Le marché du M2M se structure et continue sa croissance
Par Christophe Dutheil - Publié le
© DR
Les spécialistes anticipent une forte croissance du marché du « machine-to-machine » cette année, malgré la crise et en dépit de grands projets - comme l'éco-taxe - qui tardent à se concrétiser. Pour tous, le marché devrait se structurer autour de plusieurs segments porteurs, comme les transports, l'énergie, la sécurité et la santé.
Pas de crise pour les objets communicants. « Le marché du machine-to-machine [M2M] est un marché qui se développe bien, y compris en cette période tumultueuse », s'est félicité ce matin Franck Moine, responsable des activités M2M de Bouygues Télécom, lors d'une table ronde organisée en ouverture du salon « M-to-M » (du 30 au 31 mars 2010 à Paris Porte de Versailles). Ses concurrents sont tout aussi optimistes. Philippe Wang, directeur de l'activité M2M de SFR, affirme notamment que l'opérateur « a désormais déployé plus de 1 million de lignes pour faire du M2M » et qu'il a « enregistré une croissance à trois chiffres de son activité en 2009 sur ce segment, au-delà de 100% ».
Quatre grands marchés
La raison de cette croissance insolente ? « Il y a un fort intérêt pour les technologies M2M sur plusieurs segments », explique Olivier Beaujard, vice-président « market development » chez Sierra Wireless, l'un des principaux constructeurs de modules communicants (aux côtés de Cinterion, Telit et SIMcom). Les transports représentent le premier marché en volume, en partie grâce aux « grands marchés réglementés comme la taxe française éco-taxe sur les poids lourds » (dont le déploiement, prévu pour 2011, a finalement été repoussé à 2014) ou son équivalent allemand.
Viennent ensuite la sécurité (les systèmes d'alarme et de vidéosurveillance), la santé et l'énergie (Sierra embarque par exemple ses équipements dans des compteurs électriques intelligents en Nouvelle-Zélande et en Australie, tandis que Bouygues Télécom est à la fois un investisseur et un partenaire technologique de Mobigard, une jeune pousse ayant développé un système de contrôle de la consommation d'énergie). Et d'autres segments, encore minoritaires pour les acteurs du M2M, sont en croissance : c'est le cas des lecteurs d'eBooks (les modules Sierra Wireless équipent, entre autres, les premiers lecteurs de livres électroniques du libraire américain Barnes & Nobles) ou de l'agriculture (Laurent Ecale, directeur de l'activité M2M d'Orange Business Services, signale le cas d'un grand apiculteur utilisant la technologie d'Orange pour surveiller à distance ses ruches).
Le marché reste fragmenté, la connectivité n'est pas toujours assurée
Des progrès qui sont, selon les participants, en partie soutenus par les efforts de normalisation des équipements, notamment par l'Etsi (European Telecommunications Standards Institute), un organisme qui a mis au point un standard de carte SIM M2M. « Mais on est encore loin du compte en ce qui concerne la standardisation des services », souligne Franck Gatuneau, directeur des opérations « utilities & payment » chez Atos Worldline, une filiale d'Atos spécialisée dans les services transactionnels.
A ces enjeux de standardisation s'ajoutent d'autres freins, selon Samuel Ropert, analyste de l'Idate. Il signale « des investissements de départ encore très élevés pour les entreprises, qui doivent s'offrir des modules, des logiciels, des services d'intégration... ». Par ailleurs, si la consolidation s'est accélérée en 2009 (notamment avec le rachat du spécialiste français Wavecom par le canadien Sierra Wireless, le marché est « encore très fragmenté, avec beaucoup de technologies présentant une certaine complexité d'intégration », regrette l'analyste.
Enfin, malgré « l'apparente massification de la connectivité », qui est devenue moins coûteuse, il reste quelques obstacles à relever en terme de « qualité de services », d'après Simon Chignard, directeur commercial de Kerlink, un spécialiste rennais ciblant le monde des transports. « Nous avons pu constater que certains services utilisant le M2M - comme les vélos ou les véhicules en libre service - présupposent la disponibilité d'une bonne connexion réseau. Ce qui n'est pas toujours évident ».
Trois questions à Simon Chignard, directeur commercial de Kerlink
Quelles sont les origines de Kerlink ? Quelles sont vos spécialités ?
Créée en 2004 par huit salariés du centre de recherche et de développement de la société Wavecom, Kerlink (30 salariés) conçoit des passerelles, des produits communicants et des plates-formes pour interconnecter les équipements distants et les systèmes d'information des entreprises. Nous ciblons trois marchés : le transport de personnes, le transport de marchandises et la télémétrie. La nouvelle génération des boîtiers d''audimat de Médiamétrie utilise la technologie Kerlink pour se connecter en temps réel au système d'information de cette entreprise. En décembre dernier, nous avons aussi annoncé [avec Spie] la signature d'un contrat pour équiper un peu plus de 1500 bus et rames de tramway à Tunis. Nos boîtiers donnent des informations sur l'état du réseau aux conducteurs...
Avec quels partenaires travaillez-vous ?
Nous travaillons toujours avec des intégrateurs et des partenaires métiers. Kerlink – qui compte parmi ses clients Veolia, Keolis ou SNCF... - fournit des boîtiers embarquant une application. Et le plus souvent, ce sont nos partenaires qui personnalisent cette solution. Car ils sont spécialistes du transport de conteneurs, du transport frigorifique... On ne peut pas être partout.
Quelles sont les perspectives pour le M2M sur le marché du transport ?
Il y a des évolutions attendues, notamment en terme de réglementation, qui devraient jouer en faveur d'un développement du marché. Dans le domaine de l'information voyageurs, il y a par exemple des obligations assez fortes liées aux personnes handicapées : il faut fournir une information sous forme visuelle et sonore... Et il y a pour cela beaucoup de marchés qui s'ouvrent auprès des collectivités locales.
Christophe Dutheil
A lire aussi :
M2M : Orange veut connecter les distributeurs automatiques

dans la même rubrique
27/05/2012 Un mastère à l’international nuclear academy27/05/2012 Le papetier qui veut protéger les forêts
27/05/2012 Production












