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LE GSM PART A LA CONQUETE DES MACHINES

Par Hassan Meddah - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2997

Véhicules, compteurs électriques, chaudières... Grâce à des boîtiers GSM, les machines deviennent communicantes. Très fragmenté, ce marché attire de nombreux acteurs des télécoms. Et les PME tirent leur épingle du jeu face aux poids lourds du secteur.

AFos-Sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône, sur le site d'Arcelor, le GSM est en bleu de chauffe. Les locomotives tirent les chariots d'acier en fusion entre les hauts fourneaux et l'aciérie. Poussière, chaleur, effort de traction intense... les machines sont mises à rude épreuve. Et la panne interdite ! L'acier liquide n'attend pas. Pour éviter l'immobilisation des engins, un module GSM embarqué sur la locomotive, transmet régulièrement des données sur son état : niveau d'huile, usure des freins... Au total près de 280 paramètres sont envoyés au PC de maintenance. Qu'une valeur s'écarte de la normale, l'alerte est donnée et la panne anticipée.

Il n'y a pas qu'à Fos-Sur-Mer où le mariage entre la machine et le GSM fait sens. Faire communiquer les machines n'est plus une idée saugrenue. Un distributeur automatique qui lance une requête de réapprovisionnement pour éviter la rupture de stock, c'est du chiffre d'affaires potentiel en plus ; une photocopieuse qui signale son niveau de toner dangereusement bas, c'est une indisponibilité évitée pour les utilisateurs ; un compteur électrique qui remonte lui-même la consommation du client, c'est des déplacements de techniciens économisés... Les exemples peuvent être multipliés à l'infini ou presque. Bref, le marché de la communication de machine à machine, baptisé M2M dans le jargon des industriels, serait mûr pour le décollage. « Grâce au M2M, l'information est délivrée plus rapidement et les coûts de maintenance sont réduits », précise Olivier Beaujard, vice-président en charge du développement des affaires pour Wavecom, un pionner des fabricants de modules GSM pour les machines.

Le réseau de téléphonie mobile n'est pas l'unique moyen de permettre aux machines de communiquer. L'alternative filaire est depuis longtemps utilisée. Ainsi, Telelogos, une PME française spécialisée dans les automates d'appels, fait communiquer les ordinateurs entre eux à partir du réseau téléphonique classique ou d'une liaison télécoms spécialisée. « Nous le faisons depuis vingt-trois ans. Le réseau fixe convient parfaitement pour relier par exemple les ordinateurs distants d'une enseigne organisée en réseau d'agences. Régulièrement, les données financières doivent être envoyées automatiquement vers le siège pour être consolidées », explique Jean-Michel Antoine, responsable marketing de Telelogos. Autre concurrent du GSM, le réseau électrique permet aussi de véhiculer des données. L'électricien italien Enel gère la très grande partie de ses 27 millions de compteurs électriques grâce à son réseau d'électricité. Toutefois, pour 350 000 d'entre eux, l'électricien a fait appel au GSM.

En effet, le réseau de téléphonie mobile s'avère dans certaines conditions complémentaire, voire plus pratique ou encore même indispensable. Il l'est dès lors que la machine à connecter est... mobile. Les boîtiers GSM se sont surtout et d'abord développés pour les applications de gestion de flottes de véhicules. Combinés à la technologie de positionnement par satellite GPS, ils permettent de « remonter » une batterie de données : localisation du véhicule, distances parcourues, temps de conduite... En cas de vol, le gestionnaire peut même déclencher à distance le blocage du véhicule !

Paradoxalement, même pour les équipements fixes, le GSM peut s'avérer la solution ad hoc. Notamment dans les pays où l'infrastructure filaire est peu développée ou de mauvaise qualité. Ou lorsqu'il n'y a pas de ligne fixe à proximité de la machine, cas plus fréquent qu'on ne se l'imagine ! Ainsi, Total, qui gère un parc de plusieurs milliers de cuves de fioul en France pour ses clients professionnels, a opté pour le GSM pour téléjauger à distance ses équipements (lire page 50). La simplicité et la rapidité d'installation du GSM - zéro branchement - sont également des atouts. « En une heure, la solution est installée sur les cuves », indique Philippe Mansoz, responsable du projet de téléjaugeage pour Total.

Un marché potentiellement énorme

Machines fixes, machines mobiles... Le marché ciblé par les fabricants de boîtiers GSM est potentiellement énorme. Il se chiffre en centaines de millions d'équipements connectables. Et pourtant. Les ventes ont évolué poussivement ces dernières années. Il s'est écoulé 13 millions de modules GSM en 2005 au niveau mondial. Des chiffres ridicules par rapport aux 800 millions de téléphones portables vendus la même année au niveau mondial !

Les freins au développement du M2M mobile sont multiples. Tout d'abord, les opérateurs ont tardé à adapter leur offre. « Les réseaux sont optimisés pour les communications entre individus et non entre machines. L'innovation dans ce domaine est donc fondamentale », explique Daniel Nabet, directeur France Business M2M pour France Télécom. Les opérateurs ont aussi mis du temps à proposer des abonnements adaptés au type de communications très spécifiques des machines, contraignant les entreprises à acheter des abonnements grand public surdimensionnés. Depuis deux ans, les progrès sont nets avec des abonnements à partir de 5 euros par mois. De plus, le GPRS, évolution du GSM spécialement conçue pour le transfert des données, permet une facturation plus avantageuse basée sur le volume de données transmis et non le temps de connexion. « Cela peut générer des économies de plus de 50 % par rapport aux anciennes solutions SMS ou GSM Data », explique Marc Avril, en charge des offres M2M chez SFR.

Ensuite, le déploiement d'un projet M2M est complexe voire fastidieux. Les fournisseurs doivent pouvoir conjuguer plusieurs technologies. Des compétences électroniques sont nécessaires pour connecter la machine, le capteur en charge de récupérer ses paramètres et le modem GSM. Les télécoms s'imposent pour assurer la transmission des données. Enfin, la « brique » informatique est indispensable pour consolider les données remontées au niveau du système d'information de l'entreprise. « Les machines peuvent s'avérer très bavardes et remonter des quantités astronomiques de données. Une solution M2M peut être aussi complexe à installer qu'un ERP », indique un spécialiste du secteur. Outre-Rhin, le projet de péage automatique, qui permet de facturer les camions au moment de leur passage sous les portiques, a ainsi mis deux ans pour aboutir. Une durée moyenne pour les projets de cette envergure !

Plus d'une centaine d'applications

Enfin, l'hyperfragmentation du marché est un obstacle à son développement. « On compte plus d'une centaine d'applications M2M différentes. Ce qui ne rend pas les choses faciles », reconnaît Olivier Beaujard, vice-président marketing de Wavecom. Les besoins entre un gérant de distributeurs automatiques et un spécialiste de la vidéosurveillance sont très différents. De plus, les logiques d'achat, les gestions de projets diffèrent d'une industrie à l'autre.

Reste que le marché attire de nombreux acteurs. D'une part, les poids lourds de l'industrie de la téléphonie mobile de dimension natio- nale voire internationale. Parmi eux les opérateurs. France Télécom est celui qui avance avec le plus de moyens et d'ambitions. « Depuis un an, le M2M est devenu une priorité pour le groupe. En France, l'équivalent de 50 personnes à temps plein est concerné par cette activité. De plus, nous pouvons faire largement appel à tous les savoir-faire internes : R&D, conseil et intégration », explique Daniel Nabet de France Télécom. Depuis le début de année, l'opérateur propose des solutions packagées à destination des gestionnaires de flottes de véhicules ou des acteurs de la télésurveillance. SFR, lui, mise plutôt sur des partenariats avec les différents intégrateurs spécialisés du marché. « Ils ont souvent une meilleure connaissance des besoins du client final », explique Marc Avril.

D'autres acteurs structurants du marché sont les fabricants de modules GSM issus de l'univers de la téléphonie mobile comme Wavecom, Siemens, Sony-Ericsson, Nokia et Motorola. Pour faciliter l'intégration de leurs produits, ils n'hésitent plus à les sophistiquer. Wavecom ajoute ainsi de la mémoire et des microprocesseurs additionnels dans son module. De ce fait, un éditeur d'applications sait qu'il pourra développer sur cette base sans avoir à greffer des composants supplémentaires.

Au bout de la chaîne, ce sont les grandes sociétés de conseil en informatique comme IBM ou encore Unilog qui ont pris position. Car là on touche aux applications métiers des entreprises. « Pour qu'un projet M2M fonctionne, au-delà de la problèmatique technique, il faut bâtir une solution intégrée avec le système d'information de l'entre- prise, qui s'interface avec ses principaux logiciels de facturation, de gestion de stock... », justifie David Maumet, responsable de l'offre M2M pour Unilog IT Services.

A côté de ces mastodontes, des PME dynamiques tirent leur épingle du jeu. Il s'agit pour la plupart d'intégrateurs ou de petits fabricants qui complètent le module GSM pour en faire un boîtier prêt à l'emploi, connectable sur la machine du client. Oktalogic s'est, par exemple, spécialisée dans la mise en réseau de machines industrielles. Sa technologie brevetée assure une transmission en temps réel des données. Sur le site de Fos-Sur-Mer, les locomotives d'Arcelor sont équipées de ses produits.

Webdyne (12 personnes, 1 million d'euros de chiffre d'affaires) est pour sa part capable d'adapter ses boîtiers à une grande variété d'équipements (imprimantes, climatiseurs...). « A chaque fois, il faut concevoir des moutons à cinq pattes. D'un client à l'autre, d'une machine à l'autre, les produits ne sont jamais identiques à 100 % », explique Philippe Faugeras, le P-DG de Web- dyne. La société a récemment décroché une commande pour équiper 30 000 chaudières du fabricant ELM Leblanc. Des opérateurs spécialisés dans le M2M se mettent aussi en place. Comme SilentSoft (3 millions d'euros de chiffre d'affaires, 14 personnes) capable d'offrir une solution complète, comprenant le boîtier M2M et la gestion des données remontées par les machines.

Ces différents acteurs profitent de la croissance du marché, de l'ordre de 30 % par an. Tous attendent cependant la prochaine étape du M2M : la diffusion auprès du grand public. Le suivi médical à distance par exemple. Ce ne sera alors plus un parc de milliers d'appareils qui sera concerné, mais de millions d'unités. La machine communicante n'en est qu'aux balbutiements.

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