Laurence Parisot veut un pacte sur les baisses de charges avec les prétendants à l'Elysée
Par Christophe Bys - Publié le
Pour baisser le coût du travail et améliorer la compétitivité extérieure des entreprises françaises, le Medef propose un pacte social et fiscal aux candidats à la présidentielle 2012. D'un côté une baisse des cotisations salariés et employeurs ; de l'autre une augmentation de la CSG et de la TVA pour compenser.
Laurence Parisot ne fait pas cavalier seul, qu'on se le dise. Toutes les fédérations du Medef sont d'accord avec le projet que la présidente du Medef a présenté lors de son point de presse mensuel, mardi 15 novembre. Pour ceux qui douteraient, elle partageait l'affiche de ce rendez-vous avec Jean-François Pillard, le délégué général de l'UIMM, par ailleurs président de la commission protection social de l'organisation patronale. Ce duo exceptionnel était réuni pour une annonce en matière de financement de la protection sociale.
Jusqu'ici, deux écoles s'opposent en matière de réduction des cotisations pesant sur le travail. Certains veulent un transfert vers la TVA qui présente l'avantage de s'appliquer aussi aux produits importés. Seul hic : une hausse de la TVA risque d'augmenter le prix des biens et des services et donc réduire le pouvoir d'achat des salariés. La seconde pallie les inconvénients de la première en transférant les prélèvements vers la CSG, un impôt critiqué car strictement proportionnel.
Entre les deux, le Medef ne choisit pas, au contraire. Il prône une baisse simultanée des cotisations salariales et employeurs, respectivement compensées par une hausse de la CSG et de la TVA. La baisse de cotisations des salariés conduirait à une hausse des salaires, favorable au pouvoir d'achat qui amortirait ou annulerait l'éventuelle hausse des prix consécutive au relèvement des taux de TVA. Sans oublier les effets bénéfiques pour les salaires d'une baisse des charges.
Que les entrepreneurs fassent comme bon leur semble
Si le mécanisme est précis, le Medef ne souhaite pas se prononcer plus avant. Pour preuve, Laurence Parisot et Jean-François Pillard proposent trois scénaris de transfert, à dépense globale constante. Le premier scénario table sur 5 points de transfert, soit 30 milliards d'euros. Le deuxième scénario grimpe à 8 points de transfert soit 50 milliards d'euros. Enfin, le troisième scénario 3 atteint 12 points de transfert soit 70 milliards d'euros Au gouvernement qui voudrait reprendre ce projet et au parlement de décider de combien augmentera chaque taux de TVA et du rythme du transfert…
Pour ne pas être accusé de tuer le paritarisme, les deux dirigeants du Medef ont rappelé à plusieurs occasions que ce transfert se justifiait notamment parce que la protection sociale mêle aujourd'hui logique assurantielle et logique de solidarité. Par cette dernière logique, il faut entendre tous les dispositifs qui profitent à tout le monde, y compris aux non salariés, mais qui sont pourtant quasiment financés par eux seuls, comme, par exemple la CMU (couverture maladie universelle) ou les avantages familiaux de l'assurance retraite…
Ainsi, avec le pacte social et fiscal, les cotisations salariés et employeurs continueraient de payer les prestations assurantielles (chacun paie pour s'assurer contre un risque) et fiscaliserait tout ou partie des prestations ayant des finalités de solidarité.
Soucieuse de la liberté entrepreneuriale, Laurence Parisot prévient qu'il faudra laisser les entrepreneurs faire comme bon leur semble, une fois les baisses de cotisations votées. A eux de choisir s'ils utilisent ces baisses pour augmenter les salaires, investir ou restaurer leurs marges. Et de pointer sans le citer l'échec de la méthode utilisée pour baisser la Tva dans la restauration. "L'approche avec un engagement formel n'est pas bon. Il faut donner de la souplesse au système", indique la patronne du Medef.
Cette mesure sera présentée prochainement aux syndicats. Les deux représentants du Medef comptent la mettre au cœur de la campagne présidentielle. Elle sera soumise aux candidats en temps voulu : "pour l'instant, il y en a qui constitue son équipe et un autre qui n'est pas encore candidat", a ironisé Laurence Parisot.
Elle a ajouté qu'à l'heure où de nombreux prétendants se disent inquiets de la désindustrialisation, le pacte social et fiscal est un outil pour lutter contre cette dernière, en améliorant la compétitivité prix de la France, notamment vis-à-vis de l'Allemagne.

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