournisseurs de finitions privilégiés.
L'effervescence touche d'autres métiers. Les spécialistes du traitement de l'eau, comme Ventsys ou SPCB, entendent aussi profiter de la tendance et lancent depuis peu des offres dédiées (cabines à rideaux d'eau, traitements des déchets secs) à ces nouveaux besoins.
Certes, il faudra du temps à l'ameublement pour combler l'écart avec la menuiserie industrielle (fenêtres, portes...), où 90 % des produits de finition sont à base d'eau. « La menuiserie a quinze ans d'avance parce que en ce qui concerne le meuble, les exigences esthétiques des consommateurs ont plutôt incité les entreprises à conserver des méthodes qui avaient fait leurs preuves », précise Thierry Delorme, responsable technique de l'activité finition au Centre technique du bois et de l'ameublement.
l'écologie comme argument commercial
Car en dépit de réels progrès, les finitions à l'eau ne sont pas encore toujours applicables ou n'assurent pas le même niveau de rendu que les produits solvantés. Exemple chez le fabricant de meubles haut de gamme Grange, à Saint-Symphorien-sur-Coise, dans le Rhône (40 millions d'euros de chiffre d'affaires). Pour continuer à diminuer sa consommation de solvants, l'entreprise travaille à l'adoption de vernis hydrosolubles, après avoir opté pour des teintes à l'eau depuis deux ans. « Mais, nous avons du mal à trouver une solution aqueuse qui ne fasse pas virer la couleur de nos bois massifs teintés avec des produits à l'eau », regrette Eric Epinat, le directeur qualité. Faute de solution, l'entreprise a retourné la situation à son avantage. Grange a présenté, au dernier salon du meuble, une gamme dont les variations de couleurs, liées à ce traitement « tout à l'eau », sont exploitées esthétiquement. Un argument commercial écologique qui pourrait trouver écho chez le consommateur. .

dans la même rubrique
27/05/2012 Un mastère à l’international nuclear academy27/05/2012 Le papetier qui veut protéger les forêts
27/05/2012 Production












