Le calme avant la tempête pour les éditeurs de logiciel européens
Par Christophe Dutheil - Publié le
Selon le fonds d'investissement Truffle, les 100 premiers éditeurs européens se sont refait une santé en 2010. Mais ils entrent aujourd'hui dans une nouvelle zone de turbulence, liée à la dégradation du contexte économique et à leur retard à l'allumage sur les nouvelles technologies de "cloud computing."
Après un regain d'activité en 2009, l'industrie européenne du logiciel a parachevé son rétablissement en 2010. Dans la sixième édition de son classement Truffle 100 Europe des "100 premières sociétés de logiciels en Europe", réalisé en partenariat avec les cabinets IDC et CXP, Truffle Capital souligne "le dynamisme de l'industrie du logiciel dans un climat économique particulièrement difficile". Mais il affiche aussi des craintes liées à la faiblesse des premiers de la classe face à leurs homologues américains.
Côté pile, le tableau est plutôt rassurant. Le chiffre d'affaires des 100 premiers éditeurs européens a crû de 14% en 2010, à 30,9 milliards d’euros, tandis que leurs bénéfices se sont envolés de 56%, à 5,8 milliards. Pour préparer l'avenir, ils ont aussi augmenté de 15,7% leurs investissements dans la recherche et le développement (4,4 milliards d'euros en 2010, contre 3,8 milliards un an plus tôt).
De nouvelles zones d'ombre
Mais côté face, "il y a bel et bien une tempête et elle a déjà commencé", estime Bernard-Louis Roques, directeur général et co-fondateur de Truffle Capital. L'attentisme des clients lié aux incertitudes économiques, déjà souligné par l'Association française des éditeurs de logiciels (Afdel) est une première explication. Mais ce n'est pas la seule.
"Les éditeurs américains ont crû plus vite que leurs homologues européens et ils n'ont jamais eu autant de cash pour faire des rachats", ajoute Bernard-Louis Roques. Le récent rachat d'Autonomy, sixième éditeur du classement (44ème en 2006), par HP donne à lui seul la mesure des risques qui pèsent sur les Européens en cette période troublée.
L'évolution attendue des modèles économiques des éditeurs entraîne d'autres incertitudes. Le "cloud computing" - l'informatique en nuage - induit une réduction des revenus "immédiats" de licences au profit de nouveaux modèles locatifs "récurrents", dont les bénéfices se mesureront à plus long terme. Or "le mouvement débute tout juste en Europe alors que la transition a commencé beaucoup plus tôt aux États-Unis", regrette Bernard-Louis Roques.
Quant à la France, en troisième place du classement, sa position reste stable mais assez fragile : les 18 éditeurs hexagonaux du classement enregistrent 11,2% du chiffre d’affaires total du Truffle 100 Europe en 2010, ce qui les place derrière le Royaume-Uni (18,6%) et l'Allemagne (50,3%). À lui seul, Dassault Systèmes pèse 5% du chiffre d'affaires européen et près de la moitié du C.A. français (1,56 milliard sur 3,4 milliards pour tous les éditeurs hexagonaux). Avec 354,7 millions d'euros de revenus dans les logiciels, Axway (Sopra), le deuxième français du classement, ne pèse pas plus de 1% du marché européen.

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