Le malaise des salariés de l’usine Total à Lacq
Par Colette Goinère (Aquitaine) - Publié leSocial. L’acte a choqué les 302 salariés de TEPF (Total Exploration et Production France), l’usine que détient Total à Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques.
Le 21 octobre dernier, un salarié tentait de se suicider dans le bureau de la secrétaire générale de l’entreprise. Un geste selon la CGT qui traduirait « le harcèlement moral que subiraient les salariés de l’entreprise ». La CFDT et FO n’ont pas la même approche. « Ce qui s’est passé est dramatique. Mais on ne peut pas faire l’amalgame entre un salarié en longue maladie qui doit quitter l’entreprise le 1er décembre prochain pour invalidité et une situation difficile que vivent les salariés de l’usine qui demande une remise en cause et l’apprentissage d’un autre métier », explique Robert Marco, responsable CFDT à TEPF.
Pour bien comprendre, il faut rappeler les échéances. Le gaz de Lacq se tarie. Inexorablement. Aujourd’hui, la production n’est que de 5 à 7 millions de mètres cubes par jour. En 2020, le gisement sera totalement à sec. La direction de Total a donc décidé de fermer les portes de l’usine fin décembre 2013.
A partir de cette date, le gaz extrait sera cheminé vers la plate forme industrielle Sobegi qui va pouvoir mettre en œuvre un projet d’investissement de 120 millions d’euros aux côtés d’Arkema permettant de purifier le gaz et au final de livrer de la vapeur et électricité pour les industriels installés sur la plate forme, et de l’hydrogène sulfuré aux unités de thiochimie d’Arkema implantées à Lacq et à Mourenx.
En attendant l’usine de Lacq doit organiser le départ et la reconversion de ses employés. Une GPEC a été signée en 2006. Elle a été renouvelée en 2010 et a reçu l’accord des syndicats CFDT et FO. Le plan social permet avec des mesures d’âges de faire partir les salariés.
Deux cas de figures : d’une part, ceux qui travaillent en journée peuvent partir cinq ans avant 62 ans. Et perçoivent 80 % de leur salaire. D’autre part, les postés qui peuvent partir 8 ans avant 62 ans (90 % de leur salaire). D’ici fin 2013, 123 personnes seront concernés. Pour ceux qui ont moins de 51 ans, il faut les recaser. Il leur est proposé d’aller travailler à 30 km, à Pau, soit au sein de TIGF, la filiale de Total qui s’occupe du stock et de l’acheminement du gaz, soit au sein du centre de recherche de Total (le CSTJF). Une centaine de salariés de moins de 51 ans est concernée par ce scénario. Un budget de formation est alloué. La direction ne devrait pas être regardante sur le montant alloué. Sur les 100 personnes, une trentaine a déjà un poste à Pau. Enfin un protocole a été signé avec les syndicats CFDT et FO et la direction pour la mise en œuvre d’un système baptisé « Swap ». En clair, il s’agit de faire un échange entre un salarié des filiales installées à Pau, âgé de 53 voire 54 ans, qui vient sur le site de Lacq, et un salarié de Lacq qui prend son poste. 40 personnes ont déjà bénéficié de Swap. Reste qu’il n’est pas facile de quitter son territoire, son usine même s’il s’agit d’aller à 30 km. « C’est un challenge pour les salariés. Ils vivent mal la situation parce qu’il n’est pas évident de se lancer dans un nouveau métier, et d’appréhender un nouveau milieu » reconnait Robert Marco.
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