Le gouvernement crée une "mission très haut débit"

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Fibre optique
© C.C. - Flickr - Twistiti

Le gouvernement veut accélérer le déploiement du très haut débit en France en créant une mission dédiée, placée sous la responsabilité d'un directeur de l'Arcep. Selon les experts du secteur, la couverture à 100% du territoire en fibre optique d'ici 2022 est irréaliste et d'autres alternatives doivent être trouvées.

Lors de sa campagne électorale, François Hollande a promis que la totalité du territoire français serait couverte en très haut débit en 2022. Un objectif plus qu'ambitieux qui nécessite aujourd'hui un coup d'accélérateur du gouvernement, qui vient de mettre en place une "mission très haut débit", placée sous l'égide de trois ministres : Arnaud Montebourg (Redressement productif), Cécile Duflot (Egalité des territoires) et Fleur Pellerin (Economie numérique).

"Le très haut débit est un chantier majeur pour l’aménagement de nos territoires et la modernisation de nos entreprises", indiquent les trois ministères dans un communiqué commun. "Avec cette mission, le gouvernement se dote des moyens nécessaires au pilotage de ce chantier majeur. Il consultera dès début décembre les parties prenantes sur l’ensemble des priorités de ce chantier. Un schéma complet de déploiement du très haut débit sur le territoire sera adopté en février 2013."

La direction de cette mission est confiée à Antoine Darodes de Tailly, actuellement directeur de la régulation des marchés du haut et très haut débit à l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP).

Le 100% fibre optique jugé irréaliste

La mission gouvernementale se garde bien pour l'instant d'indiquer quelles technologies serviront à couvrir le territoire d'ici à 10 ans. Ce qui est certain, c'est que la fibre optique ne suffira pas. "Il est complètement illusoire d'envisager une couverture de tout le territoire en fibre optique d'ici dix ans au rythme actuel des déploiements", commente Stéphane Lelux, président du cabinet de conseil Tactis, spécialisé dans les infrastructures télécoms et l’aménagement numérique des territoires. "En revanche, il est plus réaliste de tabler sur un mix entre de l'ADSL amélioré, qui peut grimper jusqu'à 40 à 50 Mbits/s, et de la fibre optique", poursuit le responsable.

Le déploiement de la fibre optique en en France fait face à plusieurs obstacles. Le premier est d'ordre financier. Il en coûterait environ 30 milliards d'euros, selon différentes études, pour couvrir 100% du territoire en fibre. Or, aucun acteur n'est aujourd'hui en mesure de payer une telle facture, ni les opérateurs, ni l'Etat. "Les opérateurs ne veulent plus investir, les collectivités n'en ont pas les moyens. Il ne reste qu'une solution, mutualiser au maximum les infrastructures, mais cela risque de créer de nouveaux monopoles", explique un autre expert du secteur qui préfère garder l'anonymat.

Une faible demande en France pour le très haut débit

Mais le jeu en vaut-il la chandelle ? Les particuliers, comme les entreprises, sont loin de se ruer sur le très haut débit en France. C'est en tout cas ce qu'observe l'Idate dans une récente étude. L'Hexagone souffrirait de la trop bonne qualité de son réseau ADSL qui empêcherait les Français de voir l'utilité de basculer vers la fibre. "La plupart des abonnés ADSL ne voient pas encore l'avantage de la fibre optique et ne sont pas prêts à migrer vers le très haut débit, même pour seulement quelques euros de plus", souligne Valérie Chaillou, directrice d'étude à l'Idate.

Résultat : selon l'institut d'étude il y a environ 5,5 millions de foyers raccordables en France (juin 2012), mais seulement 764 000 abonnés réels à une offre de fibre optique, soit un  taux de pénétration d'un peu plus de 12%. La moyenne européenne (EU27) est plutôt entre 17 et 18%.

Même phénomène côté entreprises. "La problématique numéro un du côté des professionnels est que peu d'entreprises perçoivent encore les avantages de la fibre optique", explique Frédérique Dofing, DG de l'opérateur Celeste, spécialiste de la fibre optique pour les entreprises. Elle rappelle pourtant qu'un réseau très haut débit est vivement recommandé pour accéder à des services de Cloud Computing, de téléphonie haute définition ou encore à des solutions de sauvegarde de données en datacenter.

"Les entreprises souhaitant profiter pleinement de ces nouveaux services ont besoin d'un réseau performant et à haute disponibilité", conclut la responsable. Elle espère donc que la mission gouvernementale participera à un nécessaire effort de communication autour des atouts du très haut débit.

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