Le chômage partiel, une pratique effective surtout dans l’industrie
Par Christophe Bys - Publié le
C’est une des mesures phares annoncées à l’issue du sommet social. L’Etat devrait mettre 100 millions d’euros sur la table pour le chômage partiel qui permet de garder un lien avec les salariés, même quand la conjoncture est morose. Décryptage des enjeux.
C’est une des conclusions du sommet social qui s’est tenu le 18 janvier à l’Elysée : le recours au chômage partiel sera facilité. "On doit tout faire pour éviter de couper le lien entre l’entreprise et son salarié" a justifié le président de la République. Le chômage partiel – le gouvernement préfère parler d’activité partielle - vise justement en période de basse conjoncture à réduire le temps de présence au sein de l’entreprise avec réduction de salaire, compensé partiellement par une aide de l’Etat. Le chômage partiel devrait recevoir 100 millions d’euros supplémentaires.
Autre axe d’action qui ne coûte pas d’argent : la réduction des délais de réponses de l’administration en cas de demande de chômage partiel, elle devrait être réduite à 10 jours (au lieu de 20 actuellement) et le silence de l’administration vaudrait acceptation. De même, les indemnités devraient être versées aux entreprises plus rapidement pour ne pas trop peser sur leur trésorerie.
Bilan positif
Des mesures qui vont dans le bon sens, nous indiquait mardi 17 janvier au matin, avant le sommet, Jean-Christophe Sciberras, le président de l’association nationale des DRH : Quand une entreprise va mal, elle a intérêt à ce que son cas soit traité en urgence. "Je connais bien l'administration du travail pour y avoir travaillé : la célérité de traitement du chômage partiel n'est pas toujours LA priorité qu'elle devrait être", explique celui qui fut en effet conseiller technique au cabinet de Martine Aubry.
George Fontaine, dirigeant de la société Techné, a eu recours au chômage technique en 2008 2009. Pour lui, le bilan est globalement positif : "c’est une bonne chose, on a pu garder nos salariés, sans trop détériorer nos comptes. En plus, nous en avons profité pour que certains de nos salariés aillent donner des formations à l’extérieur", détaille-t-il, avant d’insister sur "la nécessité d’anticiper". Membre du réseau entreprendre, "je le dis aux jeunes qui créent des entreprises, pour être efficace, le chômage partiel doit être anticipé, il ne faut pas attendre que tout aille mal pour le demander."
85% des 130 millions d'heures
Entreprise industrielle, Techné confirme des statistiques récentes publiées par la Dares, la direction des statistiques du ministère du Travail. Entre 2007 et 2010, l’industrie a, en effet, été la grande bénéficiaire du chômage partiel. Selon les comptes de ces spécialistes, 85 % des 130 millions d’heures d’activité partielle réalisées sur la période, l’ont été par des entreprises industrielles. Un quart a été réservé au seul secteur automobile. George Fontaine note d’ailleurs "l’annonce sur le chômage partiel montre que le gouvernement vit au rythme de l’industrie automobile, car je ne connais pas une entreprise qui actuellement fait du chômage partiel ou compte en faire. Les carnets de commandes sont bien remplis."
L’économiste Alexandre Delaigue, auteur notamment de Nos phobies économiques (Pearson), va plus loin : "on est dans le traitement cosmétique du chômage. Le but est d’éviter les gros plans sociaux qui font l’ouverture du 20 heures avant les élections." Alors que ces dispositifs sont souvent cités comme une des clés des bons résultats de l’économie allemande contre le chômage, l’économiste pointe les spécificités du marché du travail outre-Rhin : "les entreprises qui emploient des salariés avec des compétences pointues ne débauchent pas pour rembaucher. Pour elles, garder les meilleurs éléments est une vraie nécessité. En outre, si l’Allemagne a relativement peu licencié pendant la dernière récession, c’est aussi parce que les entreprises allemandes avaient peu embauché durant la période 2005 2006."

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