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LE GRAND OUEST DOIT INNOVER À MARCHE FORCÉE

Par PAR STANISLAS DU GUERNY, CORRESPONDANT EN BRETAGNE - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3257

Concurrence européenne oblige, les industriels doivent dégager une plus forte valeur ajoutée pour générer des bénéfices susceptibles d'être réinvestis dans l'innovation et le marketing.

Les dirigeants de coopératives et de PME sont tous d'accord : l'agroalimentaire du Grand Ouest ne pourra défendre son leadership en France et en Europe que si les entreprises acceptent de faire les efforts nécessaires. Autrement dit, c'en est fini de la politique voulant que les industriels se contentent de transformations sommaires. « La concurrence, principalement venue d'Allemagne, les oblige à revoir leur stratégie », résume Emmanuel Commault, directeur général du groupe Cooperl Arc Atlantique, le numéro un français de la transformation porcine (1,8 milliard d'euros de chiffre d'affaires en 2010) dont le siège est à Lamballe (Côtes-d'Armor). « Plus les entreprises investiront en marketing et dans des marques moins elles dépendront de la grande distribution et mieux elles vendront à l'étranger », prévient Michel Houdebine, le président du pôle de compétitivité Valorial, déployé sur le Grand Ouest.

Dans le secteur de la viande, qui concentre près de la moitié des productions agroalimentaires bretonnes et ligériennes, l'heure est aux regroupements pour développer des affaires de portée internationale aux coûts de main-d'oeuvre réduits. Grâce au rachat de Socopa, Bigard, dont le siège se trouve à Quimperlé (Finistère), est devenu le numéro un français de la transformation de la viande bovine, avec un chiffre d'affaires annuel de 3,8 milliards d'euros et un peu plus de 10 000 salariés. Il est l'un des candidats potentiels pour la reprise des usines Gad en proie à d'importantes difficultés.

Les industriels de l'agroalimentaire se sont également lancés dans des productions à plus forte valeur ajoutée. La conserverie Hénaff (100 salariés, 40,7 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2010), basée à Pouldreuzic (Finistère), engage chaque année un budget substantiel dans la communication et la R&D. La recette de son pâté reste confidentielle : on sait seulement qu'il est fabriqué avec les morceaux les plus nobles du porc - le jambon notamment -, sans aucun adjuvant ni conservateur, ce qui le différencie de la plupart de ses concurrents. Tous les animaux sont élevés par des producteurs partenaires qui s'engagent à respecter un cahier des charges technique et nutritionnel très strict. En conséquence, les porcs sont nourris avec des aliments triés sur le volet et soignés en limitant au maximum les antibiotiques. Ils sont ensuite transformés dans l'abattoir d'Hénaff. De plus, l'entreprise connaît le nom du producteur ayant élevé le porc utilisé pour chacune de ses boîtes de conserves ! Initiée il y a près d'une décennie, cette politique de traçabilité et de suivi de la qualité assure à Hénaff de limiter au maximum les risques sanitaires. « Ces efforts nous permettent d'être au premier rang des conserveurs de pâtés vendus dans la grande distribution », explique Loïc Hénaff, le dirigeant de l'entreprise familiale.

Autre exemple symptomatique de l'évolution des PME agroalimentaires, celui de la société Guyader (42 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2010). Elle réunit désormais l'ensemble de ses références de plats à base de produits de la mer, légumes et charcuteries sous la seule marque Guyader Gastronomie. La PME bretonne, située à Landrevarzec (Finistère), vise ainsi une clientèle haut de gamme.Accompagnée par un long travail d'élaboration de nouvelles recettes confié au service de R&D, cette création de marque a également nécessité des... investissements industriels. Guyader prévoit d'investir l'an prochain une enveloppe de 2,5 millions d'euros afin de poursuivre la modernisation de ses six usines, un programme qui complète le million d'euros récemment engagé dans la création d'un outil de logistique afin d'optimiser au maximum les livraisons dans les points de vente. « Pour compléter le dispositif de l'entreprise, j'ai recruté très récemment une responsable du marketing qui arrive de chez Heinz. Nos moyens financiers restent limités, mais il nous faut absolument communiquer pour nous faire mieux connaître des consommateurs. Nous voulons implanter de façon durable notre marque », souligne Christian Guyader.

La matière première, le nerf de la guerre

Le groupe de biscuiterie Galapagos (650 salariés, 129 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2010), dirigé et contrôlé par Christian Tacquard, est basé à Rennes (Ille-et-Vilaine). Sa filiale Les Gavottes (crêpes dentelles) réalise 60 % de ses ventes à l'étranger grâce à un savoir-faire technique de pliage des crêpes unique au monde. « Nous ne l'avons pas breveté pour ne pas le faire entrer dans le domaine public », explique Christian Tacquard. Les Gavottes vont se doter d'une nouvelle usine. « Plus de 10 millions d'euros vont être engagés en 2012 et 2013 dans un site qui nous permettra d'augmenter la production et le stockage des gavottes près de Dinan (Côtes- d'Armor) », précise Christian Tacquard. Et pour rationaliser au maximum ses achats de matière première et ses activités commerciales, Galapagos s'est rapproché du rennais Norac avec lequel il a créé la société Goûters Magiques.

À Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), la laiterie Malo affiche une progression annuelle de son chiffre d'affaires de 20 % ! Une croissance tout à fait étonnante dans un secteur très concurrentiel. Sa recette ? Des produits laitiers (crèmes, yaourts...) issus de brassages traditionnels réalisés à la louche. L'innovation réside dans l'industrialisation du concept artisanal, sachant que l'entreprise utilise uniquement un lait de premier choix. Grâce à cette stratégie, la Laiterie Malo (61 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2010) a gagné des référencements. Elle est récemment entrée chez Leclerc, Auchan et Monoprix, répondant à l'attente de ces trois distributeurs en quête de compléments de gamme qui puissent tirer vers le haut leur rayon laitages. Malo exporte par ailleurs le tiers de ses volumes auprès de chocolatiers en s'appuyant sur son savoir-faire dans la fabrication de lait en poudre - sous forme de paillettes - qui présente une grande pureté bactériologique et enzymatique.

La matière première agricole reste plus que jamais le nerf de la guerre commerciale que se livrent les grandes puissances de l'agroalimentaire. Les usines doivent disposer d'une matière première de qualité ! « Il existe encore une place pour l'agriculture. Elle conserve des possibilités de progression », assure Éric Philippe, le directeur général du groupe Glon-Sanders (3 350 salariés, 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires en 2010), à Pontivy (Morbihan). « Nous accompagnons les producteurs en donnant comme garantie aux banques nos contrats d'achat de leurs produits. Plus de 70 millions d'euros de travaux dans les élevages ont ainsi pu être réalisés au cours des deux années écoulées. » Parallèlement, Glon-Sanders investit 5 millions d'euros par an dans la R&D afin de poursuivre l'amélioration de la qualité des élevages et de leurs bâtiments.

Les efforts effectués par les producteurs commencent à être reconnus, au point d'intéresser les... investisseurs chinois. Le groupe laitier Synutra, spécialisé dans le lait en poudre infantile, compte investir 80 millions d'euros à Carhaix (Finistère) pour créer une laiterie à partir de la matière première locale. Les 60 000 tonnes de produits issus de l'usine finistérenne seront destinés uniquement au marché chinois. Pour autant, si le lait breton peut être jugé de qualité très sûre par les Chinois, la Bretagne et les Pays de la Loire sont encore loin d'avoir résolu tous les problèmes liés à l'environnement agricole ou, plus exactement, à l'agriculture intensive. Il n'y a pas que les touristes pour dénoncer les pollutions d'origine agricole. Les habitants du Grand Ouest sont les premiers à ne plus supporter les algues vertes échouées sur les grèves et les épandages de lisier dans les champs.

Une enveloppe de 186 millions d'euros a été débloquée par l'État, l'Agence de l'eau Loire-Bretagne et les collectivités territoriales qui se donnent cinq ans pour éradiquer cette pollution par les algues vertes. Des mesures drastiques vont être imposées aux agriculteurs situés sur les bassins versants les plus vulnérables pour qu'ils modifient leurs méthodes de cultures et réduisent la taille des cheptels. Les exploitants du Grand Ouest vont devoir également se mettre en conformité avec la réglementation européenne d'ici à 2013. Il s'agit de contenir les risques de pollution des élevages de porcs, bovins et volailles et de garantir la propreté de ces installations. Le coût peut être élevé (jusqu'à 150 000 euros par ferme). Les fermes qui ne pourront pas s'y conformer devront cesser leurs activités. Un sacrifice nécessaire. Le prix à payer pour que le Grand Ouest en finisse avec sa (mauvaise) réputation agricole !

ÉRIC TERRÉ Directeur général de Savena (spécialiste des ingrédients agroalimentaires, 235 salariés), dont le siège est situé à Bréal-sous-Montfort (Ille-et-Vilaine).

Que faites-vous pour conquérir de nouveaux marchés ? Nous consacrons chaque année 6 % de notre chiffre d'affaires (78,5 millions d'euros en 2010) à la R&D. Dans nos laboratoires, une trentaine de collaborateurs mettent au point des solutions et des ingrédients alimentaires pour la restauration hors foyer et l'industrie. Nos formulations sont adaptées aux besoins de chacun de nos clients. Nous devons entretenir nos gammes et les élargir. Pourquoi avoir décidé d'investir 11,2 millions d'euros dans une nouvelle usine située à Bréal-sous-Montfort (Ille-et-Vilaine) ? Notre développement nécessitait une usine d'une taille beaucoup plus importante. Avec ce nouvel investissement, nous allons quasi doubler nos capacités de production. Le choix de créer une usine près de notre siège social s'avère tout à fait judicieux puisque plus de la moitié de notre clientèle française se trouve précisément dans le Grand Ouest. La moitié de vos ventes s'effectuent à l'étranger. Comment adaptez-vous vos produits à la demande internationale ? Si nos technologies sont exportables, nous devons apporter à nos clients à l'étranger des recettes qui soient en phase avec leurs marchés. Dans les zones où nous travaillons, nous sommes en lien avec des collaborateurs installés sur place qui nous aident à développer les produits qu'il faut. En Italie, par exemple, nous avons embauché un cadre qui connaît les techniques locales. On commence également à travailler en Asie en suivant le même modèle.

56 000

C'est le nombre d'emplois dans le secteur de la viande en Bretagne et en Pays de la Loire, soit près de la moitié des emplois de l'agroalimentaire dans ces régions.

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