imprimer

Laurence Parisot : "Je suis une métisse industrie-services !"

Publié le
Parisot Medef
© Fanny/Réa

Dans cet entretien exclusif, la présidente du Medef entre en campagne pour sa réélection. Elle défend sa gouvernance et affirme que son organisation est à l’origine des états généraux de l’industrie.

Êtes-vous surprise par la virulence des attaques dirigées contre vous, en particulier sur votre management ?

Oui et non. Ce qui est surprenant depuis quelques jours, c’est l’expression anonyme de ces attaques. Outre que ce n’est pas convenable, cela montre que nos adversaires n’ont pas compris que le Medef avait radicalement changé, qu’il est devenu une instance démocratique où l’on débat ouvertement et à visage découvert. Certains veulent-ils lancer une précampagne? S’il faut en faire une, je la ferai !

Que répondez-vous à ceux, comme le président de la Fédération des industries alimentaires (Ania), qui vous reprochent un exercice solitaire du pouvoir ?

Je crois que c’est exactement le contraire. Certains préféraient l’ancien fonctionnement du patronat où un clan de trois ou quatre personnes détenait toutes les clés. Peutêtre se sentent-ils en fait frustrés de ne pas bénéficier d’un traitement plus «exclusif» car, aujourd’hui, nous travaillons en équipe et les responsabilités sont partagées. Vous remarquerez qu’il y a beaucoup de contradictions dans ce tam-tam négatif. On me reproche par exemple en même temps une gouvernance solitaire et une multiplicité des négociateurs.

A travers le montant des cotisations, certains de vos détracteurs regrettent que vous n’ayez pas assez pris en compte la situation économique des entreprises...

Quelle erreur, vous pensez bien que nous avons été les premiersàmesurer ce qui allait se passer dans les entreprises en France! C’est pour cette raison que, dès la fin 2008, nous avons décidé de discuter au cas par cas avec les fédérations en difficulté. Une vingtaine d’entre elles ont bénéficié de réductions. Une remise de6%a été récemment décidée par le comité financier.

Vous l’avez accepté sous la pression. Pourquoi n’avoir pas pris les devants ?

Nous avons pris les devants. Le comité financier –qui est indépendant de la présidence– a proposé une remise sur l’année 2010. Le conseil exécutif a repris cette proposition et a adopté à l’unanimité le budget le 14 décembre, soit plusieurs jours avant le départ de l’Ania.

Derrière cette polémique, il y a aussi la qualité du service rendu par le Medef. Il n’y a pas que les consommateurs qui fassent attention au rapport qualité-prix!

Ce que le Medef délivre a une valeur inestimable. A combien par exemple valoriseriez-vous l’action du Medef quand il évite aux entreprises que «la règle des trois tiers» sur le partage de la valeur ne se transforme en loi? Ou lorsque sa détermination empêche la mise en place des Class Actions ? Ou lorsqu’il crée et installe la «rupture conventionnelle», un outil révolutionnaire de pacification des séparations entre employeurs et salariés... Lorsqu’une entreprise utilise la rupture conventionnelle, se souvient-elle qu’elle la doit au Medef ?

Lors de votre élection, en 2005, on vous a présentée comme la candidate des services...

Je suis en fait une métisse industrie-services. Au Medef, je n’ai d’ailleurs jamais accepté ni entériné ce clivage. Sur le passeport de mon père, à la ligne «profession», il était indiqué «industriel ». L’économie m’apparaît comme une chaîne qui lie entre eux des acteurs de taille et de secteur différents. Prenez par exemple le très haut débit, déterminant pour l’avenir : il concerne à la fois l’industrie pour les infrastructures, et les services, qui viennent s’y greffer. Tout doit être fait pour préserver ces liens.

Pendant cette période économique très cruelle, n’avezvous pas trop privilégié les thématiques sociétales, éloignées des préoccupations quotidiennes des entreprises? Défendez-vous assez l’industrie qui souffre ?

Souvenez-vous que j’ai été la première à tirer la sonnette d’alarme sur les dangers que couraient les industriels. La toute première aussi à soulever le problème de l’assurance crédit. Comment prétendre que je ne défendrais pas les entreprises au quotidien alors que la priorité du Medef était de s’attaquer à la taxe professionnelle (relisez notre livre«Besoin d’Air!») et que nous avons obtenu satisfaction grâce à notre travail, à la solidarité entre industrie et services au sein de notre organisation, et aussi au courage politique du gouvernement. Nous nous sommes battus comme aucune autre organisation pour éviter un abaissement du seuil en dessous duquel une entreprise est exonérée. Ça, c’est un discours entrepreneurial et industriel! Sachez aussi que pour défendre l’entreprise en général et l’industrie en particulier, vous devez comprendre et aimer la société dans laquelle elles vivent. Si, par exemple, il faut admettre le principe d’une fiscalité écologique, nous sommes là pour poser les conditions: nous souhaitons qu’elle soit repoussée jusqu’au projet de loi de finances pour 2011 mais surtout nous exigeons une compensation, comme pour les ménages. Nos messages sont crédibles si, et seulement si, nous montrons un esprit de responsabilité. C’est pourquoi la dimension sociétale, je la revendique et nous en sommes tous fiers! C’est aussi pourquoi nous prêtons moins à la caricature qu’autrefois.

Dans quelques jours, nous arriverons au terme des états généraux de l’industrie voulus par le président de la République. On vous a peu entendue sur le sujet...

Auriez-vous oublié que c’est nous qui en avons eu l’idée? Je disais dès 2005 que l’on ne pouvait pas penser le social sans l’économique et nous avons fait, avec les syndicats, une déclaration commune en faveur d’une politique industrielle. Nous avons ensuite relancé cette idée grâce à une «délibération» conduite par Bernard Chambon, le président de l’UIC et Véronique Morali, la présidente de la commission Dialogue économique au Medef. Le Président et le ministre de l’Industrie, Christian Estrosi, ont alors compris qu’on pouvait en faire quelque chose de grand. Vous ne serez donc pas surpris qu’aujourd’hui tous les documents des états généraux sur le diagnostic de la situation sortent des services du Medef. Ils ont été établis à partir de notre chiffrage, de nos statistiques, en coopération avec le Groupe des fédérations industrielles (GFI). C’est dire encore si l’on nous a entendus sur le sujet. Au passage, notez que le GFI vient s’installer dans les prochaines semaines avec nous au siège du Medef.

Quelles conclusions espérez-vous que Nicolas Sarkozy tirera des états généraux de l’industrie ?


L’enjeu de la compétitivité est au centre du diagnostic partagé des états généraux et l’essentiel serait que le Président le reprenne à son compte. J’ai bon espoir qu’après ce processus de réflexion sur l’industrie, le mot de «compétitivité » ne fasse plus peur!

Quelles mesures concrètes attendez-vous pour retrouver de la compétitivité? Moins de charges, moins d’impôts ?

Tout à fait. Car nous avons en France un talent industriel, des gènes industriels extrêmement forts, une culture scientifique et des écoles d’ingénieurs de haut niveau, bref tout pour gagner.Mais ce potentiel ne peut pas s’exprimer parce que le financement de la protection sociale est à la seule charge des entreprises. Les premières mesures devraient donc porter sur ce sujet. Les dépenses de la collectivité en faveur de la famille ne doivent plus être financées par les entreprises, comme c’est le cas aujourd’hui. Si nous nous comparons à l’Allemagne, nous voyons que le handicap de l’industrie française n’est pas lié à son offre mais à la structure des coûts qui pèsent sur l’entreprise. Je le répète: une vraie politique pour l’industrie serait d’accomplir des avancées sur le financement de la protection sociale.

PROPOS RECUEILLIS PAR THIERRY DEL JÉSUS ET LAURENT GUEZ



Comment ils jugent la présidente du Medef

Jean-François Pilliard, délégué général de l’UIMM, président de la commission Protection sociale du Medef
"Je vais prendre la présidence de la commission de la Protection sociale. Mais le fait que l’UiMM préside cette commission n’entame pas notre liberté par rapport à la campagne qui va s’ouvrir. Elle ne préjuge pas de notre soutien à telle ou telle candidature. nous entendons mener une réflexion de fond sur la représentation patronale au sens large."

Jean-Pierre Clamadieu, PDG de Rhodia et président de la commission Développement durable du Medef
"Le procès fait à Laurence Parisot est injuste et décalé par rapport à la réalité du Medef. Sur tous les sujets qui concernent l’industrie, le Medef exerce un lobbying intense vis-à-vis des pouvoirs publics français et à Bruxelles, en lien avec les fédérations. Le processus électoral n’a pas encore débuté, mais si quelqu’un a un autre projet pour le Medef, et veut être candidat, qu’il se déclare !"

Emmanuel Vasseneix, PDG de la Laiterie de Saint-Denis-de-l’Hôtel,adhérent de l’Union des entreprises du Loiret
"Je m’interroge sur la représentativité patronale. Si certaines industries sesentent bien représentées au Medef,ce n’est pas le cas pour une PMEde l’agroalimentaire comme nous.L’agroalimentaire, qui est l’undes fleurons de l’industrie,est complètement oublié. Jean-rené Buisson a raison de monter au créneau là-dessus.

Pierre Nanterme, directeur général d’accenture monde, président de la commission  Economie du Medef
"Avec l’arrivée de Laurence Parisot, un changement majeur est intervenu dans le fonctionnement du Medef. il est devenu beaucoup plus collectif. avant que la nouvelle équipe soit mise en place, les décisions étaient prises par deux personnes, trois dans le meilleur des cas. aujourd’hui, le Medef est dirigé par des élus."

T
hibault Lanxade, président d’aqoba et membre de la commission nouvelles générations du Medef
"Le départ de l’ania a été un coup de tonnerre. il est temps d’ouvrir le débat sur le programme du Medef. Quels sont ses combats pour les entreprises, sa gouvernance, son projet sociétal? il ne s’agit pas de faire le bilan de Laurence Parisot, elle n’a pas à en rougir, mais de réfléchir à notre avenir."

Partagez l’info :

Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin Partager cet article sur Wikio envoyer à un ami

Effectuer une autre recherche

Rechercher
À la une
Jean-Baptiste Collin de Sussy

La sémantique de l'industrie

Ne dites plus industrie, mais redressement productif. C'est désormais le nom de ce ministère qui a vu le jour pour la...

Neri Oxman

L'impression 3D détournée par l'artiste Neri Oxman

L'architecte et designer Neri Oxman expose au Centre Georges Pompidou, à Paris, ses sculptures...

Guillaume Klossa

"Je suis fasciné par les technologies sans fil"

Guillaume Klossa, qui vient de publier un rapport sur l'impératif industriel, répond à notre...

Arnaud Montebourg

La semaine chargée d’Arnaud Montebourg, et le reste de l’actualité industrielle

On le savait déjà. Ministre est un métier à plein temps. Arnaud...


© L'Usine Nouvelle    - Publicité- Conditions générales d'utilisation - RSS - Pour nous contacter