Le cloud, un bon plan pour économiser de l'énergie ?
Par Christophe Dutheil - Publié le
Selon une étude publiée le 7 novembre par l'opérateur AT&T, l'informatique hébergée - en nuage - pourrait permettre aux grandes entreprises françaises de réaliser de l'ordre de 830 millions d'euros d'économies d'énergie par an d'ici 2020, mais aussi de réduire de 1,2 million de tonnes leurs émissions de carbone. Mais l'hypothèse semble très optimiste...
Qui dit "cloud computing" dit réduction des gaz à effet de serre... C'est ce qu'affirme AT&T dans une étude* réalisée à sa demande par l'institut Verdantrix pour le "Carbon Disclosure Project", une organisation à but non lucratif dont l'objectif consiste à "mesurer, divulguer, gérer et partager des données sur le changement climatique et la qualité de l’eau."
Selon l'opérateur américain, les entreprises hexagonales qui auront opté pour le cloud computing d'ici 2020 "pourraient enregistrer des économies annuelles d'énergie de 830 millions d’euros et une réduction annuelle des émissions de carbone équivalentes à celles de 630 000 voitures" (1,2 million de tonnes). Un chiffre impressionnant, mais en deçà de ce qui est attendu au Royaume-Uni (9,2 millions de tonnes) où la part des énergies renouvelables et nucléaires serait moins importante dans la production d'électricité requise pour faire tourner les machines.
S'ajouteront à ces économies d'énergie liées à la mutalisation des centres d'hébergement, la possibilité d'éviter "d’immobiliser des capitaux importants dans les infrastructures", une diminution du "temps nécessaire de mise sur le marché" (un nouveau serveur peut être activé en quelques minutes), une "meilleure flexibilité" (avec les clouds, les entreprises ne payent la surcapacité que quand elles en ont besoin) et la possibilité de limiter les opérations de maintenance permettant de "faire face aux pics d’activité." Dont acte.
Attention aux effets de bord
Mais ce n'est pas si simple, comme le soulignaient en juillet nos confrères du site GreenIT.fr, à propos de l'édition américaine du même rapport, considérée comme ni sérieuse ni objective.
Pourquoi ? "Les analystes ne prennent pas en compte un effet de bord du cloud computing", regrette Frédéric Bordage, consultant "Green IT" et journaliste. "Une entreprise qui héberge ses serveurs dans le nuage va demander un meilleur niveau de disponibilité de ces serveurs que celui qu'elle accepterait en interne, notamment pour se prémunir des risques. Résultat, cela nécessite de multiplier les éléments redondés - refroidissement, circuit de distribution électrique, onduleurs... - qui consomment de l'énergie."
En outre, l'étude de Verdantrix se borne à mesurer "l’efficience énergétique lors de la phase d’utilisation", et néglige d'autres aspects liés au cycle de vie du centre d'hébergement, notamment la construction du bâtiment ou celle des serveurs.... Un biais dommageable "puisqu’il masque volontairement un pan entier des émissions", d'après GreenIT.fr : "Le cloud computing repose presque exclusivement sur de nouveaux data centers géants de plusieurs milliers de m2. La construction de ces bâtiments émet forcément beaucoup de CO2."
In fine, il est donc difficile de savoir si les "data centers" mutualisés du cloud seront plus ou moins écologiques que les centres d'hébergement actuels... D'autant que personne ne peut pour l'instant savoir s'ils bénéficieront ou non de forts taux d'occupation...
* "Le Cloud Computing : La solution informatique du 21ème siècle."

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