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Le Grenelle II favorisera les grands promoteurs éoliens

Publié le

  par Mathilde Cru

PARIS (Reuters) - Seuls les grands groupes énergétiques pourraient se faire une place au soleil dans l'industrie du vent à la faveur de l'adoption du projet de loi Grenelle II sur l'environnement.

Les petits bureaux d'étude éoliens devraient être les premiers affectés par les nouvelles dispositions envisagées. Les équipementiers français devraient quant à eux être découragés par des perspectives de développement qui restent floues.

Le projet de loi sera examiné mercredi en commission mixte paritaire et le texte de compromis qui devrait en sortir sera ensuite soumis au vote des députés et sénateurs pour son adoption définitive.

Avec le Grenelle II, un promoteur éolien devra avoir une assise financière conséquente pour supporter l'allongement des procédures et satisfaire la future obligation de construire au minimum cinq mâts par parc.

Alors que la France espère atteindre 23% d'énergies renouvelables dans sa consommation finale d'énergie d'ici 2020, le Grenelle II, en excluant de facto les petits projets, pourrait même faire échouer ces objectifs.

"Le Grenelle II va surtout favoriser les gros", affirme Raphaël Claustre, directeur du Comité de liaison énergies renouvelables (CLER), une association de professionnels.

Depuis quelques années, des projets d'une ou deux éoliennes à l'initiative d'agriculteurs, de propriétaires fonciers ou d'élus locaux ont vu le jour mais au vu du coût d'une éolienne, l'obligation d'installer cinq mâts dissuadera ce genre d'investissement participatif, fait-il valoir.

Les projets risquent aussi d'être imposés à la population et non soutenus par les riverains, déplore aussi Raphaël Claustre.

"J'ai peur que ce soit 19.000 mégawatts (MW) fait à contrecoeur alors que là on partait pour faire 19.000 MW aimés", dit-il. "L'objectif est que les projets soient le plus mal acceptés possible pour que l'on puisse dire dans trois ans, 'vous voyez bien l'éolien, cela ne marche pas'."

La France s'est fixé comme objectif de quadrupler sa puissance actuelle d'ici 2020 en installant 19.000 MW d'éolien terrestre, juste en dessous du niveau actuel de l'Allemagne, et 5.000 MW en mer, un marché inexploité jusqu'ici.

Des sociétés de moyenne importance estiment aussi que le Grenelle II peut favoriser les entreprises les plus importantes.

"C'est peut-être positif pour des sociétés comme Theolia même si ça apporte une contrainte supplémentaire car cela écrème un peu le marché", déclarait Fady Khallouf, directeur général de Theolia, lors du forum Reuters consacré la semaine dernière au secteur de l'énergie. (voir )

Theolia disposait au 31 mars 2010 de 319 MW de puissance installée en Europe pour son compte.

UN ESSOR INDUSTRIEL FREINÉ

Pour EDF Energies Nouvelles, la nouvelle loi et la crise économique auraient pu être l'occasion pour le gouvernement d'envoyer un message clair en faveur de la construction d'usines de fabrication d'éoliennes en France.

Mais pour David Corchia, le directeur général d'EDF EN, les dispositions du Grenelle II envoient des signaux contradictoires sur la volonté de développer l'éolien, même si la loi prévoit un objectif de 500 éoliennes par an, soit environ 1.000 MW.

"Finalement, on a un message un peu vague, un peu ambigu, on risque d'atteindre les 1.000 MW mais avec des machines qui viennent d'ailleurs", a-t-il dit lors du forum Reuters.

Les acteurs de la filière estiment aussi que la construction des parcs va être retardée d'un ou deux ans, alors même qu'il faut déjà entre six et sept ans pour obtenir un permis de construire.

Quant à savoir si l'objectif de 19.000 MW est atteignable d'ici 10 ans, les professionnels sont partagés.

"Ce n'est pas inatteignable mais il va falloir continuer à batailler pour améliorer le dispositif", déclare André Antolini, président du Syndicat des énergies renouvelables (SER).

Mais pour Matthieu Blandin, animateur de la branche éolienne du SER dans l'ouest de la France, les objectifs sont hors de portée. "Nous n'atteindrons jamais les objectifs du Grenelle en rallongeant les instructions des dossiers et en limitant le nombre d'éoliennes", remarque-t-il.

Deux nouvelles dispositions risquent en effet d'allonger les délais. La première subordonne l'implantation d'éoliennes à l'établissement de schémas régionaux, déterminant les zones géographiques autorisées. La seconde soumet les éoliennes au régime d'installation classée pour la protection de l'environnement (IPCE), habituellement utilisée pour les industries polluantes.

"Les schémas régionaux sont un peu binaires, c'est feu rouge ou feu vert, (...) cela ne nous paraît pas un instrument d'une grande finesse pour faire de la programmation", dit André Antolini. "Cela va être plus compliqué qu'avant."

LES CINQ MÂTS INADAPTÉS AUX BOCAGES

Imposer un minimum de cinq mâts n'est en outre pas adapté à certaines régions venteuses comme la Bretagne ou le Poitou-Charentes, souligne le SER.

"Dans toutes les régions où il y a des bocages et des petits paysages, cela n'a pas de sens de vouloir obliger à faire des grands parcs", déclare André Antolini.

Selon Matthieu Blandin, la situation est dramatique pour l'ouest de la France, où au moins un quart des projets en cours de développement ne pourront pas être réalisés. En Basse-Normandie, ce pourcentage atteint même 60%, affirme-t-il.

"Les plus petites entreprises vont davantage être mises en difficulté", dit-il. "L'autre enjeu est que l'on ne va pas pouvoir créer d'emplois, voire nous allons en perdre."

La filière éolienne emploie actuellement environ 10.000 personnes et pourrait créer, selon le SER, plus de 50.000 emplois pour respecter les objectifs du Grenelle.

Pour la Fédération nationale des autorités concédantes et régies (FNCCR), qui regroupe des services publics locaux, le Grenelle II signe même la fin des projets éoliens "sur mesure" au bénéfice de groupes qui "maximisent production et profit".

(Edité par Dominique Rodriguez)

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