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LE DÉFI AMÉRICAIN D'EADS

Par PAR HASSAN MEDDAH - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3229
Le ravitailleur d'Airbus n'équipera pas l'US Air Force, qui a choisi le B 767, moins cher, de Boeing.
Le ravitailleur d'Airbus n'équipera pas l'US Air Force, qui a choisi le B 767, moins cher, de Boeing.
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Sans le contrat des ravitailleurs de l'US Air Force, les marges de manoeuvre d'EADS se rétrécissent. Il peut viser des acquisitions ciblées, et éventuellement un nouveau contrat d'hélicoptères pour rebondir aux États-Unis.

Le miracle ne s'est pas reproduit. Le groupe européen EADS laisse échapper « le contrat du siècle » au profit de Boeing. Au bout d'un faux suspense, le Pentagone a retenu, le 24 février, l'avionneur américain pour renouveler la flotte de ravitailleurs vieillissante de l'US Air Force. Soit 179 appareils à livrer pour une valeur d'environ 35 milliards de dollars. Dans l'immédiat, Boeing décroche un contrat de 3,5 milliards pour développer et produire dix-huit B 767 NewGen dès 2017.

Pour EADS, la déception est grande. Donné vainqueur dans la dernière ligne droite par certains analystes américains pour la supériorité de son offre technique, le groupe de défense n'en accuse que plus durement le coup. Le gain du contrat des ravitailleurs l'aurait propulsé dans la cour des grands fournisseurs de l'armée américaine, le premier marché mondial de l'armement avec environ 650 milliards de dollars d'achats par an. Sans oublier les bénéfices collatéraux d'un tel contrat. EADS aurait pu établir une base industrielle solide aux États-Unis : les A 330 militarisés devaient être assemblés à Mobile, dans l'Alabama.

Privé du contrat des ravitailleurs, que pèse l'européen sur le marché américain ? Pas grand-chose. Le groupe n'a réalisé que 2 % de son activité aux États-Unis soit 1,2 milliard de dollars de chiffre d'affaires (hors Airbus), loin encore des 10 milliards de dollars par an fixés pour l'horizon 2020 ! De fait, parmi ses filiales, seul Eurocopter tire son épingle du jeu. Après avoir accaparé environ 50 % du marché civil américain face aux hélicoptéristes locaux (Sikorsky, Bell...), le constructeur perce sur les marchés militaires. En 2006, Eurocopter a remporté le contrat des hélicoptères légers LUH, soit 345 appareils à livrer pour 2 milliards de dollars ! Eurocopter se positionne sur un contrat plus ambitieux encore, la fourniture d'hélicoptères militarisés (Armed Aerial Scout), en association avec Lockheed Martin qui apporte les équipements de mission électronique. L'appel d'offres pour environ 500 appareils, estimé entre 6 et 10 milliards de dollars, pourrait être attribué l'an prochain.

Pour atteindre rapidement la taille critique aux USA, EADS doit changer de braquet et d'approche. La solution : acquérir des fournisseurs établis du département américain à la Défense. « Au-delà de la technologie, les groupes européens acquièrent par ce biais la connaissance du client, c'est-à-dire le mode d'emploi et les compétences pour répondre et traiter les appels d'offres du Pentagone », explique Damien Lasou, le responsable mondial des secteurs aéronautique et défense chez Accenture.

Deux groupes européens ont montré la voie : l'italien Finmeccanica, l'« EADS » transalpin, et l'anglais BAE Systems. Le premier n'a pas hésité en 2008 à doubler de taille sur le marché américain, rachetant un poids lourd de l'électronique de défense, le groupe DRS Technologies, pour 5,2 milliards de dollars. Dubitatifs un temps, les observateurs saluent désormais cette initiative. DRS collectionne les contrats auprès de toutes les composantes de l'armée américaine et des organismes en charge de la sécurité intérieure du pays... Il sera notamment en charge du design du cockpit et de la construction de l'unité de ravitaillement en vol... du tanker de Boeing !

BAE a montré le chemin

Le second, l'anglais, a lui mené une politique d'acquisitions tambour battant. Il a racheté plus d'une dizaine d'entreprises en dix ans dont UDI, le fabricant du char Bradley (largement déployé en Irak et en Afghanistan) en 2004 pour 4 milliards de dollars. « EADS a progressé par opportunité, en fonction des contrats gagnés par ses filiales. BAE, lui, a déployé une stratégie d'implantation très agressive et il considère les États-Unis comme un marché domestique », explique Damien Lasou. Résultat : le britannique a chipé aux groupes américains, en 2008, le rang de numéro un mondial des ventes d'armes (classement du Sipri), vendant pour 32,4 milliards de dollars d'armement dont plus de la moitié aux États-Unis ! Pour grossir au pays de l'Oncle Sam, les actionnaires d'EADS devront se montrer plus audacieux que par le passé. Trop frileux, ces derniers (principalement le groupe Lagardère) avaient mis leur veto à une acquisition proposée par Louis Gallois en 2007. Jamais officialisée, la transaction concernait le spécialiste des drones tactiques, United Industrial Corp. Ce dernier trouvera preneur, quelques mois plus tard, pour 1,1 milliard de dollars.

Avec 10 milliards d'euros en trésorerie, EADS a les moyens de se payer un très beau pied-à-terre aux États-Unis. Bien sûr, toute acquisition est un pari risqué. Intégrer une cible de taille significative, articuler ses activités avec le reste du groupe, accepter une cogestion avec un management forcément américain du fait des activités militaires sensibles sont autant d'écueils possibles. Mais les efforts consentis par EADS dans le dossier des ravitailleurs ont aussi porté des fruits. En concourant, le groupe a indéniablement gagné ses galons de chef de file à travers cette bataille épique. « Le Pentagone est venu nous chercher », rappelle-t-on chez EADS. Le groupe s'est imposé pour la première fois comme maître d'oeuvre pour ce programme. Il a réussi à rallier 200 partenaires américains dont les plus prestigieux (GE Aviation, Honeywell, Rockwell Collins, Goodrich, Hamilton Sundstrand...). En somme, il ne manque à EADS qu'une bonne implantation aux États-Unis pour apparaître enfin comme un vrai industriel américain.

LE TANKER D'AIRBUS SE VEND AILLEURS

28 commandes fermes... Royaume-Uni : 14 Émirats arabes unis : 3 Arabie Saoudite : 6 Australie : 5 ...et des commandes potentielles France : 14 Brésil : 3

15

appareils par an. La perte du contrat américain prive EADS de 15 % de la production annuelle d'A 330.

Finmeccanica et Safran embarquent avec Boeing

L'italien Finmeccanica, fournisseur majeur d'éléments de fuselage du B 767, et, au travers de sa filiale de systèmes DRS, a de quoi se réjouir de la victoire de Boeing. Dès 2001, l'américain lui avait octroyé 20 % de la valeur du contrat du programme. Safran tire également son épingle du jeu. Il fournit roues, freins et câblage du 767, soit un peu moins d'un million de dollars de chiffre d'affaires par appareil. Sinon c'est plutôt la grimace du côté des européens. « C'est clair, nous sommes déçus qu'EADS ait perdu car nous sommes le fournisseur de l'avionique de l'A 330 », indique Luc Vigneron, le PDG de Thales. En cas de sélection d'EADS, l'ensemble des équipementiers de l'A 330 auraient bénéficié de commandes supplémentaires : Aerolia pour la pointe avant de l'appareil, Premium Aerotec pour certains tronçons, Latécoère, etc.

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