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« Le marché du C02 est un système élégant et compliqué »

Le 30 juin 2009 par Ana Lutzky
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Interview de Thomas Grumbly, vice-président à l’énergie et aux services de sécurité de Lockheed Martin, deuxième partie.

L’Usine Nouvelle.com - Le système de quota et d’échange des droits d’émission du C02 vous semble-t-il efficace ?

Thomas Grumbly - A la base, c’est un système qui a bien fonctionné. Il a été inventé pour gérer le problème des pluies acides, dans les années 80 et 90. Le plan était de mettre en place des droits à émettre pour réduire graduellement la quantité d’oxydes de souffre émis. Le problème était petit, et géographiquement circonscrit.

Mettre ce système en place massivement à l’échelle du monde entier n’est pas mauvais, mais cela intègre… toutes les complications. Cela va-t-il fonctionner pour réduire les émissions de C02 ? A un rythme tel que cela pourra tacler les effets du réchauffement climatique ? Je demande à voir. Trop de droits d’émission ont été octroyés pour l’instant en Europe, où ce système est mis en place, à cause du poids des lobbies : cela sous-estime le véritable coût du C02. Or faire du commerce de tonnes de CO2, ce n’est pas comme faire du commerce de n’importe quoi. C’est impalpable. En définitive, cette bourse du carbone porte en elle un certains nombre de défauts intrinsèques. C’est un système élégant et compliqué, qui masque ce que nous avons réellement besoin de faire.

«En 2050, la tonne de C02 doit vraisemblablement coûter 80 dollars constants, soit 160 voire 240 dollars si nous tenons compte de l’inflation.»


UN - Y a-t-il une meilleure solution ?

TG -La question est : à quel point le problème est-il sérieux ? Si la plupart des scientifiques estiment que c’est très sérieux et que cela aura d’énormes conséquences sur les gens alors nous devons prendre cela à bras le corps da la façon la plus directe possible.

En 2050, la tonne de C02 doit vraisemblablement coûter 80 dollars constants, soit 160 voire 240 dollars si nous tenons compte de l’inflation. Nous devons faire en sorte que les gens s’y habituent et le prennent en compte dans leurs anticipations. Le problème est celui du tournant qu’il faudra opérer en 2010-2020. C’est d’autant plus difficile de faire basculer les mentalités en période de crise. Je suis favorable à un système plus transparent et prévisible, qui constituerait un meilleur guide dans le futur. 

UN - Une taxe carbone, par exemple ?

TG -Le protocole de Kyoto considère que les quotas et l’échange des droits d’émettre du CO2 sont la façon la plus viable de faire avancer les choses pour la planète. Mais nous devrions être conscients des chausse-trapes. Les expérimentations menées dans les années 90 montrent le risque de radicales chutes des cours boursiers, elles donnent clairement un exemple des ces mécanismes de marché soudains.  Je préfère une taxe carbone.

«Cela est étrange d’introduire de la volatilité et de la complication pour un enjeu aussi crucial que celui des émissions de CO2.»


UN - Et pourtant, vous êtes un environnementaliste ?

TG -L’enjeu du changement climatique fait bouger les lignes. J’aurais échangé de positions avec le parti vert il y a quelques années. Si vous pensez réellement comme je le pense qu’il y a un problème majeur pour l’Humanité lié au changement climatique (faim causée par le dérèglement climatique, problèmes très sérieux de sécurité, écosystèmes menacés, etc.), nous devrions être directs. Cela est étrange d’introduire de la volatilité et de la complication pour un enjeu aussi crucial que celui des émissions de CO2. Ceci est bien sûr mon opinion, ce n’est pas celle du groupe Lockheed Martin.


Interview réalisée en marge du «Energy Efficiency Global Forum 2009», conférence et exposition mondiale sur l'efficacité énergétique, qui s’est tenu à Paris du 27 au 29 avril
. La première partie se penche sur la gestion des déchets nucléaires aux Etats-Unis, et la troisième sur la stratégie énergétique du groupe de défense américain. Lockheed Martin, numéro un mondial de la défense, est le constructeur américain d'avions de combat tels que le F35 ou le F22 raptor.
 

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