Le Liechtenstein disposé à discuter fiscalité avec Bruxelles

Publié le

par Emma Thomasson

VADUZ (Reuters) - Le Liechtenstein est disposé, bon gré mal gré, à discuter avec l'Union européenne d'un échange d'informations sur la clientèle de ses banques, a déclaré le nouveau Premier ministre de la principauté.

"Nous avons indiqué que nous étions prêts à discuter mais nous ne cachons pas qu'un échange automatique d'informations n'est pas notre solution préférée", a dit Adrian Hasler à Reuters.

Le secret bancaire de la principauté est attaqué de toutes parts depuis 2008 lorsque des données de LGT, la première banque du pays dont la famille princière est propriétaire, ont montré que de riches Allemands avaient dissimulé des avoirs au Liechtenstein.

Vaduz a dû promettre à Berlin et à d'autres capitales européennes de les aider à poursuivre les personnes se rendant coupables d'évasion fiscale.

Les ministres des Finances de l'Union européenne ont donné leur accord mardi à l'ouverture de négociations officielles avec la Suisse et les autres paradis fiscaux que sont le Liechtenstein, San Marin, Andorre et Monaco.

Le Luxembourg et l'Autriche, deux pays membres de l'UE, avaient avant cela manifesté leur intention de revoir les principes de leur secret bancaire. Les Etats-Unis sont eux-mêmes à la pointe de l'offensive contre l'évasion fiscale.

Un accord avec la principauté n'est pas pour tout de suite cependant car, explique Adrian Hasler, même si le Liechtenstein accepte d'échanger des informations sur ses clients étrangers, il faudra du temps pour légiférer.

La principauté préférerait négocier avec l'ensemble de l'UE une amnistie fiscale comme elle l'avait fait avec la Grande-Bretagne en 2009, a poursuivi le Premier ministre. A la suite de cet accord, 5.000 déposants britanniques ont payé une somme forfaitaire suivant un taux unique sur les sommes déposées, pour autant qu'ils s'acquittent de leurs obligations auprès du fisc britannique à l'avenir.

Adrian Hasler a également dit que la principauté se montrerait dorénavant plus sélective pour ce qui est de conclure des accords fiscaux bilatéraux. Elle en a déjà passé une trentaine depuis 2009, au grand dam du secteur financier local qui y voit une capitulation pure et simple face aux pressions internationales.

"COMME NEIGE AU SOLEIL"

Les banques de la principauté doivent faire face à des sorties de capitaux ces dernières années en raison de cette question fiscale, aggravée par des marchés très instables et la hausse du franc suisse, sa monnaie depuis 1924.

Elles géraient pour 184,3 milliards de francs (148 milliards d'euros) d'actifs en 2012, un total en progression grâce à des actifs nets nouveaux de 13,2 milliards de francs. Mais pour l'essentiel, cette manne a profité à la seule LGT; LLB et VP Bank, deuxième et troisième banques du pays, ont subi elles des sorties de fonds.

Le magazine Forbes estimait en 2011 à cinq milliards de dollars environ la fortune de la famille princière du Liechtenstein, soit près de la totalité du PIB local. Le secteur bancaire compte pour le tiers environ du PIB et représente directement 16% des emplois d'un territoire comptant 36.000 habitants.

Adrian Hasler espère que le secteur financier pourra toujours prospérer pour autant qu'il puisse gérer le contrecoup des atteintes à son secret bancaire.

"Le Liechtenstein a de solides atouts: stabilité politique et financière, franc suisse, la maison princière en arrière-plan, une note AAA... sa situation géographique en plein coeur de l'Europe", a-t-il dit. "Si nous savons en tirer parti, notre avenir ne sera pas compromis."

Tout n'est pas rose cependant pour une principauté qui a subi son premier déficit budgétaire et qui a vu l'opposition en tirer parti pour gagner en février dernier sept sièges au Parlement qui en compte 25.

Adrian Hasler a dit qu'il faudrait faire des économies douloureuses pour combler le déficit causé par des réductions d'impôt votées avant la crise financière et exacerbé par les problèmes fiscaux du secteur bancaire.

"Il est clair pour tout le monde que nous avons une bonne situation parce que nous avons des réserves publiques. Mais si rien ne change, elles fondront comme neige au soleil", a-t-il dit.

Wilfried Marxer, directeur du Liechtenstein Institute, un organisme d'études largement financé sur fonds publics, affirme que la plupart des habitants de la principauté comprennent qu'il faudra faire des sacrifices.

"La stabilité n'est pas en danger. La coalition au pouvoir est très harmonieuse et ne risque pas de se désagréger comme en Italie et en Israël. Les partis d'opposition eux-mêmes ne sont pas très radicaux", explique-t-il. "Nous avons un paysage politique stable et très modéré."

Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Henri-Pierre André

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