"Le gouvernement chinois devra probablement intervenir en 2012"
Par Solène Davesne - Publié le
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Ce que prévoient les économistes pour 2012 Comment aborder 2012 ? Des industriels témoignent Les grands événements à suivre en 2012 dans l’industrie "Un retour de la stabilité mi-2012 en zone euro" "La consommation tiendra encore en 2012"L'année 2012 sera-t-elle réellement pire que l'année 2011 pour notre économie et nos industries ? Cinquième et dernier volet de notre série sur les tendances des prochains mois, avec un coup d'œil particulier sur l'Asie. Celui d'Eric Fishwick, chef économiste du CLSA, courtier spécialisé sur l'Asie implanté à Hong Kong.
L'Usine Nouvelle - Est-ce plus difficile que l'an passé de faire des prévisions de croissance pour 2012 ?
Eric Fishwick - Clairement. La crise européenne se propage au reste du monde par des canaux multiples. C'est très difficile à rentrer dans nos modèles de prévision. Depuis plusieurs mois, la faiblesse européenne inquiète en Asie. Un certain nombre de secteurs manufacturiers très exportateurs sentent un fort ralentissement de leurs activités. Or l'ampleur de ce ralentissement ne colle pas avec la baisse de la demande finale européenne, qui reste modérée pour le moment. La seule explication, c'est que les banques européennes ont arrêté de financer les échanges mondiaux.
Comment la zone euro est perçue ?
La zone euro est sous-analysée par le reste du monde. Les analystes sont assez bien familiarisés avec les rouages des institutions américaines, mais ils connaissent mal le fonctionnement des institutions européennes. Du coup, ils ont du mal à comprendre et à anticiper.
La crise européenne a-t-elle un impact sur l'Asie ?
C'est visible depuis deux mois. En novembre, l'indice PMI manufacturier chinois a atteint son plus bas niveau depuis plus de deux ans, à cause de la forte baisse des commandes à l'export. Cette baisse est arrivée si brusquement que les industriels n'ont pas réussi à l'anticiper et ont dû gonfler leurs stocks. Cela veut dire que les perspectives de croissance dans le secteur manufacturier devraient rester faibles au moins pour les deux ou trois prochains mois, le temps que les niveaux de stocks s'ajustent. La situation actuelle ressemble en fait très fortement à ce qu'avait du vivre le secteur manufacturier chinois après la Chine de Lehman Brothers. Sauf que cette fois, la réaction en chaîne se fait de façon raisonnablement moins rapide qu'en 2008.
La crise du crédit peut-elle s'intensifier en Asie aussi ?
Elle s'est intensifiée ces derniers mois, mais elle ne sera pas si dure qu'en 2008. Les gens ont appris de 2008 et ont commencé à anticiper. La banque de développement asiatique a déjà annoncé qu'elle se préparait à une hausse de la demande sur ses lignes de financement du commerce mondial pour remplacer le vide laissé par le retrait des banques européennes. Des entreprises ont déjà commencé à approcher des banques à Singapour pour sécuriser leurs lignes de crédit. Mais en Chine, la situation est particulièrement difficile pour les exportateurs. Leurs clients augmentent leurs délais de paiement parce qu'ils ont des difficultés à se financer. Du coup, les fournisseurs chinois doivent se tourner vers le système bancaire local pour prendre le relais. Mais l'accès au financement est très restreint en Chine pour beaucoup d'entreprises qui se retrouvent face à un goulot d'étranglement.
Quelle croissance anticipez-vous pour l'Asie en 2012 ?
La croissance asiatique se dégrade de façon nette depuis ces derniers mois. La demande du marché américain, qui reste le premier débouché des exportateurs asiatique, reste faible. La baisse de l'euro par rapport au dollar contribue aussi à fragiliser les exportateurs asiatiques, qui facturent en dollar. Traditionnellement, les exportateurs font plus de marge en Europe qu'aux Etats-Unis parce que les supply chains y sont moins monolithiques. Ce n'est plus forcément le cas.
Dans le contexte actuel, je pense que le gouvernement chinois sera probablement obligé d'intervenir en 2012 pour soutenir l'économie. Les autorités ont besoin d'assouplir l'accès au crédit, qu'elles avaient fortement durci ces derniers temps. Elles devraient probablement augmenter les quotas de prêt autorisés pour les banques, et les grands programmes d'infrastructures devraient s'accélérer dans les 18 prochains mois. La Chine n'a pas envie de dépenser en construction inutile. Mais si la croissance ralentit trop, ils n'auront pas le choix.

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