Le baudet grec
Le 08 février 2010 par Pierre-Olivier Rouaud | L'Usine Nouvelle n° 3178
Même si la Grèce est une caricature, en ces temps où les plans de relance font figure de politique économique, bien peu peuvent lui donner des leçons de vertu.
C'était un sujet dont bruissaient les couloirs de Davos, qui agite les salles de trading, figure au menu officieux du sommet Merkel-Sarkozy d'aujourd'hui, et surtout à celui du Conseil européen du 11 février. Ce sujet, c'est bien sûr l'inquiétude sur les finances grecques.
En octobre, arrivant au pouvoir, le gouvernement du socialiste Georgios Papandreou (photo) semait la stupeur déclarant que le déficit du budget 2009 ne s'élevait pas à 3,7 % mais à 12,7 % ! Sa dette publique pourrait dépasser 300 milliards d'euros, soit 130 % du PIB ! Démentie avec force, une information du « Financial Times », parue la semaine dernière, selon laquelle la Chine pourrait jouer les pompiers, a affolé les marchés. Et fait flancher l'euro. Chaque ministre européen des Finances y est allé de son avis plus ou moins poli. Avec un même message : pas question que ses contribuables paient pour Athènes.
Bref, tel La Fontaine, chacun crie « haro sur le baudet ». Et bien sûr, il est difficile d'excuser ces errements. Cette crise solde des années d'insouciance durant lesquelles les gouvernements conservateurs ou socialistes ont joué les cigales et profité des fonds structurels européens sans vraiment moderniser l'économie (depuis Onassis, qui peut citer le nom d'une entreprise grecque ?). La qualification pour l'euro en 2001 fut arrachée au prix de réformes impopulaires, mais ce fut à peine suffisant. La BCE dut admettre, alors, des entorses aux critères de Maastricht, en matière de dette notamment. Alors que les hypothèses les plus folles sont agitées (sortie de l'euro, défaut de paiement, éclatement, même, de l'eurozone), quelle leçon tirer de cette crise ?
Avec ses 11 millions d'habitants et un PIB d'à peine 3 % de la zone euro, la Grèce est d'abord un bouc émissaire facile. Même si elle est une caricature, en ces temps où les plans de relance font figure de politique économique, bien peu peuvent lui donner des leçons de vertu. Rappelons quelques déficits : 8,2 % pour la France, 12,2 % pour l'Espagne, 14,7 % pour l'Irlande. Pour continuer la fable, « ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés ». On objectera - à juste titre - les efforts inouïs de l'Irlande et, maintenant, de la Grèce, pour redresser leurs comptes. C'est au prix d'une réduction des dépenses allant jusqu'à la baisse des retraites et des salaires des fonctionnaires. Qui d'autre est prêt à cela ?
Pour les seize pays de l'eurozone, cette affaire pose surtout la question de la solidarité. En l'espèce, rien de prévu. La Commission et la BCE veillent au respect des critères du pacte de stabilité : inflation, déficit et dette publique, mais de plan de secours, point. Chacun en est réduit à imaginer des solutions détournées (aides bilatérales, avances de subventions européennes...).
Le Conseil du 11 février esquissera-t-il une réponse ? Pas sûr. Il ne pourra éluder en tout cas la question de confiance, celle d'une intégration plus poussée des politiques économiques. Une idée à laquelle Berlin, notamment, se refuse pour ne pas devoir mettre au pot dans un cas comme celui-ci. La France, elle, pousse en sens inverse. Mais est-on vraiment prêt à Paris à voir un jour nos partenaires donner leur avis sur le grand emprunt Sarkozy ? Les crises ont ceci d'intéressant qu'elles obligent à affronter les problèmes. C'est tout ce que l'on peut souhaiter de celle-ci. Et pour terminer avec notre fabuliste, la chute bien connue « selon que vous soyez puissant ou misérable... » ne sera pas recevable en l'espèce.
Pierre-Olivier Rouaud
Rédacteur en chef délégué
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