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Le ferroutage revient à la simplicité

Par JEAN-CHARLES GUÉZEL - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2983

Arbel Fauvet Rail propose une alternative au système Modalohr, déjà en service entre la France et l'Italie. Une solution plus rustique et, de ce fait, moins coûteuse.

Aussi indispensable ... que controversé. Le ferroutage, c'est-à-dire le transport de poids lourds par rail, fait partie de ces technologies tellement attendues - et tellement discutées - qu'on finit par ne plus les attendre. Principale pierre d'achoppement : le coût. Un obstacle qu'Arbel Fauvet Rail (AFR), dernier spécialiste des wagons de fret en France, veut lever grâce à une solution brevetée que Christian Tellier, son P-DG, décrit comme étant aussi économique que rustique.

Faisant en ce moment même l'objet d'un programme d'essais et d'homologation à Dourges (Pas-de-Calais), sur une plate-forme exploitée par Novatrans, ce système devrait donner lieu d'ici à huit mois à la réalisation et à la mise en service d'une pré-série de 2 rames de 8 wagons sur la liaison Dourges-Perpignan.

« Notre proposition a le mérite de la simplicité, argumente Christian Tellier. Elle consiste à placer et à dételer le chargement sur une sorte de corbeille en acier à laquelle le conducteur accède en marche arrière. Cette corbeille, munie de quatre accroche-pinces, est ensuite hissée, et cela de façon très conventionnelle, au moyen d'une autogrue ou d'un portique. Elle est alors positionnée au-dessus du wagon, avant d'y être encastrée. Mêmes étapes, en sens inverse cette fois, pour la récupération du chargement. »

Un système moins sophistiqué que Modalohr, le dispositif surbaissé à chargement en épi et plateau pivotant qui équipe l'axe alpin Maurienne-Turin depuis 2003, et par ailleurs moins agressif pour les rails que les wagons surbaissés à petites roues (38 centimètres de diamètre au lieu de 90) et à multiples essieux qui circulent en Suisse et en Autriche. Tout en étant très efficace : selon AFR, il suffit d'une heure pour la préparation complète d'un convoi de 16 wagons (320 mètres de longueur) au moyen de deux grues ou de deux portiques.

« Notre solution, compatible avec le gabarit normalisé GB1, a été conçue avec des logisticiens en partant des besoins du marché. Elle est adaptable aux plates-formes multimodales existantes en France et en Europe, et ne réclame aucun investissement supplémentaire. Elle permet par conséquent un démarrage rapide et sans risque », insiste Christian Tellier. Au final, selon l'association Route roulante 2006, qui réunit la fédération des entreprises de transport et logistique de France (TLF), Fret SNCF et RFF, le wagon AFR serait 40 % moins coûteux en investissement et 60 % moins coûteux en maintenance que le système Modalohr.

Une autoroute ferroviaire nord-sud

Mais au-delà d'un nouveau concept, c'est surtout une réponse au cahier des charges de l'association Route roulante 2006 qu'AFR entend dès à présent apporter avec ce wagon. Cette association, crée en 2004, a en effet pour objectif de lancer à court terme un service d'autoroute ferroviaire sur un axe nord-sud, soit Atlantique, soit Méditerranée. Une offre devant être capable de fonctionner sans subvention et pour laquelle le facteur coût s'avère déterminant. « Notre wagon offre la possibilité de charger non seulement des remorques mais également des conteneurs et des caisses mobiles, contrairement au système Modalohr qui ne transporte que des camions. Cette polyvalence garantit des taux de chargement suffisants pour rentabiliser le projet, ce qui n'est pas le cas l'axe alpin, dont les recettes couvrent à peine 30 % des frais d'exploitation », indique Christian Tellier.

Quoi qu'il en soit, AFR, intégré au pôle de compétitivité ferroviaire i-Trans (région Nord - Pas-de-Calais), travaille déjà à l'amélioration de son produit. « D'ici à trois ans, nous aurons développé de nouveaux bogies, plus silencieux et capables de porter la vitesse de 120 km/h actuellement, à 140 km/h. En utilisant de nouveaux aciers mis au point par Arcelor, la masse à vide des wagons (28 tonnes avec panier et appareillage) sera par ailleurs réduite de façon à faire passer la charge utile de 34 tonnes à 38 tonnes ».

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