"Le Canada est devenu une superpuissance de l'énergie"
Par Ludovic Dupin - Publié le
ENTRETIEN Joe Oliver, ministre des Ressources naturelles du Canada, est venu à Paris à l'occasion de la rencontre interministérielle de l'Agence Internationale de l'Énergie (AIE). Il rappelle que le Canada est très richement pourvu en pétrole, en gaz et en uranium.
L'Usine Nouvelle. - Avec quel message, êtes-vous venu à cette rencontre de l'AIE ?
Joe Oliver - Je suis venu expliquer que le Canada est devenu une superpuissance en matière d'énergie. Notre pays est le troisième producteur mondial d'hydroélectricité, le troisième producteur de gaz naturel. Nous sommes le deuxième producteur d'uranium et l'un des rares pays qui possède sa propre technologie de réacteur nucléaire. Enfin, nous sommes le sixième producteur de pétrole. Nos réserves prouvées s'élèvent à 175 milliards de barils, ce qui nous classe au troisième rang mondial derrière l'Arabie Saoudite et le Venezuela. Avec l'évolution des technologies, ces réserves pourraient croître à 315 milliards de barils. Notre message est que le Canada est une source d'énergie fiable car notre pays est démocratique et stable. Nous sommes très ouverts aux investissements des pays étrangers.
Le Canada a-t-il besoin d'investissements ?
Nos besoins d'investissements sont immenses. Dans les dix prochaines années, nous aurons besoin d'investir plus de 500 milliards de dollars canadiens. Le développement des sables bitumineux au Canada est l'un des plus grands projets industriels au monde. L'AIE prédit que la demande en énergie va croître de 35 % dans les 25 années à venir. Le défi du Canada est de tirer les bénéfices économiques de l'exploitation des sables bitumineux de manière durable ; c'est-à-dire en respectant les contraintes environnementales et sociales.
Mais L'Europe veut justement pénaliser l'importation des sables bitumineux car leur extraction entraîne de fortes émissions de gaz à effet de serre…
Les sables bitumineux sont une ressource stratégique et nous sommes déterminées à les exploiter ! L'Union européenne tire des conclusions sans preuve scientifique solide. L'intensité des émissions de carbone dérivées des sables bitumineux est semblable, si ce n'est inférieure, à d'autres sources. Par ailleurs, la décision de la Commission européenne n'est pas logique si son objectif est de diminuer les émissions de gaz à effet de serre. Il n'y a pas d'exportation de pétrole de sable bitumineux vers l'Europe. La Commission ferait mieux de s'intéresser au pétrole qu'elle importe réellement.
Si l'Europe n'importe pas la production de vos sables bitumineux, sa décision n'a que peu d'importance…
Non, c'est gênant car il y a une forme de stigmatisation. Cela pourrait avoir des conséquences commerciales à terme. Le Canada n'hésitera pas à défendre ses intérêts. J'ai écrit une lettre exprimant ma position à la Commission européenne ce mercredi 19 octobre, avec une copie à chaque pays membre. Nous attendons un retour.
La France et le Canada se sont interrogés sur le danger de l'exploitation des gaz de schiste. La France a finalement opté pour l'interdiction. Qu'en est-il au Canada ?
Au Canada, aucune décision n'est encore prise. Mais, ce dont je suis convaincu, c'est que les gaz de schiste sont un "Game Changer" apportant un à deux siècles de réserves supplémentaires. Ces réserves sont réparties dans beaucoup de pays, contrairement au pétrole, ce qui peut changer le profil énergétique de l'économie. La France a pris sa décision, mais de nombreux autres pays vont se lancer ou continuer leur programme d'exploration-production.
Le Canada est également richement doté en uranium. Est-ce que l'accident de Fukushima va modifier vos perspectives de marché ?
Fukushima ne change pas le fait que le monde va connaître un accroissement massif de ses besoins en énergie. Dans ce cadre, le nucléaire est une option importante. Par exemple, l'Arabie saoudite va construire plus d'une dizaine de réacteurs. D'autres constructions verront le jour en Europe, en Amérique du sud, en Chine… La demande en uranium va continuer à grandir. Je ne peux pas prédire la quantité, ni les prix sur le marché, mais je n'ai aucun doute sur le fait qu'il y a un avenir au nucléaire dans le monde.

dans la même rubrique
27/05/2012 Un mastère à l’international nuclear academy27/05/2012 Le papetier qui veut protéger les forêts
27/05/2012 Production












