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Le grand Roissy, réservoir de croissance

Par Marion Kindermans (Ile-de-France) - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3268

  Avec 160 000 emplois créés, ce terriroire du nord-est de Paris affiche une santé insolente. Une dizaine de projets y fleurissent, pour plus de 3 milliards d'euros.

Le territoire du Grand Roissy se sent pousser des ailes ! Volkswagen France s'installera d'ici un an en face du transporteur cargo Fedex, l'un des plus gros employeurs de la plate-forme aéroportuaire de Roissy-Charles de Gaulle qui compte 1 800 salariés. Le constructeur automobile a choisi la nouvelle zone d'activités Parc Mail Roissy pour réunir quelque 600 collaborateurs (lire ci-contre). Juste à côté, le spécialiste de la formation pour pilotes Sim Aerotraining et la société de transport DSV, qui emploie 100 personnes, sont en cours d'implantation. Le Comité d'expansion économique du Val-d'Oise (Ceevo) y voit « le signe d'une montée en gamme du secteur aéroportuaire, capable d'attirer du tertiaire au-delà du fret et de la logistique ».

Roissy-Charles de Gaulle, sorti de terre en 1974 au milieu des champs à 30 kilomètres au nord de Paris, a longtemps évolué en vase clos. Devenu le second aéroport européen en nombre de passagers et le premier pour le fret (2,4 millions de tonnes en 2010), il irrigue une quarantaine de communes, du nord de Paris au sud de la Picardie. Le Grand Roissy compte 160 000 emplois, dont 85 000 sur le seul aéroport, à cheval sur la Seine-Saint-Denis, le Val-d'Oise et la Seine-et-Marne. Le nombre de salariés a quasiment doublé entre 1995 et 2008. Une situation inédite en Île-de-France. Malgré la crise, Aéroports de Paris (ADP), qui gère les plates-formes de Roissy et d'Orly, renforce ses efforts d'investissements.

Entre 2009 et 2015, ADP aura engagé 4,3 milliards d'euros pour restructurer les terminaux et améliorer les services aux clients. Pour en finir avec l'image désastreuse de « pire aéroport du monde » qui colle à Roissy-CDG et conforter sa deuxième place en Europe, derrière Heathrow, à Londres. Le satellite 4, qui ouvrira en milieu d'année après des travaux qui auront coûté 560 millions d'euros, portera la capacité d'accueil de 60 à 80 millions de passagers par an. Attirés par le potentiel du secteur, les investisseurs multiplient les projets. Ils sont d'abord séduits par le foncier, qui fait défaut aux abords des autres grands aéroports européens comme Francfort et Amsterdam, situés dans des zones contraintes.

Seuls deux territoires disposent d'une telle offre de terrains dans la région : Roissy et Marne-la-Vallée. « À ceci près que Roissy possède un aéroport international », souligne Dominique Poux, le chef de service développement chez Brézillon (Bouygues Bâtiment Île-de-France), implanté à Paris Nord 2 et qui réalise des bâtiments industriels. « La zone de Roissy-CDG offre des surfaces uniques, à proximité de noeuds routiers et de l'aéroport », explique-t-on chez Eurodep, dépositaire pharmaceutique qui investit 12 millions d'euros dans un entrepôt automatisé de 70 000 mètres carrés à Mitry-Mory (Seine-et-Marne). Le Grand Roissy, comme Marne-la-Vallée, fait partie de la dizaine de territoires stratégiques du Grand Paris.

En 2010, une dizaine d'investisseurs se sont regroupés au sein d'Aerotropolis Europe, une sorte de structure « business » lancée par Fedex (1). Le transporteur aérien rêve d'un décollage similaire à celui de Memphis, son hub américain. « En dix ans, 210 000 emplois y ont été créés et 4 000 centres logistiques se sont installés autour de l'aéroport. Nous pouvons faire la même chose à Roissy », assure Alain Chaillé, le vice-président des opérations Europe du Sud du groupe Fedex et président d'Aerotropolis. Des investissements d'un montant de 3 milliards d'euros et la création de quelque 15 000 emplois en quatre ans sont prévus.

Porté par Unibail-Rodamco, le centre commercial Aéroville, situé sur les communes de Tremblay-en-France et de Roissy-en-France, est en travaux depuis octobre. D'un coût de 270 millions d'euros, Aéroville, qui accueillera le premier complexe cinématographique de Luc Besson, ouvrira à la fin 2013. Deux mille emplois seront créés. Au sud du territoire, l'Agence foncière et technique de la région parisienne (AFTRP) a lancé l'aménagement d'Aerolians, une zone d'activités de 200 hectares, dont 110 sont destinés à accueillir des entreprises. Elle prolongera le parc d'activités Paris Nord 2, premier parc d'affaires privé en Europe, où sont installées sur 300 hectares plus de 500 sociétés et leurs 20 000 salariés.

Une ère de géants

 

La surface du Parc des expositions de Villepinte voisin, géré par Viparis, sera étendue de 240 000 à 350 000 mètres carrés. Le tourisme d'affaires est en effet l'un des relais de croissance du Grand Roissy. Pour preuve, la création à Roissy-en-France de l'International Trade Center porté par des investisseurs brésiliens, qui réunira 85 000 mètres carrés de locaux et sept hôtels. L'ouverture est prévue en 2015. Coût du projet : 650 millions d'euros. Une bagatelle à côté d'Europa City, chiffré à 1,7 milliard d'euros et situé dans le Triangle de Gonesse (Val-d'Oise). Annoncé par Nicolas Sarkozy en 2010, ce projet mêle loisirs et équipements culturels sur 500 000 mètres carrés. Porté par Immochan (groupe Auchan), Europa City prévoit 10 000 embauches. Son tour de table n'est pas encore bouclé.

L'ère du gigantisme est de mise. « Ce qui se constitue progressivement, c'est une ville aéroportuaire. D'un aéroport centré sur les passagers et le fret, on évolue vers la présence alentour d'activités de congrès et de salons, puis vers les entreprises et enfin vers des activités de loisirs. Séoul ou Amsterdam sont en avance sur nous », prévient Hervé Dupont, le directeur général de l'Établissement public d'aménagement (EPA) Plaine de France, en charge de ce territoire de 300 kilomètres carrés qui réunit 40 communes, situées entre la Plaine-Saint-Denis, les aéroports du Bourget et de Roissy-Charles-de-Gaulle et la frontière de l'Oise, dans les départements de Seine Saint-Denis et du Val-d'Oise.

La zone aéroportuaire doit combler ses handicaps : une identité mal définie à l'étranger, de nombreux acteurs, un manque de cohérence dans la stratégie de développement et une répartition inégale des retombées - seulement 51 % des emplois de la plate-forme sont occupés par des habitants des environs. Les Rencontres du Grand Roissy de février 2011, organisées par l'EPA, ont relancé les prémices d'une communauté aéroportuaire en germe depuis des années. Les structures foisonnent, quitte à créer la confusion. À côté d'Aerotropolis, Hubstart Paris, une entité plus institutionnelle réunissant une vingtaine d'acteurs locaux, a vu le jour pour promouvoir le territoire (lire ci-dessus). Et les entreprises ne veulent pas être oubliées. Sous l'égide des chambres de commerce et d'industrie, les associations d'entreprises et les représentants locaux du Medef, de la Confédération générale des PME (CGPME), entre autres, ont constitué le Grand Roissy économique pour peser sur les projets de transport.

Quatre gares du Grand Paris Express devraient ouvrir sur le territoire choyé par l'État, à l'horizon 2020 : au Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne), à Roissy-CDG, au Parc des expositions de Villepinte et dans le Triangle de Gonesse (Val-d'Oise). Reste à pallier l'absence de liaison directe entre Paris et Roissy-CDG. Le projet CDG Express, donné pour mort depuis l'abandon par Vinci en novembre, a été relancé fin décembre par le gouvernement. ADP, Réseau ferré de France, la SNCF et la RATP ont jusqu'au 20 février pour rendre leurs propositions. La décision sera connue le 15 mars a assuré Thierry Mariani, le ministre des Transports. Il serait plus que temps que le « pire aéroport du monde » se normalise...

« 50% moins cher que dans l'ouest de Paris »

MARIE - CHRISTINE CAUBET, présidente du directoire de Volkswagen France

Pourquoi avez-vous choisi Roissy ? Dans le cadre de la croissance de nos marques en France - nous allons livrer 400 000 voitures d'ici à 2018 contre 270 000 aujourd'hui -, nous augmentons nos effectifs et optimisons notre organisation. Volkswagen France passera de 654 collaborateurs à près de 700 en 2012 et Volkswagen Bank étoffera ses effectifs de 156 à 340 à fin 2016. Il nous fallait trouver un nouveau site plus proche de Paris, même si le siège reste à Villers-Cotterêts (Aisne). En quoi consiste votre implantation sur Roissy-en-France ? Nous occuperons un bâtiment de 10 000 mètres carrés dans la zone nouvelle Parc Mail. Début 2013, le site accueillera 600 collaborateurs, dont 300 personnes du groupe Volkswagen, commerciaux et forces marketing, et 300 de Volkswagen Bank, qui garde une présence à Villepinte et Villers-Cotterêts. La plupart des acteurs de la filière automobile sont situés à l'ouest parisien. Ne craignez-vous pas de faire cavalier seul ? L'installation à Roissy nous coûte 50 % moins cher que dans l'ouest de Paris et nous avons été séduits par la dynamique business de ce pôle. L'aéroport est un plus : nous avons beaucoup de déplacements vers nos maisons mères en Allemagne et vers les sites de production de nos cinq marques en Allemagne, en République tchèque et en Espagne. Et nous sommes assez proches de Paris pour y rencontrer nos concessionnaires.

10 %

L'aéroport de Roissy-CDG génère 10% de la richesse en Île-de-France, avec 85 000 emplois Source : ADP

Hubstart Paris joue les VRP

Lancé il y a plus de deux ans, Hubstart Paris, qui regroupe une vingtaine d'acteurs locaux (ADP, Air France, CCI, Astech, conseil régional, la Seine-Saint-Denis, la Seine-et-Marne et le Val-d'Oise, etc.) veut mettre fin au manque de visibilité du territoire. « Personne ne connaît Roissy hors de nos frontières, mais Paris si. Il fallait un nom qui claque, assure Vincent Gollain, le coordinateur d'Hubstart à l'Agence régionale de développement d'Île-de-France. Notre but est d'attirer des entreprises et de valoriser celles qui sont là. » Après les salons de Genève, Dubaï et Amsterdam, les acteurs vont bientôt promouvoir le territoire au MIPIM, à Cannes, et à Atlanta. Onze filières sont principalement ciblées, dont six sont considérées clés : aéronautique, services aéroportuaires, logistique-fret, sécurité-sûreté, tourisme d'affaires et éco-activités. Hubstart Paris englobera sous sa bannière la pépinière d'entreprises Aéropole et la structure de promotion Datagora, logées dans les locaux d'ADP. La région en prendra la présidence.

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