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L'Usine de l'Energie

Le coût de Cigéo n'a rien d’extravagant selon Francis Sorin

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Francis Sorin est membre honoraire du Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire. Il est l'auteur de "Les déchets nucléaires, où est le problème ?" Selon lui, les 25 milliards d’euros que coutera le projet Cigéo, de stockage profond des déchets nucléaires très radioactifs, ne sont pas excessifs au regard de la durée d’exploitation du site et de l’apport du nucléaire.

Cigéo (centre de stockage pour les déchets nucléaires à vie longue) devrait, selon l’évaluation du gouvernement, coûter de l’ordre de 25 milliards d’euros. Un montant inférieur aux calculs de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) mais supérieur aux estimations des producteurs de déchets (EDF, Areva, CEA). L’évaluation gouvernementale ne prétend pas à l’exactitude définitive : elle pourra évoluer au fil du temps et doit être tenue comme l’objectif devant éclairer, aux conditions actuelles, la gestion du projet.

A la publication de ce montant, les organisations opposées à Cigéo ont, comme on pouvait s’y attendre, déclenché les grandes orgues de l’indignation dénonçant un projet "pharaonique" aux coûts "délirants". Considérée en elle-même, la somme de 25 milliards d’euros peut apparaitre effectivement très élevée. Mais si on la replace dans son contexte on mesure alors qu’elle n’a rien d’extravagant ou d’insupportable et qu’elle couvre de surcroit  des contreparties hautement positives.  

Cigéo ne plombera pas l’économie du secteur nucléaire

Il faut noter en premier lieu que ce coût de 25 milliards est étalé sur 140 ans (à compter de 2016) et comprend non seulement la construction de l’équipement, mais aussi son coût d’exploitation durant toute la période, sa fermeture, ainsi que les taxes et impôts afférents ! Pour prendre la juste mesure de cette somme, soulignons  qu’elle correspond à un coût annuel de l’ordre de 178 millions d’euros à comparer au chiffre d’affaires annuel cumulé de 80 milliards réalisé par les trois principaux producteurs de déchets !

Même si ces derniers sont tenus de réaliser des provisions conséquentes - grevant parfois sérieusement  leurs résultats - pour garantir les dépenses futures, la globalité des financements à assurer sur un siècle-et-demi pour Cigéo apparait, au vu de ces chiffres, parfaitement supportable. Ces montants sont d’ailleurs en cohérence avec les évaluations des professionnels de la filière et de la Cour des Comptes qui estiment que le stockage des déchets continuera de représenter de 1% à 2% du coût total de production du kilowattheure nucléaire. On est loin, comme on a pu le lire ici ou là, du « boulet » qui va plomber définitivement le bilan économique de l’industrie nucléaire !

Soulignons par ailleurs que grâce aux provisions constituées et régulièrement réévaluées, nous ne laisserons pas "l’ardoise" de Cigéo à nos descendants. Ces provisions étant répercutées d’une manière ou d’une autre dans le prix de vente de l’électricité, c’est sur le consommateur actuel, sur vous et moi, que pèse l’essentiel du financement de ce stockage futur.

La contrepartie de deux grands avantages

Pour une estimation pertinente du projet, il faut aussi mettre au regard de ces coûts deux grands avantages dont les déchets de Cigéo sont en fait la contrepartie obligée : l’équipement va être un dopant formidable pour l’économie de Meuse/Haute Marne, avec plusieurs milliers d’emplois directs et indirects à la clé.

Cigéo et ses déchets sont certes une contrainte mais ils sont d’abord la contrepartie d’un processus électrogène écologiquement vertueux qui ne rejette pratiquement pas de pollution à l’atmosphère. Car à l’inverse des autres grandes sources de production d’électricité, charbon, pétrole et gaz, qui dispersent leurs déchets dans l’environnement, le nucléaire récupère et confine les siens.

Comme je le souligne dans mon livre (1), les quelque 80 000 m3 de déchets appelés à être stockés à Cigéo résultent d’une production électronucléaire qui, se substituant aux combustibles fossiles, a permis d’éviter le rejet depuis les années 1970 de plus de 15 milliards de tonnes de CO2, le principal gaz responsable de l’effet de serre et d’environ 50 millions de tonnes de dioxyde de soufre, 25 millions de tonnes  d’oxyde d’azote, 2 millions de tonnes de poussières et particules fines !

Outre une importante contribution à la lutte contre le réchauffement climatique, ces chiffres signent une diminution des dommages à la santé des personnes dus à la production d’énergie. C’est ainsi qu’une étude du Goddard Institute (2) estime à environ 290 000 le nombre de décès évités en France, entre 1971 et 2009, grâce au remplacement des combustibles fossiles par le nucléaire.

Au-delà de sa vocation de stockage, Cigéo doit donc aussi être regardé comme un élément de la politique énergétique qui engendre ces avantages écologiques et sanitaires. C’est l’ensemble de ces considérations qu’il faut prendre en compte pour une juste appréciation du projet et de son coût.

Francis Sorin

 

  1. "Déchets nucléaires, où est le problème ?", Francis Sorin, EDP Sciences novembre 2015, 160 pages, 18 euros.
  2. "Mortalité évitée et émissions polluantes liées à l’utilisation de l’énergie nucléaire", J.Hansen et P.Karesha, Etude pour le Goddard Institute parue dans Environmental Science and Technology, juin 2013.

 

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