"Le cloud de Numergy et Cloudwatt, c’est de la concurrence déloyale"

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La création de ces deux plateformes de cloud computing françaises avec le soutien de l’Etat agace les acteurs établis. Concurrence déloyale, impertinence des projets, mauvaise utilisation des deniers publics… Les critiques de Cheops Technology et Ikoula abondent.

L’entrée en scène des deux sociétés de cloud computing à la française, Numergy de SFR et Bull, et Cloudwatt de Thales et Orange, ne plait pas à tout le monde. Il suscite même les critiques, voire la colère, des acteurs établis sur le marché. Tous dénoncent une concurrence déloyale du fait de la participation de l’Etat dans ces deux nouvelles sociétés par le truchement de la Caisse des Dépôts et Consignations, via les investissements d’avenir ex. grand emprunt.

"Il existe déjà une filière française de cloud computing avec, selon l’Afnic, 400 acteurs, dont une vingtaine dans les services d’infrastructure. L’arrivée de Numergy et Cloudwatt menace cette filière sérieusement", craint Jules-Henri Gavetti, PDG d’Ikoula, un hébergeur informatique de 50 personnes et 6 millions de chiffre d’affaires, reconverti aujourd’hui dans les services cloud d’infrastructure, avec un datacenter en propre à Reims.

Pour lui, Numergy et Cloudwatt n’apportent rien de nouveau. Elles constituent juste des subterfuges créés par SFR, Orange, Bull et Thales pour bénéficier du soutien de l’Etat. "Ces grands acteurs nous concurrencent déjà, et je n’y trouve rien à dire. C’est de la concurrence saine. Ce qui me choque, c’est de les voir remettre les mêmes offres avec des deniers publics. C’est de la concurrence déloyale. S’ils se cantonnaient aux marchés des administrations et grandes entreprises sensibles, comme c’était annoncé au départ, je le comprendrais. Mais aujourd’hui, ils veulent attaquer tous les segments de marché, y compris celui des PME et ETI sur lequel nous sommes présents".

Localisation de données sensibles

Pour se justifier, Numergy et Cloudwatt avancent le besoin de localisation des données sensibles en France pour les mettre à l’abri des intrusions du gouvernement américain dans le cadre de la loi Patriot Act. « Nous sommes des acteurs français avec des datacenters en France. Nous offrons les mêmes garanties de sécurité des données que les nouveaux venus », rétorque le patron d’Ikoula.

Nicolas Leroy-Fleuriot, PDG de Cheops Technology, fournisseur de services cloud computing de 360 personnes et 65 millions d’euros de chiffre d’affaires, revendique les mêmes garanties de sécurité. Il opère ses services à partir de deux datacenters près de Bordeaux, l’un en propre, l’autre en location. Mais il se veut plus nuancé sur Numergy et Cloudwatt. "Ces projets ont du sens si le but est de favoriser l’émergence de grands acteurs français capables de rivaliser avec les fournisseurs américains -Amazon, IBM, HP et autre Microsoft -, qui dominent aujourd’hui le marché. Mais c’est aux industriels de le faire seuls. L’Etat n’a rien à y faire."

Les nouvelles sociétés ont-elles des chances de s’imposer faces aux concurrents américains ? "Pas vraiment, répond Nicolas Leroy-Fleuriot. L’investissement de 225 millions d’euros dans chacune des deux plateformes paraît dérisoire aux milliards de dollars investis chaque année par les Amazon, IBM ou HP. L’Etat aurait mieux fait concentrer l’investissement sur un seul projet au lieu de le répartir sur deux."

Le patron d’Ikoula s’étonne que l’Etat accepte aussi facilement de soutenir des grands industriels, alors qu’il n’a pas réussi, lui, à obtenir une aide dans le cadre du Grand Emprunt pour raccorder son datacenter à son siège parisien et à d’autres points en Europe. Il est contraint aujourd’hui de mettre au sommeil ses projets de développement. "J’envisageais l’extension de nos services en Grande-Bretagne et en Espagne.  Je dois maintenant attendre et peut-être oublier ce projet. Comment pourrai-je m’implanter à l’étranger, si je ne parviens pas à défendre mon marché en France face aux nouveaux venus ?"

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4 réactions

Thierry | 19/09/2012 - 10H55

Le Cloud à la française existe déjà: notre entreprise COMPLETEL possède un réseau en fibre optique sur tout le territoire et en cœur de réseau 3 Data Centers interconnectés en très haut débit. Nous fournissons déjà de grands groupes et de hautes administrations en solutions complexes et services de Cloud standard ou en Machines Virtuelles. Il faut juste se renseigner.

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fab | 08/09/2012 - 16H39

Tous ce flan sur la France ce beau et sécure pays pour refiler toutes les données de navigation de ses internautes aux ricains...

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Gaten | 08/09/2012 - 13H15

Les acteurs capables de répondre à la demande des grands groupes français existent déjà. Et quant bien même ce ne serait pas le cas, 75 millions d'euros n'y changeraient rien. C'est du pur gaspillage d'argent publique et du sabotage pour les entreprises déjà en place qui font déjà face à une rude concurrence.

Et regardez à qui profite le crime ! Des entreprises qui ont déjà les moyens. Regardez un peu le montant en dividende que reverse SFR à ses actionnaires chaque année et vous comprendrez que ce groupe n'a pas besoin d'argent publique pour s'en mettre plein les poches.

J'ai vraiment honte de mon pays.

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Gregorian | 07/09/2012 - 16H17

Les patrons de Ikoula et Cheops n'ont pas compris que les 2 consortiums soutenus par l'état ont pour vocation de favoriser l'accès au cloud pour les grands groupes en quête de sécurisation des données sensibles plutôt que de les confier à des CIA/ NSA compliants. Pour ce faire, il faudra pas mal de monde pour répondre et monter des architectures hybrides très complexes. Sans doute pas à la portée de petites et moyennes structures.

Enfin, le risque de plantage est "garanti" par la nature du montage avec la CDC. Pour ceux qui comprennent...!

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