Le Grenelle de l’environnement coûtera cher
Par Ana Lutzky - Publié le
Selon une étude de six économistes du Trésor, l'impact du Grenelle de l'environnement sur l'économie serait positif en termes de croissance et d'emplois jusqu'à 2020, avant de se révéler négatif du fait du poids des investissements grevant les prélèvements obligatoires.
Une ode au Grenelle avait été publiée juste avant le départ de Jean-Louis Borloo du ministère de l’environnement. Las, une petite bombe vient de tomber alors que se déroule jusqu'à vendredi le sommet de Cancun (Mexique) sur le réchauffement climatique. Selon une étude publiée mercredi par six économistes du Trésor, les investissements générés en France par les mesures du Grenelle de l'environnement dans les domaines de l'énergie, des transports et du bâtiment, auront un impact négatif sur la croissance et l'emploi à partir de 2020.
Selon ces économistes, la croissance et l'emploi seront dans une première phase, qui court de 2009 à 2020, "stimulés" par le surcroît d'investissements et de dépenses découlant du Grenelle. Ces derniers, estimés à 450 milliards d'euros, seraient effectués à proportion égale par les ménages, les entreprises et les administrations, et sans pour autant se substituer à d'autres, selon l'hypothèse très optimiste qu'émettent les auteurs de l'étude.
Ainsi, le "surcroît d'activité attendu" serait "compris entre 0,4% et 0,5% la première année". Il atteindra ensuite son "maximum en 2014", avec un apport à la richesse national compris "entre 1,6% et 1,9%".
Selon l'ensemble des scénarios envisagés, les dix premières années du Grenelle permettrait à l'économie d'engranger entre 200.000 et 250.000 emplois supplémentaires par rapport à "un monde dans lequel ces mesures n'auraient pas été mises en œuvre", selon les termes de l'étude.
Ensuite, à partir de 2020, le "net ralentissement puis l'arrêt des investissements, la hausse des prix et celle des prélèvements obligatoires nécessaires au financement des investissements annulent les gains économiques du Grenelle", estime l'étude. Un point bas serait atteint en 2023, avec un PIB qui perdrait de 0,5 à 0,7 point, "ce qui correspond à la suppression de 140.000 à 180.000 emplois". La modulation des scénarios en fonction des prix de l'énergie ne change que très peu les conclusions de l'étude, soulignent ses auteurs. Par ailleurs, au-delà de 2050, l'impact du Grenelle redeviendrait neutre, l'économie retrouvant son "sentier de référence".
La limite de cette étude macroéconomique très politique est celle du thermomètre employé. Il reste un impact "positif et durable" que l'étude ne peut vraiment quantifier, ce qu'elle précise bien. Le Grenelle apporterait "un surcroît d'innovation par rapport à nos partenaires commerciaux, qui améliorerait notre compétitivité hors prix". Quant au bilan CO2 et plus globalement environnemental de l'opération, il n'est pas non plus précisé.

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