L'extinction du gisement de gaz naturel est programmée pour 2013. La reconversion du bassin est d'ores et déjà en marche. Total y expérimente le stockage et le captage du dioxyde de carbone.
C'est « le » supercalculateur ! Il est capable d'effectuer 123 000 milliards de calculs à la seconde. Total a dépensé 12 millions d'euros pour en doter son Centre scientifique et technique Jean-Feger, à Pau (Pyrénées-Atlantiques). Dédié au traitement d'images sismiques, il doit aider le groupe pétrolier à débusquer les gisements difficiles d'accès. Bref, le pétrole de demain. De quoi conforter l'établissement palois qui emploie 2 300 salariés, dont plus de 55 % d'ingénieurs. Jean-Feger réalise des prestations techniques auprès de 45 filiales du groupe, présentes dans le monde entier. « Le Béarn garde une pépite avec ce centre », s'enthousiasme Thierry Renard, son directeur.
Une pépite, mais pour combien de temps ? C'est la question que se posent les Béarnais, inquiets de l'extinction du gisement de gaz de Lacq, programmée pour 2013. Dans les années 1970, 33 millions de mètres cubes de gaz brut étaient extraits chaque jour, contre seulement 4 millions aujourd'hui. Pour accompagner la reconversion du bassin (9 000 emplois), Total actionne plusieurs leviers. Sa filiale, Total Développement Régional, créée pour planifier les conséquences de l'arrêt du gisement (1), consacrera 3 millions d'euros pour accompagner la création d'emplois, via des prêts aux entreprises de cinq à sept ans. Son objectif ? 300 emplois d'ici à fin 2013.
Des projets structurants
Total Développement Régional prévoit également de donner un coup de pouce de 2 millions d'euros à des projets structurants présentés par les collectivités locales, du type pépinières d'entreprises et zones d'activités. Un cabinet international sera chargé d'une mission de prospection afin d'attirer des investisseurs sur les plates-formes industrielles de Lacq, de Mourenx et de Pardies. Une autre filiale de Total, la Sobegi, qui gère la plate-forme de services mutualisés de chimie fine de Mourenx (neuf sociétés, 650 emplois), va gérer, dès janvier, la plate-forme industrielle de Lacq, appelée Induslacq. Elle deviendra propriétaire exploitant des utilités, de la sécurité, de la logistique, etc.
L'usine TEPF, qui exploite le gisement de gaz, voit ses effectifs fondre peu à peu. Sur les 789 salariés, une quarantaine partiront en préretraite d'ici à la fin de l'année. « En prenant le pilotage de l'ensemble de la plate-forme, nous donnons une visibilité aux investisseurs potentiels. On ne veut pas laisser un champ de bataille. Il faut que la reconversion soit exemplaire », explique François Virely, le directeur de Sobegi , dont les moyens financiers vont être renforcés. Cofely, la filiale de GdF-Suez spécialisée dans la fourniture d'énergie et la gestion de l'environnement, entrée en mai à hauteur de 20 % dans le capital de Sobegi va porter sa participation à 40 % en janvier.
Maintenir un niveau d'expertise suffisant
Une cellule de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences a, d'ores et déjà, été ouverte afin d'offrir des débouchés à la centaine de salariés de TEPF âgés de moins 45 ans. « Il faut rester vigilant car nous devons maintenir un niveau d'expertise suffisant pour le bon fonctionnement de l'usine », précise Yann Cartron, le directeur de TEPF. Autre souci : la pérennisation de l'activité de la plate-forme après le départ de Total. Des scénarios se mettent en place. Exemple avec le service de sécurité (45 personnes). Un plateau technique, inauguré en juin, a déjà reçu 403 stagiaires. Il complète le centre d'entraînement au port de l'appareil respiratoire ouvert en 2008.
Quant au Laboratoire de contrôle de l'environnement (30 salariés), il travaille à 80 % pour des sociétés extérieures. Reste à trouver une ou deux entreprises qui viendraient s'installer à la place de TEPF et qui utiliseraient les utilités de la plate-forme. C'est d'autant plus crucial qu'avec le départ de TEPF, Sobegi va voir son chiffre d'affaires baisser de 20 millions d'euros. « Il faut absolument trouver d'autres industriels qui compenseront notre départ. Un emploi chez nous, c'est quatre emplois autour. Je reste optimiste sur la reconversion du bassin », répète Robert Marco, le secrétaire CFDT de TEPF. Trouver d'autres investisseurs ? Pas simple...
Détenue à 64 % par l'espagnol Abengoa Bioenergy et à 36 % par un groupement de coopératives et de négociants de maïs d'Aquitaine et de Midi-Pyrénées (Océol), Abengoa Bioenergy France produit, depuis cet été, du bioéthanol sur le site d'Induslacq. Abengoa a dans les cartons le projet de s'agrandir en créant une deuxième unité consacrée aux agrocarburants de troisième génération à partir de la biomasse. Le hic ? Abengoa compte revendre la vapeur et l'électricité générées. Ce qui ferait concurrence à la Sobegi qui va gérer les utilités de la plate-forme. Autre problème : Cofely nourrit un projet identique à celui d'Abengoa, sur le même site d'Induslacq...
Soficar (filiale à 70 % du japonais Toray Industries), spécialisée dans la fabrication de fibres de carbone à Abidos, projetait d'investir dans une unité de production du « précurseur », la matière première qui sert à fabriquer la fibre de carbone, sur le site d'Induslacq. Confrontée à la baisse d'activité dans l'aéronautique et l'automobile, l'entreprise a remis à plus tard son investissement. Une implantation que Michel Brisson, son PDG, jugeait « parfaite ». Aujourd'hui encore, il ne tarit pas d'éloges sur les atouts du bassin de Lacq, qui bénéficie « d'une forte culture industrielle, acceptée par la population ». « Ici on est désiré. C'est un gros atout », souligne-t-il. Encore faut-il le savoir...
« Nous devons rendre l'image du bassin plus lisible et faire preuve de davantage d'agressivité », reconnaît Jean-Alain Laplace, le vice-président de Chemparc, le GIE qui réunit les entreprises, les collectivités locales, les syndicats et l'Etat (2). Alors que l'usine Celanese fermera ses portes en décembre, Arkema a récemment annoncé son intention de créer une unité de nanotubes de carbone à Mont, à quelques kilomètres de Lacq. L'investissement de 30 millions d'euros sera opérationnel en 2011. Quant au groupe allemand Eon, qui a fait l'acquisition d'un terrain de 30 hectares à Os-Marsillon, situé à 3 kilomètres de Lacq, il doit implanter une centrale à cycle combiné gaz...
(1) 32 000 emplois maintenus ou créés en trente ans dans 600 entreprises par le biais de prêts, soit une enveloppe globale de 240 millions d'euros.
(2) Sur le site www.chemparc.com, on peut réaliser une visite virtuelle de la pépinière d'entreprises Chemstart'up.









