Le choix d'Angela
Le 07 mars 2010 | L'Usine Nouvelle n° 3182
Personne ne doute de la capacité de l’Allemagne à se redresser. De là à se serrer la ceinture pour des cigales…
Bruxelles, Paris, Athènes... Ces jours-ci bien des yeux sont braqués sur Angela Merkel. Si la chancelière suscite cet intérêt, c'est un peu pour ses petits soucis intérieurs et beaucoup pour son attitude face à la crise grecque. Au plan intérieur, cinq mois après sa coalition avec les libéraux du FDP, c'est justement au FDP et à son leader Guido Westerwelle qu'elle a à faire. Bien que ministre des Affaires étrangères, son encombrant allié ne cesse de se répandre en déclarations tonitruantes sur le thème des baisses d'impôt et de la réforme de l'Etat. Ainsi, après que la Cour constitutionnelle ait invalidé la loi Hartz IV qui limite certaines prestations sociales, ce fringant quadra s'est déchainé en comparant l'Allemagne à l'Empire romain décadent. Ce populisme ravit les tabloïds et les petits patrons, mais dérange la prudente droite traditionnelle peu pressée de mettre les finances publiques cul par-dessus tête.
Au-delà de ces politicailleries, un sujet d'une toute autre ampleur traverse l'Allemagne : sa participation ou non au renflouement de la Grèce. En jeu, les 20 milliards d'euros au moins dont Athènes va avoir besoin ces mois-ci pour se refinancer et qu'elle espère trouver auprès de ses partenaires. Sur ce sujet outre-Rhin, la presse est critique, les parlementaires très réservés. Et si l'on interrogeait les électeurs (ou Guido Westerwelle !), la réponse serait « nein ». On peut les comprendre. En 2008, au prix d'un effort inouï de compétitivité (les réformes Hartz justement, initiées par la gauche), elle affichait un déficit public de zéro. La crise, bien sûr, a rebattu les cartes et celui-ci atteindra 6 % du PIB cette année. Pourtant, le pays tient le choc : le chômage reste maîtrisé à 8,7 %, notamment grâce au kurzarbeit (chômage partiel), et 2010 devrait voir le retour à la croissance (+ 1,2 %), soutenue, une fois encore, par les exportations. Personne, surtout, ne doute de la capacité à se redresser de l'aigle germanique. De là à se serrer la ceinture pour des cigales...
Ces dernières semaines, Angela Merkel a joué l'ambiguïté, préférant dénoncer le comportement de Goldman Sachs qui aurait aidé la Grèce à maquiller ses comptes plutôt que de rassurer Athènes. Jeudi dernier, elle a avoué que pour la première fois l'euro se trouvait en « position difficile », avant d'affirmer dimanche qu'aucune décision n'était prise au sujet de la Grèce. Alors que ce 5 mars, elle rencontre, à Berlin, le Premier ministre grec, George Papandreou, chacun sait qu'il lui suffirait d'un mot pour déclencher un cataclysme. Bien sûr, elle ne lancera pas la foudre de Zeus, mais à l'inverse il n'y a pas de solution européenne plausible n'incluant pas l'Allemagne. Cette crise met les poids lourds de l'eurozone devant leurs responsabilités, Angela Merkel en tête. Ce choix, elle ne peut y échapper.
Au-delà du cas grec, il s'agit aussi de savoir si on peut sortir de cette affaire par le haut en réformant la gouvernance de l'euro ou plutôt s'en tenir à la stricte application des traités. Au mieux, cela pourrait déboucher sur l'amorce d'un gouvernement économique, même si à vrai dire personne n'a d'idées claires à ce sujet, à Paris ou à Berlin. En fait, Angela Merkel se trouve un peu dans le rôle d'Helmut Kohl, son mentor, quand il accepta, au prix d'un compromis historique avec François Mitterrand, de renoncer au deutsche mark contre l'acceptation de la réunification par la France. La différence, c'est que l'Allemagne cette fois n'a rien à gagner.
Pierre-Olivier Rouaud
Rédacteur en chef délégué
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