Le bâtisseur d'empire
Par Anne Pezet - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3198Près de cinquante ans après la création de son groupe, Pierre Fabre reste, à 84 ans, une figure incontournable de Midi-Pyrénées. Fidèle à son fief de Castres, dans le Tarn, il est, pour l'anecdote, toujours propriétaire de la pharmacie où il a débuté, en plein centre-ville. Surtout, il participe sans relâche au développement du tissu industriel régional.
Pierre Fabre est l'un des acteurs clés dans le montage et le développement du Cancéropôle de Toulouse, qui devrait être opérationnel en 2011. Le groupe continue à investir dans la région. Dernier exemple en date sur son principal site industriel de produits dermo-cosmétiques, implanté à Soual (Tarn). Il reste l'un des principaux employeurs de la région, avec la moitié de l'effectif du groupe réparti dans le grand Sud-Ouest. Son influence est si grande qu'il « conseillerait » même le Medef quand il s'agit de nommer le responsable départemental... du Tarn. Il a su également nouer des liens très forts avec les équipes académiques de la région, notamment avec la création, en 2002, du Centre européen de recherche sur la peau (Cerper), fruit d'une convention tripartite entre les Laboratoires Pierre Fabre, le CHU et l'université Paul Sabatier de Toulouse.
Attaché à la pérennité de son groupe, il a remis la gouvernance entre les mains d'une fondation, comme l'a fait Jacques Servier, le patron du premier laboratoire indépendant français. Mais si sa fidélité à ses racines enchante les acteurs politiques et économiques de la région, elle a aussi retardé le développement à l'international de l'entreprise, malgré les 50 % de ventes hors de France réalisés par le laboratoire familial. Un retard qui devrait sans doute se combler avec l'arrivée de Jean-Pierre Garnier en tant que président du directoire (lire ci-contre). Un homme qui a passé l'essentiel de sa carrière à l'étranger. Tous deux s'étaient rencontrés il y a plus de trente ans chez le géant américain de la pharmacie, Schering-Plough.
LA DERMO-COSMÉTIQUE AVANT LE MÉDICAMENT
Malgré l'importance qu'il accorde à la recherche pharmaceutique et à la mise sur le marché de médicaments phares, comme l'anticancéreux Navelbine, l'activité dermo-cosmétique a pris, au fur et à mesure, beaucoup de place. C'est elle qui tire la croissance du groupe, grâce aux produits Avène. Pierre Fabre a créé cette marque de soins pour la peau en 1991, à partir d'une station thermale de l'Hérault, rachetée alors qu'elle était quasi désaffectée. Des crèmes pour le visage qui financent la recherche pharmaceutique, c'est pour le moins surprenant. Pourtant, cette équation fait bien des envieux, certains groupes pharmaceutiques aimeraient disposer d'un tel « bijou » pour compenser les pertes de brevets.
L'influence de Pierre Fabre s'étend aussi, avec ses acquisitions, dans la presse régionale. En 1986, il crée le holding Sud Communication et place à sa tête l'un de ses fidèles, Pierre-Yves Revol. Le holding détient des participations dans de nombreux médias, notamment « La Dépêche du Midi »... et même l'agence photographique parisienne Sipa. Enfin, cerise sur le gâteau, Pierre Fabre est célèbre dans le monde du rugby. Depuis près de vingt ans, il est propriétaire du Castres Olympique. Une fidélité enfin récompensée cette année : le club est arrivé en quart de finale du Championnat de France et a réalisé une très belle saison. Une passion de ce sport qu'il partage avec un autre patron de l'industrie pharmaceutique, le directeur général de Sanofi-Aventis, Chris Viehbacher.

dans la même rubrique
27/05/2012 Un mastère à l’international nuclear academy27/05/2012 Le papetier qui veut protéger les forêts
27/05/2012 Production












