Le jour où l'Afrique s'éveillera
Par Thibaut de Jaegher - Publié le
Au Forum de Davos, qui s'est terminé ce week-end, l'Afrique a joué les prmeiers rôles. Certains prédisent au continent noir un destin à la chinoise.
Nous en avons peu entendu parler ces derniers jours. Pourtant, au forum de Davos, l'Afrique a changé de stature. Plusieurs de ses dirigeants (cinq chefs d'Etat et de gouvernement très exactement) étaient invités à parler de leur continent face aux 1600 hommes et femmes dits « les plus influents de la planète ». La nouveauté, c'est que ces dirigeants n'étaient pas venus pour « vendre » l'Afrique comme un territoire pauvre quémandant une énième fois l'aide des pays occidentaux, mais pour révéler que ce continent sera l'un des réservoirs de croissance les plus prometteurs de la planète dans les prochaines décennies. Ils ont en tout cas tous affirmé que leurs pays se tenaient prêts à tenir ce rang malgré (ou grâce, c'est selon) les défis qu'ils auront à relever en matière de pauvreté, d'éducation ou d'infrastructures.
Aucun d'eux n'est insurmontable en tout cas aux yeux des Africains si l'on en croit le Premier ministre éthiopien, Meles Zenawi, qui s'exprimait à Davos. « Nous sommes conscients d'avoir crû, ces dernières années, plus rapidement que jamais auparavant. C'est pour cela que nous croyons que l'Afrique peut et voudra être le prochain relais de la croissance mondiale. Nous pensons être là où l'Inde était au début des années 1990 », a rappelé le dirigeant. Le continent noir est d'autant plus confiant en son avenir qu'il a de nombreux atouts à faire valoir. Sa jeunesse notamment : 70 % de la population africaine (plus d'un milliard d'habitants) a moins de 30 ans. Mais également sa richesse naturelle : l'ensemble du territoire regorge de ressources matières premières (bois, pétrole, minerais...).
Reste que ce grand bond en avant ne pourra se faire sans rompre avec les démons du passé. Les leçons du Printemps arabe n'ont pas encore traversé le Sahara pour toucher les pays du sud du continent. La démocratie est encore bien fragile dans bon nombre de nations, même chez celles que l'on estime les plus avancées dans ce domaine. La corruption est elle-aussi toujours présente et constitue encore une règle pour qui veut faire des affaires en Afrique. C’est en tout cas ce que montre le classement que publie chaque année l'ONG Transparency international où l’on constate que les pays de l'Afrique subsaharienne se distinguent en se disputant les dernières places. Enfin, sur le plan industriel, si l'on met de côté les groupes sud-africains, il n'y a pas encore de grands groupes africains capables d'exploiter les richesses du continent. Cette absence de « leaders économiques » laisse le champ libre aux industriels d'autres nations: indiens, chinois ou occidentaux... et contribuent sans doute à renforcer le sentiment de frustration chez les jeunes africains, et donc la violence ou l’émigration.
Malgré tous ces handicaps, l'Afrique semble sur la bonne voie. Ses chefs d'Etat ne manquent jamais une occasion -et ce fut le cas à Davos- de rassurer les investisseurs en rappelant leur engagement pour la démocratie et pour un climat des affaires plus transparents. Et la Banque mondiale estime que la zone devrait enregistrer 6% de croissance par an dans les prochaines années. De belles perspectives et de belles paroles… mais il en faudra plus pour que l'Afrique rattrape son retard et s’insère dans l’économie mondiale. Si ses dirigeants veulent s’engager dans le chemin pris par la Chine, le Brésil ou l'Inde, ils devront s’inventer un destin commun. On oublie encore trop souvent que si l'Afrique est un ensemble homogène vu d'Europe, elle est en fait un amalgame constitué de 48 nations, elles-mêmes tiraillées entre de multiples ethnies. C’est une banalité de l’écrire mais tous ne nourrissent pas forcément la même vision de leur futur. Pour s'imposer parmi les grands du monde, le continent devra donc réaliser jouer la carte de l’Union africaine, en se dotant d'un vrai gouvernement à l'échelle du continent. C'est à cette condition que l'Afrique fera son entrée dans le club des nouvelles nations industrielles. C'est à cette condition que l'Afrique s'éveillera...
Thibaut De Jaegher

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