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Le bois, une ressource inépuisable mais mal exploitée

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Biomasse bois broyage
© Veolia Photothèque

la faible mobilisation des déchets forestiers handicape le développement de la biomasse. La forêt française tarde à s’organiser pour répondre à la demande croissante de plaquettes forestières

Si les éoliennes et les panneaux photovoltaïques disposent d’une source d’énergie naturellement présente sur les sites où ils sont installés, la production de chaleur et d’électricité à partir de la biomasse nécessite, elle, une logistique d’approvisionnement en combustible. L’an dernier, les unités de biomasse françaises ont consommé quelque 1,9 million de tonnes de bois, dont 350000 tonnes de plaquettes forestières (petits morceaux de bois résultant du broyage des résidus de l’exploitation forestière ou de bois de faible diamètre, dont c’est souvent la seule valorisation possible). Pour respecter l’objectif européen de 23%d’énergie d’origine renouvelable en 2020, la France aura besoin de 4,4 millions de tonnes de biomasse par an. Un peu plus des deux tiers (70%) proviendront de la forêt.

Le troisième massif en Europe...

> 28% du territoire français est couvert par des forêts, soit 15 millions d’hectares
> 1%de croissance par an de la surface boisée, 46% depuis 1946
> 60% seulement de la croissance biologique est exploitée
> 6 millions de tonnes de bois rond et 350 000 tonnes de plaquettes forestières sont produites chaque année

Handicap majeur: le morcellement de la forêt

«Il y a une limite quantitative et qualitative aux bois de récupération, la part de la plaquette va forcément s’accroître, explique Bernard Schneider, responsable de la réalisation des centrales chez Cofely, filiale de GdF Suez. L’économie du bois aujourd’hui n’a rien à voir avec ce qu’elle sera dans dix ans.» Chez Cofely, qui a consommé 200000 tonnes de bois en 2009, «les besoins seront multipliés par six ou sept d’ici à 2013-2014», précise François-Xavier Dugripon, le directeur des achats d’énergie. Dalkia, filiale de Veolia et d’EdF, fait la même analyse. «Nous allons passer de 450000 tonnes de biomasse en 2009 à plusieurs millions de tonnes dans les années à venir. La plaquette forestière représentera de 60 à 80% de notre approvisionnement», souligne Pierre de Montlivault, le directeur des nouvelles offres énergétiques de Dalkia pour la France.

La ressource est disponible: laFrance possède le troisième massif forestier de l’Union européenne, après la Suède et la Finlande. Selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), les capacités de production théoriques des forêts hexagonales se situent entre 12 et 34 millions de tonnes de plaquettes de bois par an. «La forêt est sousexploitée. Ce qui est plutôt positif car cela signifie que les ressources existent », se réjouit Pierre de Montlivault. La question est de savoir si ces réserves importantes seront mobilisables. «Le bois est un combustible qui coûte cher à transporter et à stocker. Pour l’heure, peu de pays en Europe subventionnent cette filière», alerte Benoît de Galbert, le directeur d’Areva Bioénergies. «Il y a un retard dans la montée en puissance de la filière bois», analyse Jean-Christophe Pouët, le chef du service bioressources à l’Ademe.

Le handicap majeur de la forêt française reste son trop grand morcellement entre une multitude de propriétaires privés. Un peu plus du quart du territoire hexagonal (28,6%) est couvert par la forêt. Les trois quarts de la superficie boisée appartiennent à quelque 3,5 millions de propriétaires privés. Mais seuls 1,1 million possèdent plus de 1 hectare. Et, le plus souvent, ces propriétés forestières sont morcelées en plusieurs parcelles. «Pour mobiliser la biomasse, il faut réveiller les propriétaires, qui ignorent souvent l’existence de leur bien», souligne Jean-Christophe Pouët, de l’Ademe. Le gouvernement réfléchit aux moyens de remembrer le foncier. «Il faut déjà, dans l’immédiat, regrouper les zones de production», propose Pierre Ducray, le directeur de l’Union de la coopération forestière française (UCFF).

Des parcelles difficiles d’accès


Il faudrait également améliorer les voies d’accès au bois. À en croire les industriels et les forestiers, les chemins manquent. «Lors du Grenelle de l’environnement, les professionnels avaient demandé au gouvernement de créer une ligne budgétaire pour financer des voies forestières et des chemins d’accès», rappelle Olivier Bertrand, le directeur du département bioénergies du Syndicat des énergies renouvelables (SER). Une demande qui n’a pas abouti. D’accord pour lutter contre les obstacles à une meilleure exploitation de la forêt française, industriels et forestiers s’opposent en revanche sur les modalités de création d’un marché long terme. «Nous essayons de garantir les prix sur 20 ans, alors que les coopératives forestières sont plutôt habituées à travailler d’une année sur l’autre», explique François Xavier Dugripon, de Cofely.

Approvisionnement incertain à long terme

«Le long terme est une notion nouvelle pour les forestiers par rapport aux métiers traditionnels que sont le bois d’industrie et le bois d’oeuvre», confirme Pierre de Montlivault, de Dalkia. Même analyse du côté de Benoît de Galbert, d’Areva Bioénergies: «Les contrats long terme avec les fournisseurs sont nécessaires pour rassurer les investisseurs.» Pierre Ducray, de l’UCFF, réagit vivement: «Pour nous, ce n’est pas un problème de nous engager sur 20 ans. Nous faisons de la gestion forestière sur 60 à 80 ans. Mais nous ne pourrons pas augmenter massivement les productions tant que nous ne serons pas en face d’un important marché industriel.»

Les investissements dépendent de la production, la production dépend des investissements. De là à considérer qu’il s’agit d’un cercle vicieux… Si, à court terme, le développement de la biomasse en France n’est pas menacé par un manque de combustible, à l’horizon de quatre ou cinq ans, la donne pourrait changer. «Suivant les régions, il pourrait y avoir de vraies tensions en matière d’approvisionnement en bois, voire des tensions entre les industriels qui en utilisent: les papetiers, les fabricants de panneaux, les producteurs de biomasse», craint Olivier Bertrand, du SER. Si la forêt landaise semble prête, quid des massifs alpin et jurassien, difficiles d’accès? L’Union de la coopération forestière française compte sur la biomasse pour dynamiser la gestion de la forêt. À charge pour les pouvoirs publics de favoriser, voire d’organiser, la convergence des intérêts des forestiers et des industriels de la biomasse.

La Pologne mobilise ses bois
Objectif. La Pologne veut réduire sa dépendance au charbon en portant à 15% sa part d’énergies renouvelables.

Coup sur coup, la Pologne a commandé la construction de trois centrales à biomasse de grandes dimensions. Début mars, GdF Suez annonçait la construction d’une centrale à biomasse de 190 MW sur le site de la centrale à charbon de Polaniec. Elle consommera 800000 tonnes de biomasse par an, essentiellement des déchets agricoles et forestiers. Début mai, c’était au tour de Dalkia, filiale d’EdF et de Veolia, de signer la construction de deux centrales d’une puissance électrique de 67 MW et alimentant des réseaux de chaleur à Lodz et Poznan. Elles consommeront 700000 tonnes de biomasse, dont 80% d’origine forestière. Ces projets ont pour vocation de permettre à la Pologne de produire 15% d’énergie renouvelable d’ici 2020, alors que le pays dépend aujourd’hui à 94% du charbon. Ils sont aussi poussés par la volonté de développer l’exploitation de la forêt polonaise.



 

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