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Le luxe lâche ses façonniers

Le 02 avril 2009 par Adrien Cahuzac | L'Usine Nouvelle n° 3141
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Coup dur pour les sous-traitants du luxe : les grandes griffes réduisent drastiquement leurs commandes. En attendant de possibles soutiens publics, les façonniers repartent à l'ouvrage. Plusieurs mutualisent déjà leurs ressources.

Le luxe ne fait plus rêver les façonniers français ! Frappés depuis le début de l'année par des baisses de commandes de 20 à 40 % de la part des grandes griffes mondiales, les sous-traitants ne se font plus d'illusion sur les perspectives à court terme d'un marché qui n'échappe pas au contexte économique. Certains préfèrent se tourner vers d'autres partenaires. DGE Engineering a ainsi choisi de se lancer dans le milieu de gamme. Cette PME de 12 salariés, qui a réalisé 1 million d'euros de chiffre d'affaires en 2008, est pourtant spécialisée, depuis sa création en 2001, dans la découpe manuelle à la lame de motifs et de logos pour les vêtements de Dior, Prada et Vuitton.

UN CONTEXTE MOROSE, INÉDIT POUR LA FILIÈRE

Mais les chiffres sont là. Le numéro 1 du secteur, LVMH (17,19 milliards d'euros de chiffre d'affaires), a enregistré un bénéfice quasi stable en 2008, mais en baisse de 9,5 % pour l'une de ses marques fétiches : Dior. Même tendance chez Gucci Group (Gucci, Boucheron, Yves Saint Laurent) : la filiale de PPR (3,38 milliards d'euros) est loin des habituelles progressions de 20 à 30 % de son activité. Sur le quatrième trimestre, elle n'a enregistré qu'une hausse de 4,5 % de ses ventes, à 931,8 millions, et un recul de certaines griffes comme Bottega Veneta (- 2,3 %). De son côté, Hermès (1,76 milliard d'euros de chiffre d'affaires) anticipe une stabilité de ses ventes en 2009, après une hausse de 8,6 % l'an dernier.

Le groupe familial Chanel (2,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires) a pris les devants dès le mois de décembre, en annonçant la suppression, en France, de 200 contrats en CDD et en intérim. Un contexte particulièrement morose, inédit pour la filière, constaté par l'ensemble des hauts façonniers qui étaient réunis, les 24 et 25 mars, lors du salon Made in France by Fatex.

Alertée par un problème qui touche 5 000 PME en Ile-de-France, la chambre de commerce et d'industrie de Paris vient de créer un club de fournisseurs du luxe pour développer leur réseau. Elle met en place un plan de formation, dont l'objectif est d'améliorer leur organisation industrielle. De son côté, le secrétaire d'Etat à l'Industrie, Luc Chatel, a demandé à sa conseillère, Clarisse Reille, déjà auteur d'un rapport sur le textile français en 2008, de se pencher sur la compétitivité de la haute façon. Un travail qui pourrait déboucher sur des mesures dans le courant du mois.

S'ALLIER POUR COMPENSER LES BAISSES D'ACTIVITÉ

En attendant les propositions des pouvoirs publics, les sous-traitants du luxe essaient de trouver des solutions pour compenser leurs baisses d'activité. Première piste : l'alliance entre fournisseurs. La société Thierry (3 millions d'euros de chiffre d'affaires), qui emploie 80 personnes à Saint-André-sur-Orne, dans le Calvados, pour des pièces à manches dans le prêt-à-porter féminin, a décidé de créer une structure commune avec La Ferté Confection. Installée à la Ferté-Macé, dans l'Orne, cette entreprise de 94 salariés a réalisé 3,2 millions d'euros de chiffre d'affaires l'an dernier. Elle est spécialisée dans les vêtements féminins flous (robes, jupes, pantalons et blouses). « Nos deux activités sont complémentaires. Nous allons mettre en place un bureau d'études commun, pour proposer une solution globale aux grandes maisons, du dessin jusqu'à la livraison », explique Amédi Nacer, un ancien cadre d'Hermès, le groupe qui a repris la société Thierry en 2004. « Notre but est d'éviter que des griffes de luxe, comme dernièrement Céline, partent en Italie », souligne-t-il, à propos de son ancien client, qui représentait 20 % de son activité.

D'autres façonniers préfèrent diversifier leurs activités. Implanté à Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis), DGE Engineering vient d'investir 150 000 euros dans une technique inédite de découpe industrielle au laser, pour pouvoir travailler avec Dim et Decathlon. Cheval Frères, spécialiste de l'horlogerie-bijouterie pour les grandes marques suisses, qui emploie 350 personnes en Franche-Comté, renforce sa filiale Hardex, créée il y a trois ans, sur le marché de la céramique zircone. « Nous investissons près de 2 millions d'euros dans la fabrication d'implants dentaires », souligne Didier Cheval, le directeur commercial du groupe aux 37,5 millions d'euros de chiffre d'affaires.

ADAPTER SON OFFRE

Même stratégie pour le confectionneur féminin Vents des modes, qui emploie 105 salariés en Vendée. « Nous développons depuis trois ans un hôpital des vêtements pour rattraper les fabrications venues des pays à bas coûts », explique le PDG, Jean-François Coulon. Il affirme « chercher toutes les solutions pour ne pas crever ». Autre possibilité pour les façonniers : le redéploiement de leur propre marque. C'est l'option choisie par le maroquinier tarnais Philippe Serres, qui fabrique depuis quinze ans des portefeuilles et des porte-cartes pour Hermès, Sonia Rykiel et Christian Lacroix. « Pour compenser des baisses de commandes de près de 30 % depuis la fin de l'été, nous relançons notre marque dans les grands magasins, mais c'est très difficile », confie le dirigeant associé de cette PME de 21 salariés (1 million d'euros de chiffre d'affaires).

Enfin, certains persistent sur leur secteur, mais adaptent leur offre. La créatrice Emmanuelle Marty, à la tête de sa société éponyme, développe les services proposés à ses clients. « Nous allons relancer la fabrication de vêtements unitaires et proposer de prendre des licences de production et de distribution auprès de jeunes créateurs parisiens », explique la PDG de cette entreprise du Cher, qui a réalisé 4,1 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2008, avec 130 salariés.

Mais un grand nombre d'entreprises du secteur ne pourront éviter les mesures de chômage partiel. Le plus gros façonnier dans la confection, Grandis, qui emploie 370 personnes dans la Manche (20 millions d'euros de chiffre d'affaires), a d'ores et déjà programmé un plan d'avril à septembre. Des mesures à court terme, en attendant une éventuelle reprise de l'activité, espérée pour la fin 2009...

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