Le gouvernement grec se penche sur les mesures d'austérité
Publié lepar Jan Strupczewski et David Stamp
ATHENES/BRUXELLES (Reuters) - Le gouvernement grec s'est réuni samedi pour mettre en oeuvre les mesures d'austérité exigées par l'UE et le FMI en échange d'une nouvelle aide d'urgence de 130 milliards d'euros.
A Bruxelles, les pays de la zone euro pourraient réclamer un effort supplémentaire au secteur privé pour aider la Grèce à réduire son endettement, selon des responsables européens.
Après des mois de négociations souvent acrimonieuses, les Grecs espèrent que les grands argentiers de la zone euro avaliseront lundi le plan d'aide nécessaire pour éviter à la Grèce une faillite lors des échéances de remboursement de février.
Dans un communiqué, le gouvernement du Premier ministre Lucas Papademos a fait savoir que les ministres débattraient de l'application de mesures comprenant notamment des réductions de salaires, de traitements et de pensions de retraite venant s'ajouter à celles qui frappent déjà durement le niveau de vie de la population.
Le conseil des ministres devrait adopter une série de mesures qui ont déjà provoqué de graves émeutes, le week-end dernier, à Athènes avant qu'elles ne soient incluses dans une loi de finances rectificative qui sera soumise la semaine prochaine au Parlement.
"La population grecque fait tout ce qu'elle peut et nous sommes résolus à tenir nos engagements", a assuré à la presse le ministre de l'Ordre public, Christos Papoutsis, en entrant sans la salle du conseil.
Nombre de dirigeants européens restent quant à eux sceptiques quant à la volonté d'Athènes de mener à bien les réformes demandées.
Les ministres discuteront aussi de l'avenir de l'ancien aéroport d'Athènes, situé sur un terrain très convoité du front de mer et qui n'a pas été réhabilité depuis plus d'une décennie.
Vendredi, la chancelière allemande Angela Merkel, le président du Conseil italien Mario Monti et Lucas Papademos ont tous fait preuve d'optimisme quant à un accord avec la Grèce lors d'une visio-conférence à trois.
Toutefois, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui présidera lundi à Bruxelles la réunion de l'Eurogroupe, a clairement fait savoir que des efforts urgents étaient nécessaires pour obtenir un plan permettant de réduire l'endettement du pays.
"Toutes les discussions que j'aurai (...) jusqu'à dimanche soir essaieront de rapprocher les chiffres de l'objectif", a-t-il confié à la presse.
Les pays de la zone euro restent engagés dans des négociations techniques de dernière minute avant la réunion lundi à Bruxelles.
Parmi les mesures envisagées, ils songent à ajuster le programme de restructuration de la dette grecque détenue par les investisseurs privés, ont déclaré des responsables européens.
Aux termes du plan de redressement des finances publiques grecques établi en octobre, les pays de la zone euro se sont fixés pour objectif de ramener en 2020 la dette de la Grèce de 160% à 120% de son PIB, un niveau jugé supportable.
Pour cela, ils sont convenus de débloquer avec le Fonds monétaire international (FMI) une nouvelle enveloppe de 130 milliards d'euros en échange de mesures draconiennes d'austérité de la part du gouvernement grec, le tout devant être obligatoirement accompagné d'une participation volontaire des investisseurs privés (PSI).
Or, selon le scénario principal désormais retenu par les bailleurs de fonds de la Grèce (Commission européenne, Banque centrale européenne et FMI), le niveau de la dette grecque ne sera ramené qu'à 129% de son PIB en 2020, en considérant en outre que le pays dégagera un excédent primaire, c'est-à-dire hors charges de la dette, dès 2013, a dit un responsable européen.
Des experts de la zone euro doivent donc se réunir dimanche, veille de la réunion des ministres des Finances, pour examiner les mesures susceptibles de se rapprocher le plus possible de l'objectif de 120% afin de ne pas assister à un effondrement complet du complexe échafaudage mis en place pour éviter à la Grèce de faire faillite et de menacer l'ensemble de la zone euro.
"Si on fait un certain nombre de choses, on peut ramener le 129% à près de 120%", a dit un responsable de la zone euro au fait des discussions.
RENONCER AUX INTÉRÊTS
"Il s'agit de: restructurer l'intérêt couru sur les obligations grecques toujours détenues par le secteur privé, diminuer le taux d'intérêt sur les prêts bilatéraux des pays de la zone euro à la Grèce et restructurer les obligations détenues par les banques centrales nationales dans leurs portefeuilles d'investissements", a ajouté ce responsable.
Jusqu'à présent, les difficiles tractations avec le secteur privé visaient à lui faire renoncer à la moitié de la valeur nominale de ses créances sur la Grèce. Désormais, les investisseurs privés pourraient aussi devoir renoncer à une partie des intérêts liés à ces obligations, ont dit des responsables.
Les banques centrales nationales détiennent pour environ 12 milliards d'euros d'obligations grecques. Dans le cadre du premier plan de sauvetage de la Grèce adopté en 2010, d'un montant de 80 milliards d'euros, des taux d'intérêt élevés ont été appliqués aux prêts bilatéraux consentis par les Etats de la zone euro.
"Si on fait tout cela, le ratio (d'endettement) retombe à près de 120%. Et le besoin de financement reste très proche de 130 milliards d'euros", a dit un responsable.
Si aucune de ces mesures n'est adoptée, la contribution des pays de la zone euro pourrait devoir passer de 130 à 136 milliards d'euros. Or une telle perspective pourrait être difficilement acceptée par certains gouvernements confrontés au mécontentement de leur population.
Certains gouvernements envisagent encore une autre possibilité: diminuer la compensation en liquide censée être versée aux investisseurs privés en échange de l'abandon d'une partie de leurs créances.
Bertrand Boucey et Jean-Loup Fiévet pour le service français
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