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Le centre perdu de l'Amérique

Par Pierre-Olivier Rouaud - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3267
Pierre-Olivier Rouaud
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L'ire des républicains contre la dépense publique fait oublier que la pression fiscale a rarement été aussi basse aux États-Unis.

Au centre des États-Unis, le Kansas est connu pour ses vastes espaces agricoles. C'est là qu'habite, dans le film culte "Le Magicien d'Oz", Dorothy, en quête de la fameuse "petite route de briques jaunes" menant vers un avenir radieux. Cet avenir radieux, c'est ce que propose le gouverneur républicain du Kansas, Sam Brownback. Élu fin 2010, avec le soutien du mouvement antifiscaliste Tea Party, cet avocat de 55 ans a son secret pour y parvenir. Il mène un projet radical de réduction des interventions publiques : suppression de programmes culturels, coupes claires dans les budgets sociaux et baisses de taxes. De quoi ravir les "tea baggers". À son échelle, le Kansas témoigne du débat clé qui traverse toute l'Amérique : celui du poids de l'État. Un thème devenu central dans les primaires républicaines, éclipsant presque celui du chômage. Le Tea Party a gagné la bataille des idées. Entre deux attaques personnelles, les candidats républicains rivalisent de propositions chocs pour sabrer dans les dépenses, baisser les impôts, bref abolir le "Big Government" d'Obama ou son système de santé.

Le libertarien Ron Paul, 76 ans, partisan de la suppression de la Fed et de plusieurs ministères fédéraux, a rassemblé dans l'Iowa 21 % des suffrages. Mitt Romney, le favori et le plus modéré des aspirants présidents, assure ne vouloir à aucun prix d'une Amérique ressemblant aux social-démocraties européennes "qui ne marchent pas". Cette vague ne se résume pas à des propos enflammés lors de débats télévisés. Elle est à l'oeuvre surtout à Washington. À Capitol Hill, les analystes l'assurent, l'esprit de compromis, ce "centre" sur lequel s'articulait la vie politique, a disparu. Cette radicalisation s'illustre bien par la tragicomédie à propos du relèvement du plafond des dépenses fédérales. Après l'accord boiteux obtenu à l'arraché, l'été dernier, entre démocrates et républicains au Congrès, le camp Obama a dû revenir à la charge fin décembre face aux élus républicains. Cette bataille va ressurgir fin janvier, affolant sans doute les marchés. Pourtant, au-delà des idéaux, les faits sont là. La pression fiscale aux États-Unis reste la plus basse de tous les grands pays développés : 24,8 % du PIB en 2010 selon l'OCDE (contre 42,9 % en France ou 35 % dans la libérale Angleterre). Soit le niveau de 1965 ! À l'inverse des pays européens qui ont un problème de dépenses, l'Amérique a, elle, un problème de recettes pour juguler ses 15 000 milliards de dollars de dettes. Mais cela, à Washington, au Kansas ou ailleurs, bien peu sont prêts à l'entendre. Fût-ce pour trouver le chemin d'une petite route de briques jaunes.

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