Le "chinois" d'Eurocopter
Le 28 janvier 2010 par Hassan Meddah | L'Usine Nouvelle n° 3177La modestie et la bonhommie n'empêchent pas l'efficacité. Francis Combes s'est imposé comme le spécialiste des partenariats avec des industriels chinois au sein d'Eurocopter et a dirigé avec succès le dernier programme d'hélicoptère franco-chinois.
Bien malgré lui, il a failli voler la vedette à son bébé, le dernier-né des hélicoptères civils du groupe Eurocopter, l'EC175, capable d'embarquer jusqu'à 16 passagers. « Le voir dans les airs la première fois, c'est comme un accouchement », indique Francis Combes, 59 ans, le directeur du programme. A l'occasion de la cérémonie du vol inaugural le 17 décembre dernier à Marignane (Bouches-du-Rhône), Francis Combes a été plus applaudi que les pilotes , pourtant les vedettes consacrées de ce genre de première...
Il faut dire que l'exploit de ce vétéran d'Eurocopter est de taille. D'une part, le constructeur franco-allemand (filiale d'EADS), n'avait plus sorti d'appareil depuis bientôt quinze ans. Avec l'EC175 déjà commandé à 114 exemplaires, Eurocopter s'attaque au segment des hélicoptères de moyenne capacité. D'autre part, le programme, lancé en 2005, a été dans les temps à chacune de ses étapes clés jusqu'à son vol inaugural. Or le défi n'avait rien d'évident puisque l'appareil résulte d'une coopération à 50-50 sur le plan industriel et technologique avec l'industriel chinois Avic. « Environ 450 à 500 personnes étaient mobilisées dans les deux entreprises, à environ 10 000 km de distance », rappelle Francis Combes. Ce dernier a même eu les félicitations du big boss d'EADS, Louis Gallois, venu spécialement pour le premier vol : « C'est une coopération exemplaire. On peut la rapprocher de celle de Safran et de General Electric au travers de CFMI. »
Francis Combes s'est vite imposé comme l'homme de la situation pour piloter ce projet. Arrivé chez Eurocopter en 1975, il s'est aguerri à la définition des nouveaux appareils en occupant différents postes au sein du département des prototypes. Et surtout, il a mené le précédent programme d'envergure en collaboration avec la Chine et Singapour, celui de l'hélicoptère léger EC120 lancé en 1990. « J'ai donc retrouvé d'anciens collègues chinois. Cela facilite le travail », explique-t-il. Son savoir-faire a été précieux dès les premières négociations. « Face à son partenaire chinois, l'équipe doit avoir un discours homogène et s'y tenir. Sinon, celui-ci exploite la moindre variation à son avantage », affirme-t-il. Cet Aveyronnais d'origine connaît les subtilités du management chinois : « Les pauses et les discussions en aparté sont des moments privilégiés pour lever les blocages. Contrairement aux réunions où il faut éviter de mettre en difficulté un dirigeant devant ses collaborateurs. »
Pour s'assurer que Chinois et Européens jouent la même partition industrielle, ce chanteur en chorale a privilégié le travail en plateau et le contact humain. A Marignane, les différents intervenants du programme associant jusqu'à environ 70 collaborateurs chinois travaillent dans un même espace. « Dans les périodes les plus intenses, il se rendait en Chine tous les 15 jours », se rappelle Joseph Saporito,le directeur exécutif des programmes commerciaux d'Eurocopter.
A bientôt 60 ans, marié et père de trois enfants, Francis Combes n'envisage pas une retraite immédiate. Sa 2-CV de 1953, ses abeilles (il est apiculteur) et ses collègues de chorale attendront encore.

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