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L'Usine Maroc

"Le Maroc devrait attirer un nouveau constructeur automobile d’ici à 3 ans", selon Abdelkader Amara, ministre de l’industrie

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Abdelkader Amara, ministre de l'Industrie du Maroc, rencontré la semaine dernière par L’Usine Nouvelle sur le salon du Bourget, revient sur les projets de son pays en matière d’investissements étrangers, notamment venant du Japon, la croissance qui marque le pas dans certains secteurs et l’affinage du concept de co-localisation industrielle avec la France. Et les ambitions du Maroc pour l'arrivée d'un nouveau constructeur automobile.  

Le Maroc devrait attirer un nouveau constructeur automobile d’ici à 3 ans, selon Abdelkader Amara, ministre de l’industrie
Abdelkader Amara, ministre de l'Industrie du Maroc
© dr

Vous avez fait un passage à Paris au Salon du Bourget et à "Planète PME", pourquoi ?

Je suis venu à Paris pour soutenir notre industrie aéronautique représentée par sa fédération le GIMAS et aussi "challenger" mes équipes venues présenter aux industriels de l’aéronautique "l’offre Maroc". Le Bourget est un rendez-vous incontournable et permet de revenir sur les contacts noués à Farnborough. Nous avons aussi signé avec l'américain Eaton une première implantation sur la zone franche aéronautique Midparc de Casablanca après celle, hors norme, de Bombardier au même endroit. Au Bourget, j’ai pu aussi écouter les doléances d’industriels installés chez nous.

Que vous disent-ils ?

J’ai eu une discussion intéressante par exemple avec Zodiac. Ce groupe, installé près de Rabat où il emploie plus de 300 personnes, juge par exemple, que son développement aurait pu être facilité par une meilleure coordination avec l’Anapec, notre agence de l’emploi. Par ailleurs, comme d’autres, ils nous ont alertés sur leurs besoins en ingénieurs. C’est important pour moi. Nous y veillons via le soutien à nos écoles comme les Mines, Ensam ou autres. Et, j’ai confirmé la construction de la future École centrale Paris, à Casablanca qui ouvrira en 2014. Pour nous, c’est très marquant, car le Maroc sera le deuxième pays après la Chine à accueillir un projet de l’École centrale. Nous allons d’ailleurs continuer à travailler sur d’autres sujets de ce type par exemple avec les INSA en France.

Vous revenez par ailleurs d’un séjour au Japon. Quel sens avait cette visite très centrée sur l'automobile ?

Le Japon est un pays clé pour le Maroc. J’ai rencontré une dizaine de grandes entreprises dont Toyota ou Nissan, des institutionnels et représentants du gouvernement notamment le MITI. Je vous rappelle que j’ai obtenu des autorités que le JETRO ouvre une antenne à Casablanca, il va le faire dans les semaines qui viennent. C’est un signal fort pour les entreprises japonaises et un appel pour elles à considérer la plateforme Maroc car cette institution accompagne les groupes nippons dans leurs zones de croissance.

Un forum d'investissement Japon - Maroc en décembre

Et des projets concrets ?

Au vu des annonces faites par le Japon début juin lors du TICAD, le forum Afrique Japon, j’ai bon espoir que mon pays puisse capter une part significative des investissements japonais prévus sur le continent. Au Maroc, vous le savez, Mitsui est présent dans les infrastructures énergétiques et Marubeni ouvrira bientôt un bureau.

Dans l’automobile, Fujikura, Yazaki ou Sumitomo sont déjà d’importants investisseurs chez nous. J’ai mené des discussions constructives aussi avec les associations des constructeurs et équipementiers. Elles vont relayer notre discours auprès de leurs membres dans la perspective, je vous l’annonce, d’un grand forum d'investissement et d'échanges Japon - Maroc qui se tiendra dans notre pays en décembre. D'un point de vue japonais voir ainsi se construire un éco-système industriel, dont les constructeurs d'automobiles par exemple ont besoin, est un élément clé pour faire murir d'autres projets.

Faut-il attendre de nouveaux investissements nippons dans l'automobile... une usine d'assemblage ?

Ecoutez, devant les industriels, et notamment Toyota, j’ai développé notre idée de modèle low-cost dans l’automobile. L’Afrique a besoin de produits adaptés à la classe moyenne, à savoir des véhicules à mi-chemin entre les citadines et les utilitaires et pour lesquels le facteur "prix" est très important. Renault réussit ce pari. Mais les Japonais, selon moi, ne sont pas sur ce segment au Maroc et même peu en Afrique.

Toyota par exemple hormis une usine CKD Portugal, son site français et un autre en Afrique du Sud n’est pas très présent au plan industriel sur la zone Afrique Méditerranée. À ces constructeurs, je dis : alors que l'Afrique se développe, il y a une place à prendre au Maroc dans une optique régionale au vu de nos fortes liaisons logistiques et accords de libre-échange avec les pays africains.

C'est là une sorte de "business plan" pour les constructeurs… Mais quelles sont vos attentes réelles d'accueillir une nouvelle usine automobile après le projet de Renault Tanger ?

Ma réponse est claire : nous pensons pouvoir attirer un nouveau constructeur automobile d’ici à deux ans à trois ans au maximum et pas forcement à Tanger. Et il n’y a pas que la piste Toyota, ni même japonaise. Mais bien sûr ce ne sera pas facile. De plus, il ne faut pas raisonner uniquement sur la taille du site géant Renault Tanger et ses 350 000 véhicules par an. On peut imaginer l’implantation d’usines plus réduites de l’ordre de 100 000 véhicules par an. Par ailleurs, coté constructeurs européens, nous avons peu d’espoir à court terme.

Sa bio express
Abdelkader Amara, 51 ans, est ministre de l'Industrie, du commerce, et des nouvelles technologies du Maroc depuis janvier 2012. Il est titulaire d'un doctorat de l'Institut agronomique et vétérinaire Hassan II de Rabat. Ce père de trois enfants est membre du Parti de la justice et du développement (PJD), le parti islamiste modéré arrivé au pouvoir en novembre 2011 dans le cadre d’un gouvernement de coalition. Il était depuis 2002 député de Salé. Ce professeur en science vétérinaire présidait jusqu’à sa nomination la Commission du secteur productif à la Chambre des Représentants, le Parlement marocain.

 

Investissements directs étrangers : année record

En matière d’investissements directs étrangers (IDE), quelle est la situation pour ce début d'année?

En 2012, nous avons fait une année record : 3,5 milliards de dollars bruts. De plus 27% des IDE sont dans l’industrie, ce qui est très important comme direction pour notre pays. Cela alimente le triptyque R&D-Innovation-Transfert de technologie, bref, l’économie du savoir qui se dessine et sans laquelle un pays disparait des radars.

L’année en cours est bonne. Le flux d’IDE brut atteint  +42% sur les quatre premiers mois. Il s’agit pour beaucoup des projets de taille moyenne. Mais Wilmar, Sofiproteol ou Danone ont engagé des investissements lourds. Dans le contexte global de morosité c’est satisfaisant. Et selon moi, on s’achemine vers une reprise de la croissance dans l’industrie, le PIB reste en hausse, les IDE sont au rendez-vous…

D’autres projets d'IDE ?

Dans les secteurs phares, nous n’attendons pas de grands noms cette année que ce soit dans l’aéronautique ou l’automobile. Dans les ENR, nous consolidons avec le groupe saoudien Acwa et des entreprises espagnoles, autour du très gros projet Ouarzazate 1. Le deuxième sera attribué cette année. Pour le reste, on continue à démarcher des PME européennes ou autres en quête d’une plateforme de production compétitive. J’ai expliqué bien sûr cette idée lors du salon Planète PME.

séminaire conjoint avec la France sur l’agro-industrie en novembre

Vous avez rencontré aussi Nicole Bricq, ministre française du Commerce extérieur à Paris. Pour parler co-localisation ?

Oui, j’ai tenu une réunion de travail avec elle. Nous sommes revenus sur la co-localisation industrielle et les études menées côté français sur ce concept.

Le Maroc propose de passer à une vitesse supérieure et d'alimenter de manière fine la chaîne de valeur industrielle comme l’avait dit d’ailleurs votre Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Et ainsi cerner ensemble des marchés de croissance : nous allons organiser par exemple un séminaire conjoint avec la France sur l’agro-industrie en novembre.  Cela doit nous permettre d’approfondir ce que j’appelle le "laboratoire de la co-localisation".

Qu’entendez-vous par cette idée de "laboratoire de la co-localisation" ?

Nous, les pouvoirs publics, sommes là pour accompagner ce mouvement et même lui donner une essence doctrinale. Il faut aussi parvenir à ce que les entreprises des deux côtés se mettent autour de la table et avancent. Cette idée de "laboratoire" trouve toute sa place dans l’agro-industrie, la chimie ou la pharmacie. Ces métiers existent en France et au Maroc : l’idée est de se demander intelligemment ce qui peut se faire ensemble au Maroc et en France.

Bref, une sorte de cadrage qui permette de booster cette relation ou, si vous voulez, une complicité intelligente. La co-localisation fonctionne bien déjà dans l’aéronautique ou l’automobile. Des entreprises françaises ont été assez intelligentes pour chercher de la croissance là où elle est. La question est : comment les pouvoirs publics peuvent-ils apporter de la valeur pour booster encore cette relation ?

retard de chantiers

Comment donc ?

Je propose par exemple que les pouvoirs publics marocains puissent accompagner les entreprises françaises présentes au Maroc sur d’autres marchés extérieurs et en Afrique au premier chef ou que la France traite sur le même pied les entreprises marocaines présentes en France. Il y a des choses à creuser du côté de l’innovation ou de la R&D. Par ailleurs, on peut imaginer des JV (joint venture NDLR) dans certains domaines, l’outillage mécanique par exemple. L’important est pour les deux parties de se projeter dans l’avenir, et créer de la croissance.

Votre gouvernement affonte une crise politique larvée alors que l’économie a d’importants défis à surmonter notamment ses déficits jumeaux (commercial et budgétaire) qui paraissent hors de contrôle. Comment cela peut-il changer ?

Ces difficultés qu’on ne doit pas minimiser sont connues et prises en compte. Cela s’explique en bonne partie par les prix élevés de l’énergie et le coût induit pour la Caisse de compensation (fonds de subventions publiques aux produits de base NDLR) et donc le budget de l'État. Concernant la Caisse de compensation, le Premier ministre Abdelilah Benkirane a dit que ce chantier serait ouvert en 2013, après déjà de premiers ajustements en juin 2012 (hausse des prix NDLR). Il s’agit de résoudre un problème qui dure depuis des années. Au Maroc, le consensus sur la réforme existe, selon moi. Mais c'est sur les détails de mise en œuvre qu'il y a des désaccords.

À l’approche de la période charnière du ramadan, les indices de la production industrielle au Maroc ne sont pas très bons sur fond de fortes attentes sociales. Quel est votre sentiment sur la santé de l’industrie. Il y a des secteurs en difficulté, notamment ceux liés au BTP ou le textile ?

Les chiffres peuvent être interprétés de manière différente. L’aéronautique ou l’automobile vont bien. L’agroalimentaire aussi même si on n’a pas atteint tout à fait nos objectifs. Dans le textile, on arrive à se maintenir, ce qui est déjà beaucoup, et repositionner notre offre après la fin des quotas asiatiques. Pour anticiper, j’ai lancé des "contrat-programme" dans la chimie, la parachimie, les industries métallurgiques ou la pharmacie. Cela donne une perspective.

Et sur la conjoncture à court terme ?

Pour l’industrie dans son ensemble, je pense que cela va repartir. Prenez le BTP, l’année a démarré de façon très mauvaise dans le ciment, c’est exact.  C’est vrai qu’il y a eu du retard dans un certain nombre de chantiers étatiques. À cela s’ajoute la crise en Europe qui impacte à la fois l’immobilier de tourisme et les projets des MRE (marocains résidents à l’étranger). Mais de récentes décisions prises en Conseil de gouvernement vont fouetter le secteur du BTP en simplifiant des procédures devenus trop contraignantes (autorisation de construire ou d’habiter, etc…).

Concernant notre économie, le taux de croissance attendu autour de 4,7% et une inflation de 2,1% augurent d’une reprise et j’espère aussi que la France, notre principal partenaire, ira mieux.

 

Propos recueillis par Pierre-Olivier Rouaud

 

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