Le made in France,faites-le vous même !
Par LAURENT GUEZ, directeur de la rédaction - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3269Il est temps que les grands groupes prennent leurs responsabilités vis-à-vis de leurs petits fournisseurs, que les filières s'organisent et que les « confrères » s'associent.
Que les candidats aient tous le made in France à la bouche, ce n'est pas pour nous déplaire. Durant les campagnes de 2007, de 2002 ou encore de 1995, ils parlaient de tout, sauf de l'industrie. Leurs thèmes préférés étaient tour à tour partage du travail, emplois-jeunes, fracture sociale, contrats initiative-emploi, insécurité, identité, pouvoir d'achat... Tous étaient convaincus que l'emploi, Graal électoral indémodable depuis les années Giscard, viendrait des services à la personne, des services publics, des services en général. Heureusement, ils ont retrouvé la raison et ont compris, à force de regarder de l'autre côté du Rhin, qu'un pays sans usines ne crée plus assez de richesses ni de jobs, appauvrit son peuple et ses finances publiques, désespère sa jeunesse et finit par y laisser son triple A.
Cette fois-ci, donc, la réindustrialisation est au programme. Tant mieux ! Le made in France est une star, tous les prétendants lui courent derrière [lire page 28]. Mais méfions-nous des slogans. Les meilleurs défenseurs des usines ne logeront ni à l'Élysée ni dans les ministères. Au pouvoir, bien sûr, de créer un cadre favorable, de stimuler le dialogue entre les parties prenantes, d'éviter les mesures qui empoisonnent, bref, d'encourager tant que faire se peut l'industrie, par la conviction, la loi et la fiscalité. Aux entreprises, patrons, ingénieurs, techniciens, ouvriers, de faire le reste, c'est-à-dire le plus dur.
Pour regagner des parts de marché mondial, nos industriels doivent compter avant tout sur eux-mêmes. Il est temps que les grands groupes prennent leurs responsabilités vis-à-vis de leurs petits fournisseurs (c'est l'objectif de Pacte PME, l'association présidée par Fabrice Brégier, le directeur général d'Airbus). Il est temps que les filières s'organisent, et que les « confrères » se tirent moins dans les pattes, qu'ils s'associent. Il est temps que les dirigeants trop franchouillards se mobilisent pour exporter, à 500 kilomètres de chez eux ou au bout du monde, là où se trouve la croissance. Il est temps pour chacun de se remettre en cause, de comprendre qu'avec des produits à faible marge, à moins d'être un géant, on sera condamné. Il est temps de prendre conscience que le made in France peut avoir un nouveau visage, celui de produits « designés » - c'est-à-dire conçus - dans l'Hexagone, mais fabriqués ailleurs. Il est temps d'admettre qu'on n'empêchera pas des usines de fermer, mais qu'il y en a d'autres à inventer.











