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LE DYNAMIQUE MARCHÉ DES PORTES ET FENÊTRES

Par DE NOTRE CORRESPONDANT, EMANUEL GUIMARD - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3240
Avec un investissement de 20 millions d'euros dans son usine des Herbiers, K.Line parie sur l'avenir.
Avec un investissement de 20 millions d'euros dans son usine des Herbiers, K.Line parie sur l'avenir.
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La crise est dans le rétroviseur. Les prévisions de la construction et la bonne tenue de la rénovation offrent de solides perspectives aux fabricants de portes et fenêtres.

S'il est une filière où l'optimisme domine, c'est bien celle de la menuiserie industrielle. Dans les Pays de la Loire, où près d'un tiers des fenêtres françaises sont fabriquées, cette filière compte 10 000 emplois et une soixantaine d'entreprises de plus de 30 salariés. La plupart des leaders ont annoncé presque simultanément leur intention d'accroître leurs capacités. À La Membrolle-sur-Longuenée (Maine-et-Loire), Bouvet a dévoilé le projet d'une usine de 50 000 m² pour réunir en 2013 plusieurs ateliers dispersés autour d'Angers. « Le projet remonte à 2007, mais il avait été mis en attente en 2008, à cause de la crise. L'an passé, notre croissance a progressé de 12 %. Mais elle a été obtenue dans des conditions difficiles, en raison de la saturation de nos sites », note Patrick Bouvet, PDG du groupe éponyme, dont le chiffre d'affaires consolidé a atteint 138 millions d'euros l'an dernier.

Près de Cholet, Janneau investit 6 millions d'euros dans une usine de 6 000 m² pour remplacer une unité de portes et fenêtres en PVC, désormais inadaptée à sa croissance. Ce groupe familial du Loroux-Bottereau (Loire-Atlantique), fort de cinq unités de production produisant 100 000 portes et fenêtres par an, a bouclé en 2010 un exercice record à plus de 56 millions d'euros. Le groupe vendéen Liébot, numéro un français de la fenêtre en aluminium (317 millions d'euros de chiffre d'affaires), a lui aussi engagé un plan d'investissement sans précédent : 60 millions d'euros pour quatre usines supplémentaires, soit 55 000 m² de surfaces de production nouvelles. 20 millions d'euros seront notamment investis chez K.Line, aux Herbiers. L'activité portes d'entrée, lancée il y a trois ans sur une feuille blanche, est un succès. Elle disposera en mai de sa propre usine de 10 000 m². Le groupe est en passe de prendre des positions clés sur ce marché. Cet investissement permet aussi de soutenir des innovations comme une nouvelle génération de baies coulissantes à hautes performances, qui implique une ligne de production de 3,5 millions d'euros. À Cugand (Vendée), Liébot lance la reconstruction de l'unité de MC France, une usine de 23 000 m² avec 2 000 m² de bureaux. Cet outil, d'un coût de 28 millions d'euros, permettra d'accompagner en 2012 l'essor d'une autre gamme de portes d'entrée mixte bois et alu, une niche haut de gamme. À Cholet, c'est CAIB (PVC, alu, mixte), une autre filiale de Liébot qui profitera d'un nouveau site de 10 000 m², un projet de 10,3 millions d'euros.

Pour André Liébot, le président, cette foi en l'avenir repose sur des fondamentaux, dont les prévisions de la construction neuve, les mesures d'économies d'énergies issues du Grenelle de l'environnement et la bonne tenue de la rénovation, avec la réserve d'une remise en cause de la TVA à 5,5 %. La filière bénéficie aussi « d'un capitalisme familial qui a mieux résisté à la crise », poursuit André Liébot. « Ces entreprises sont des joyaux venant de plusieurs générations. Elles ont passé cette crise de façon extraordinaire. Leur but n'est pas de verser des dividendes, mais de garder leurs salariés. »

Ce dynamisme suscite d'autres projets industriels dont celui de Cortizo, qui va implanter au premier semestre 2012, à Chemillé, une unité de filage, laquage et barrettage. L'espagnol, qui nourrit une ambition internationale, trouve dans cette région ses principaux clients dont K.Line, mais aussi tous les fabricants de vérandas. La Vendée compte dans ce secteur plusieurs leaders (Akena, Rideau et Concept Alu). D'autres spécialistes du thermolaquage (consistant à préparer la surface par traitement chimique avant le dépôt d'une poudre polyester fixée par cuisson) vont accroître leurs capacités. Ainsi, Thermolaquage de Vendée double son usine de Chavagnes-en-Paillers (Vendée). Cette entreprise, fondée par Armel Reminiac, est la société soeur de SFPI, société bretonne créée également par lui. « Il nous fallait nous installer en Vendée, pour nous rapprocher des grands de la menuiserie », note l'industriel.

Un marché pour les grands et les plus petits

À Brûlon (Sarthe), FPEE investit 6,5 millions d'euros dans une unité de 6 500 m² pour sa filiale Multilaque, tandis qu'au May-sur-Èvre (Maine-et-Loire), Coloralu prévoit 20 000 m² d'usine dont la moitié cette année, avec 60 emplois à la clé. « Le thermolaquage est un métier de service, de sous-traitance, de proximité et de réactivité absolue, avec des délais de huit heures à deux semaines », commente Michel Pinart, PDG de Coloralu, dont l'outil permettra de développer Qualinuméric, procédé exclusif permettant de réaliser des décorations de grand format sur aluminium laqué. Ce marquage de qualité photographique fut d'abord utilisé pour l'imitation bois.

Ces grands leaders n'empêchent pas l'épanouissement d'outsiders. C'est le cas des menuiseries Bourneuf, à Parigné-L'Évêque (Sarthe). Reprise en 2006 par Pascal Joubert, un ancien de Péchiney, cette entreprise de 54 salariés a doublé son chiffre d'affaires à 7,3 millions d'euros, sur des créneaux tels que les pare-flammes et coupe-feu et les fenêtres, dont une gamme standard et une gamme à l'ancienne, notamment pour la réhabilitation de monuments historiques. Sa croissance, l'entreprise l'attribue à un renforcement des capacités d'études, à une nouvelle clientèle de grands comptes et à la mise en place d'un réseau d'artisans poseurs, à l'instar des enseignes comme Arts et Fenêtres, de FPEE, ou Lumière du jour, de K.Line. Dans la fenêtre de tradition, citons aussi les Ateliers Perrault, société fondée il y a deux cent cinquante ans, gérée par la huitième génération, et qui a remplacé les fenêtres des grands communs de Versailles...

« Nous percevons une reprise de long terme »

GÉRARD TELLIER président de Menuiserie Avenir, association des industriels du secteur dans les Pays de la Loire.

Cette vague d'investissements peut-elle engendrer une surcapacité ? Ces entreprises savent estimer finement les capacités à mettre en oeuvre. Nous percevons une reprise de long terme, après un creux de la vague en 2009. Il y a 31 millions de logements à rénover, 40 000 par an sans parler des 300 000 à 400 000 logements neufs à construire tous les ans aux nouvelles normes. L'obligation thermique s'impose désormais y compris à la revente, ce qui implique un travail supplémentaire d'isolation. Quels sont les enjeux en matière d'innovation ? Celle-ci se focalise sur une meilleure performance thermique. Mais nous devons considérer cette problématique de façon globale, avec la toiture, les murs, l'enveloppe complète du bâtiment. D'où notre intérêt pour des coopérations avec, notamment, le pôle Génie civil ouest de Nantes, qui nous rapproche des architectes, thermiciens et promoteurs. Quelle est l'ambition de Menuiserie Avenir ? À l'origine, nous sommes partis d'un problème de recrutement, du souci d'attirer les jeunes dans nos entreprises, dans des bassins d'emplois comme le Choletais, où le taux de chômage est faible. D'autres sujets sont envisagés dont l'amélioration des conditions de travail, le regroupement d'achats, l'innovation, les problématiques de bilan carbone. L'enjeu est d'être reconnu comme un pôle de référence d'envergure nationale. L'intérêt est aussi de montrer aux prescripteurs que la filière compte des petites sociétés d'une grande qualité technique.

1,6 milliard d'euros

Chiffre d'affaires de la menuiserie industrielle des Pays de la Loire, représentant 30 % de la production nationale et 10 000 emplois.

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