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"Le made in France est plus important dans la maroquinerie que dans la lingerie"

Par Adrien Cahuzac - Publié le
Cuir Louis Vuitton
© destempsanciens - Flickr - C.C.

  Le fait qu’un fabricant de maroquinerie reprenne l’ex usine de lingerie Lejaby d’Yssingeaux n’est pas anodin. Pour Patricia Vasselle, senior manager chez Kurt Salmon, spécialisée sur le secteur textile et l’habillement, "le made in France est primordial dans la maroquinerie". Mais la lingerie garde encore un avenir en France…

L’Usine Nouvelle - Le maire du Puy-en-Velay, Laurent Wauquiez, vient d’annoncer la reprise de l’usine Lejaby d’Yssingeaux par la maroquinerie Sofama, implantée dans l'Allier. Faut-il y voir le signe que l’on ne peut plus faire de lingerie en France ?
Patricia Vasselle - Je me réjouis de cette nouvelle pour les salariés de l’usine. C’est une bonne solution car le secteur de la maroquinerie a un gros besoin de capacités de production en France tirées par la demande des marques de luxe. Pour ces dernières, le Made In France reste primordial en termes d’image. Pour la lingerie cette notion de Made In n’est pas aussi importante. Cela ne veut pas dire que l’on ne peut plus fabriquer de lingerie en France. La corsetterie demande de très nombreuses opérations manuelles aussi complexes qu’en maroquinerie.

Le groupe Chantelle conserve toujours deux usines en France, spécialisées sur des articles particulièrement complexes et innovant. Cela lui permet de garder la main sur ces techniques, le savoir-faire mais aussi d’assurer un bon niveau de qualité. Les tentatives des grandes marques de maroquinerie notamment, de produire dans des pays lointains ont été très mitigées. La difficulté est de réussir à communiquer et d’avoir le niveau de réactivité dans la phase de développement, pour au final avoir le niveau de qualité attendu dans les bons délais. Cela justifie aussi de conserver des outils de fabrication en France ou en Italie. En revanche, la production de masse de produits moyen de gamme et moins complexes est économiquement plus difficile en France.

Pourtant il y a encore de nombreuses marques de lingerie françaises qui ne sont pas toutes positionnées sur du haut de gamme… Quelles sont leurs recettes ?
Il y a encore un certain nombre d’ateliers actifs en France, mais plus beaucoup d’usines. L’outil de production se justifie si l’on peut faire du haut de gamme ou être spécialisés sur des niches : jeunes créateurs, grandes tailles ou en proposant davantage de services par exemple. Ainsi, beaucoup d'ateliers se développent aujourd’hui sur des activités de création, de mise au point et de prototypage. Ce qui permet à ces sites de perdurer, c’est leur savoir-faire et leur qualité du travail. Même si ils peuvent travailler pour de grandes marques, la fabrication en série bascule ensuite vers les pays éloignés.

Pourquoi Lejaby n’a pas su faire comme Chantelle, qui est aujourd’hui un modèle économique dans le secteur ? A quoi attribuez-vous les difficultés de la marque ces derniers mois ?
Entre 2007 et 2010, Lejaby a enregistré une baisse de son chiffre d’affaires de 25 %. Une des raisons a été le rétrécissement de son réseau de ventes, essentiellement des détaillants spécialisés. Ces derniers ont réduit leurs commandes à cause de la baisse de la consommation et beaucoup ont disparu à cause de la concurrence des grandes chaînes. A l’inverse Chantelle a su passer de fabricant à fabricant-distributeur en développant ses propres réseaux, Orcanta, Darjeeling, Chantelle, un site e-commerce et en étoffant sa plateforme de marques (Ndlr : Chantal Thomass récemment). Cela lui a permis de mieux maîtriser sa rentabilité notamment.

Une autre raison des difficultés de Lejaby a été d’avoir gardé trop longtemps quatre grosses usines de production en France, quand ses principaux concurrents avaient délocalisé depuis longtemps les articles de milieu de gamme. Sa délocalisation tardive il y a près de deux ans a occasionné des problèmes de livraison qui ont eu un lourd impact sur la trésorerie du fabricant.

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