Le gaz russe tarde à gagner l'Ukraine, le rouble chute
Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
Promis pour ce matin, le retour des flux ? Gazprom faire encore durer la coupure de gaz. Il accuse l'Ukraine, tandis que la devise moscovite chute en conséquence.
C'est de nouveau le statu quo. A Bruxelles, la Commission européenne a confirmé mardi que «très peu ou pas du tout de gaz transite actuellement» par l'Ukraine, ajoutant que la situation est «très sérieuse». Alors que la Russie annonçait ce matin avoir rouvert les vannes approvisionnant l'Europe en gaz, la société gazière russe Gazprom annonce que l'Ukraine bloque les livraisons de gaz russe vers l'Europe. «Le gaz a cessé d'aller vers l'Ukraine car la partie ukrainienne n'a pas organisé le transport vers les consommateurs européens», a accusé le représentant de Gazprom dans la région de Koursk, frontalière de l'Ukraine. «Dans ces conditions, nous n'avons pas la possibilité physique d'assurer le transit de gaz à travers le territoire de l'Ukraine, dénonce Gazprom. Nous avons informé la Commission européenne que nous n'avons effectivement pas la possibilité de livrer le gaz.»Victime numéro un : le rouble. En parallèle du conflit gazier, la devise russe a été dévaluée lundi pour la deuxième fois cette année, et la quatorzième fois depuis près de deux mois. Le taux de change russe est en effet mixte : il n'est ni fixe, ni flottant. Le cours du rouble est indexé à un «panier» de devises dollar/euro : il ne flotte que dans une fourchette étroite, qui évite ainsi les chocs économiques causé par des fluctuations soudaines. Reste que Moscou doit ajuster son taux de change à la baisse des prix du pétrole et aux perspectives de récession économique, fuite de devises oblige. Le prix du pétrole, principale produit d'exportation du pays, a lui baissé de plus de 50% l'année dernière.
Le rouble est ainsi tombé lundi à 35,78 par rapport à un panier euro-dollar, sous les 35,30 considérés comme la fouchette basse par la Banque centrale russe la séance précédente. Une source de la Banque a confirmé l'élargissement de la marge de fluctuation dans laquelle évolue la monnaie russe. Le rouble a déjà perdu près de 3% depuis le début 2009, après avoir reculé de 17% en 2008.
Anticipations auto-réalisatrices. Parmi les principaux facteurs de cette dévaluation, le ralentissement de l'économie, les cours du pétrole, la montée mondiale de l'aversion pour le risque - avec des investisseurs moins enclins à placer leur argent en Russie - et désormais le facteur gazier. Anticipant le fait que l'Europe fera appel à des approvisionnements gaziers plus diversifiés à long terme, les investisseurs parient sur une dévaluation du rouble sur le marché des changes, du fait de la chute des entrées de devises. La pression baissière sur le marché force la banque centrale russe à dévaluer de fait, dès aujourd'hui.
Moscou fait donc jouer à Gazprom un jeu dangereux. Entre faire pression d'une part sur son voisin ukrainien pour lui vendre du gaz à des prix de marché, faire pression d'autre part sur son voisin européen pour donner un coup d'accélérateur aux projets de gazoducs évitant l'Ukraine... et scier la branche sur laquelle la Russie est assise, la frontière est ténue.
A.L.
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