LE COEUR MARIN DE TOULON BAT À NOUVEAU
Par DE NOTRE CORRESPONDANT, JEAN-CHRISTOPHE BARLA - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3229
©
Après quinze ans de marasme, la ville investit pour devenir une référence dans les technologies marines. Le pôle de compétitivité Mer Paca accompagne sa diversification sur les marchés civils.
La renaissance de Toulon pourrait bien s'opérer... sous les mers. Avec un projet qui serait unique au monde : Abyssea. En 2012, au large de l'île du Levant, la plus orientale des îles d'Hyères (Var), un centre d'expertise et d'essai verra le jour pour un investissement de 12 à 15 millions d'euros. Deux plates-formes sous-marines, placées à 1 300 mètres et à 2 400 mètres de profondeur, permettront dans un an de valider des équipements d'exploration et d'exploitation du milieu sous-marin, pour l'offshore pétrolier ou les énergies renouvelables. « C'est un projet de PME porté par des PME », explique Patrick Mugnier, le dirigeant de Chrisar Software Technologies, actionnaire d'Abyssea avec Subsea Tech, Comex, EMC3, Sofresud, Thalaseis, le pôle de compétitivité Mer Paca et la Caisse des dépôts.
Ce centre symbolise la nouvelle dynamique de l'agglomération toulonnaise dans les activités marines à vocation civile. Même si le militaire reste très prégnant, cet axe de développement est prioritaire pour les élus de Toulon Provence Métropole. Leur « grand projet de rade » combine infrastructures, habitat, protection du littoral et foncier pour les entreprises. Au cours des prochaines années, l'ancienne base aéronavale de Saint-Mandrier sera ainsi dévolue à la grande plaisance. Quand au Technopôle de la mer, qui doit voir le jour en 2013, il s'appuiera sur une base terrestre de 35 hectares à Ollioules et sur une base maritime à La Seyne-sur-Mer. À l'endroit même où l'Ifremer construit (pour 5 millions d'euros) un centre européen de recherche en technologies sous-marines.
« Grâce à sa proximité avec de grands fonds, propices aux tests de dispositifs susceptibles d'intéresser l'offshore pétrolier, Toulon peut devenir une tête de pont européenne pour les technologies en eaux profondes, même si la sécurité et la sûreté maritime mobilisent davantage les acteurs locaux », affirme Vincent Rigaud, le responsable du développement des systèmes sous-marins de l'Ifremer. Cette diversification est relayée par Toulon Var Technologies, une association regroupant entrepreneurs, responsables politiques et universitaires. Elle est soutenue par le pôle de compétitivité Mer Paca, fort de ses 280 membres, et la DCNS, le plus gros employeur industriel du Var (3 100 salariés).
Ce pôle conjugue justement le positionnement sur les activités civiles avec huit thématiques stratégiques : de la protection maritime aux ports du futur, en passant par la prévention des risques, le navire du futur et l'aquaculture durable. Les quelque 150 projets labellisés par le pôle représentent 200 millions d'euros d'investissements en R et D. « Nous nous efforçons d'imaginer les déclinaisons civiles de projets à l'origine conçus pour le militaire, souligne Christophe Avellan, chargé de projet au pôle Mer Paca. Par exemple, le savoir-faire de DCNS en maintenance des navires de la Marine nationale peut servir aux bateaux de croisière et de plaisance. Le futur port de Cogolin découlera de transferts de technologies issues de nos membres. »
L'activité militaire reste une locomotive. La Marine nationale emploie 23 000 personnes dans le Var, la Délégation générale à l'armement 1 millier. À La Seyne-sur-Mer, le groupe Cnim réfléchit aux évolutions de son engin amphibie de transport de troupes L-CAT. « Le prototype a effectué plus de 150 démonstrations auprès de prospects d'une trentaine de pays. Ce concept s'adapte pour l'offshore et la maintenance d'éoliennes en mer », assure Matthias Bayart, le responsable de l'activité projection maritime de Cnim. « En attribuant des budgets de recherche à des PME, le ministère de la Défense facilite le développement d'innovations modulables aux besoins d'autres clients », souligne Claire Noël, dirigeante de Semantic TS (cartographie des fonds marins), à Sanary.
Une mutation tributaire du secteur de la défense
Certaines entreprises sont passées au stade supérieur. C'est le cas de Supraméca à La Seyne-sur-Mer. L'entreprise démocratise des solutions militaires utilisant une source d'énergie pyrotechnique. Elle a développé un pistolet de fixation pour travaux subaquatiques, des systèmes de découpe pyrotechnique de portes blindées et de désincarcération... Dominique Vinci, le président de Supraméca, précise : « 80 % de notre activité s'opèrent à l'international ». Cette dynamique n'atténue cependant pas la dépendance du tissu varois au secteur de la défense. « L'impact des crises de la défense est résorbé, mais il faut du temps pour mener une mutation », souligne Patrick Valverde, le directeur de Toulon Var Technologies.
L'agglomération toulonnaise, en particulier, et le Var, plus généralement, restent dépendants de la bonne santé de l'ancien arsenal, celui-ci ayant été profondément restructuré depuis le changement de statut de l'ancienne Direction des constructions navales (DCN) en 2003, devenue DCNS. « Depuis cette date, nous avons recruté 1 300 personnes, investi des dizaines de millions d'euros pour remettre à niveau notre outil industriel, former nos personnels, gagner en compétitivité. Ce sont plusieurs centaines de millions d'euros qui ont été injectés dans l'économie varoise. Nous avons essayé de privilégier les acteurs locaux via des contrats cadres à long terme », explique Bernard Sans, le directeur du site et président du pôle Mer Paca.
Cnim achète de son côté pour 10 millions d'euros de prestations à 150 fournisseurs varois. Pour le directeur des achats, Michel Banderly, « il faudrait travailler le rayonnement extérieur de Toulon pour attirer d'autres groupes significatifs et accélérer la diversification des PME ». L'agence Var Accueil Investisseurs reconnaît la rareté des implantations. Il en va de même pour le recrutement d'ingénieurs : l'Isen, Isitv et SupMeca de Toulon ne pouvant satisfaire tous les recruteurs. Selon l'Insee, l'agglomération toulonnaise compte seulement 5,5 % d'emplois stratégiques, c'est-à-dire de cadres et de chefs d'entreprise de plus de dix salariés. Ce taux la situe à la dernière place des vingt agglomérations de taille comparable en France !
DOMINIQUE VILBOIS Directeur d'ECA (systèmes robotisés) à Toulon
Comment a évolué l'activité de votre entreprise ces dernières années ? Travaillez-vous davantage pour le civil ? Nous tentons de maintenir un équilibre : 60 % de notre activité est destinée au secteur de la défense et 40 % aux activités civiles. Nous n'avons pas vraiment constaté de diminution des budgets de la défense dans les technologies innovantes. Certaines sont même favorisées par les armées, alors que leur marché civil n'est pas encore mature en Europe. Comment percevez-vous l'environnement économique varois ? Les PME restent très dépendantes des grands donneurs d'ordres. Mais le pôle Mer Paca joue bien son rôle dans le développement et le financement de projets, ainsi que dans la consolidation du réseau des entreprises, en les amenant à mieux se connaître et à collaborer ensemble. La métropole toulousaine vous semble-t-elle engagée dans une réelle dynamique ? Il manque des entreprises de taille moyenne. Il faudrait attirer d'autres sociétés françaises et internationales pour compléter le tissu industriel. Tout comme renforcer la formation. Toulon peine à trouver sa place entre Nice et Marseille.
Montant des investissements publics d'ici à 2012 sur l'ex-base de Saint-Mandrier, pour l'implantation du chantier naval Couach.

dans la même rubrique
26/05/2012 La sémantique de l'industrie26/05/2012 L'impression 3D détournée par l'artiste Neri Oxman
26/05/2012 "Je suis fasciné par les technologies sans fil"












