imprimer

Le "made in France" a de l'avenir

Le 17 février 2010
Laurent Guez dir. rédaction USN
© B. Martinez

Nos handicaps supposés sont souvent des atouts. Et l’Europe est une « puissance intelligente » qui n’a pas dit son dernier mot.

Un examen clinique vaut mieux qu’un simple «ressenti ». Les Français, depuis quelques années, sont convaincus que la France est entrée dans une spirale infernale. L’effondrement de son industrie serait inéluctable : compétitivité dégradée, modèle social périmé, formation inadéquate, conditions de travail insupportables, dialogue social digne du quiproquo, système financier inadapté à l’industrie... Eh bien ils ont tort de sombrer dans la déprime.

C’est vrai, le poids de l’emploi industriel a diminué en huit ans : de 16% en 2000 à 13% l’an dernier, si l’on ne compte que les emplois directs. C’est vrai, la part des produits manufacturés dans notre PIB a chuté sur la même période, de 22%en 2000 à 16% l’an dernier. Mais ces constats – en partie fondés – sont trop noirs. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, l’ex-PDG de Valeo Noël Goutard, qui fut un industriel visionnaire et un manager implacable, nous invite à changer de lunettes. Faisons l’exercice, c’est agréable et surtout très convaincant.

La France a dans son jeu de formidables atouts, estime l’ancien patron. L’excès de charges? D’accord, mais ces prélèvements nous permettent d’avoir un haut niveau d’éducation, une population en bonne santé et un solide parachute en cas d’accident de carrière. L’excès de réglementation ? Bien sûr, c’est ennuyeux, mais quel avantage compétitif pour l’Europe, vis-à-vis de ses concurrents, qui peinent à l’appliquer ! Prenons l’exemple de la directive Reach sur les substances chimiques: nos entreprises ont commencé par se plaindre, mais elles finiront peut-être par se réjouir de cette barrière non tarifaire, très embarrassante pour les innombrables sociétés chinoises dont les produits contiennent de la chimie. La timidité de la croissance? Evidemment, celle des pays émergents fait rêver, mais la nôtre est tellement plus redistributive! Un à un, l’ancien PDG de Valeo passe en revue les handicaps de la France et du Vieux Continent, qu’il réinterprète en avantages. Et Noël Goutard de citer Steven Hill. Cet intellectuel américain, directeur de la fondation New America, loue la «smart power» de l’Europe, puissance intelligente bien supérieure à la «hard power» (puissance coercitive) des Etats-Unis !

Ce son de cloche, il serait bon qu’il arrive aux oreilles du Président. Nicolas Sarkozy présentera en effet, dans quelques jours ou au plus tard quelques semaines, sa politique industrielle. Il ne faut surtout pas le décourager s’il a des idées pour stimuler l’esprit d’entreprise, l’innovation, ou pour orienter les capitaux vers l’investissement productif. Mais il ne doit pas s’acharner à sauver les cas désespérés. Dans l’enquête que « L’Usine Nouvelle » vous présente cette semaine, nous avons ainsi choisi quinze exemples de produits, biens intermédiaires ou de consommation, tous fabriqués dans l’Hexagone. Certains sont menacés de délocalisation, ce n’est qu’une question de temps. D’autres sont durablement compétitifs. Si l’on veut renforcer le «made in France», il suffit d’enrichir en permanence la deuxième catégorie.

Partagez l’info :

Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin Partager cet article sur Wikio envoyer à un ami

3 réactions

binoche | 22/02/2010 - 14H22

Monsieur Goutard: J'ai travaillé à Valeo de 1989 à 2000 sous votre règne et j'en éprouve une profonde fierté et un grand respect envers vous. Je pense qu'à cette époque des cadres sérieux compétents et travailleurs avaient votre reconnaissance, j'étais à la R&D une position sur siège éventuellement éjectable. Que de grands pas avons nous fait sur le plan mondial, ceci était instructif et très motivant de devenir fournisseur de constructeurs Américains, Japonnais, en découvrant d'autres cultures d'entreprises. Encore une fois: merci Monsieur Goutard

Signaler un abus |  CITER

Marie | 18/02/2010 - 22H12

J'espère bien, que l'industrie française a de l'avenir ! Mais il faudrait peut-être aussi redorer son blason auprès des français, qui s'imaginent collectivement que "tout est fichu", tout est "Made in China" et que nous allons tous vivre au joyeux pays des services (je te vends une pizza, tu me coupes les cheveux...).
Pour que les jeunes diplômés (et non diplômés aussi) aient envie de travailler dans l'industrie, de se lancer dans une aventure industrielle, ou de créer une entreprise industrielle, il faut leur montrer ce qui se fait encore.
Et consommer français tant qu'on peut. Parce qu'il est possible de consommer français, une multitude d'entreprises fabrique encore vêtements, chaussures, cosmétiques, jouets...mais encore faut-il être au courant. C'est précisément pour cela que j'ai créé http://www.hexaconso.fr : pour proposer aux consommateurs une offre complète de produits de tous les jours encore fabriqués en France.

Signaler un abus |  CITER

stephju | 18/02/2010 - 15H28

C'est quand même un comble, comme dirait notre Président, que ce soit le PDG de Valéo, grand fossoyeur d'emploi, qui fasse la leçon des vertus du vieux Continent. Doit-on citer les délocalisations de Valéo Abbeville (104 employés) ou Chatellerault (163 postes) ?, de qui se moque-t-on ?

Signaler un abus |  CITER


Effectuer une autre recherche

Rechercher
À la une
Rails gelés

Les réseaux de transport résistent à la vague de froid

Route, rail, canaux : les gestionnaires des différents réseaux de transports...

Eric Besson

Eric Besson défend les dossiers industriels délicats du moment

Interrogé ce dimanche 12 février sur Europe 1, le ministre de...

Ouvrier Soudure

Agenda de l'industrie : la semaine du 13 au 19 février 2012

C'est une semaine à tendance politico-industrielle qui s’annonce. Mais aussi...