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Laissez-vous téléporter…

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Réaliser des opérations de maintenance ou d’assistance à distance avec les nouveaux outils connectés, c’est possible. GRDF et DCNS montrent l’exemple.

Laissez-vous téléporter…
Les lunettes connectées de la PME charentaise Singularity Insight sont un outil d’aide à la décision qui réduit les délais d’intervention sur le terrain.

Non, vous n’allez quand même pas pouvoir dématérialiser un salarié pour le rematérialiser à plusieurs centaines de kilomètres de sa base façon « Star Trek ». Mais presque ! Il existe désormais des outils connectés qui permettent à un expert d’un domaine donné de piloter à distance les gestes d’un opérateur. De voir ce qu’il voit en temps réel. Idéal pour une intervention en urgence sur une panne, la formation de techniciens ou d’opérateurs, la maintenance et la réparation programmées, et pour bien d’autres situations encore.

« Ces outils vont permettre de gagner beaucoup de temps et surtout, dans certains cas, cela peut éviter un arrêt d’exploitation parce que l’expert n’est pas présent sur place », résume Frédéric Pedro, le PDG de Singularity Insight, une start-up d’Angoulême (Charentes) qui a développé une solution d’expertise à distance via des lunettes connectées. Ces lunettes son et voix sont munies d’une minicaméra, d’un micro et d’une connexion internet sécurisée. L’expert peut ainsi guider à distance l’opérateur, confirmer ou préciser un diagnostic de panne, ou conseiller sur le bon geste à réaliser. Ces outils connectés sont en phase d’expérimentation, par exemple chez GRDF. Le groupe DCNS, qui a travaillé avec Singularity Insight, préfère pour l’instant parier sur la mise en réseau de ses salles de réalité virtuelle, une technologie plus mature et plus adaptée à ses besoins.

1. D’abord convaincre

L’un des points importants lorsque l’on veut déployer ce type d’outils est d’impliquer tous les opérateurs concernés et pas seulement le management. « Il ne faut pas donner aux salariés l’impression qu’on les manipule à distance et qu’ils n’auraient plus de compétences », explique Jean-Luc Godon, délégué innovation de GRDF. « Il faut aussi prouver qu’il y a un retour sur investissement », ajoute Frédéric Pedro. Le spécialiste de la distribution de gaz, qui doit gérer et maintenir près de 200 000 kilomètres de canalisations en France, était le candidat idéal pour l’emploi de tels outils : ses problématiques ont trait aussi bien à la construction du réseau qu’à la maintenance et à la réparation de pannes fortuites, tout en essayant de réduire au minimum les coupures de gaz. Le groupe a débuté sa collaboration avec Singularity Insight en septembre?2014. Il a organisé plusieurs réunions avec des équipes pilotes, composées de salariés de tous niveaux des différents métiers de GRDF : exploitation du réseau, maintenance, relation client, système d’information… La start-up charentaise a effectué des démonstrations en situation réelle, pendant que GDRF identifiait ses besoins. Ensuite, le groupe a procédé à une phase d’expérimentation qui a duré quatre mois, entre avril et juillet?2015, au sein de la division exploitation réseau, avec deux paires de lunettes, dans deux régions : Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Techniciens de terrain et experts ont pu partager leur avis en « live », convenir rapidement d’un diagnostic, puis d’une réparation. L’un des principes élémentaies a été de laisser aux opérateurs la liberté de connecter ou non leurs lunettes. « Nous avons constaté une accélération dans les prises de décision entre l’opérateur sur le terrain et l’expert », souligne Jean-Luc Gonon, évoquant « une expérimentation très positive ». D’autant que le système ne nécessite aucune formation lourde : en moins de deux heures, l’outil est maîtrisé car les interfaces sont très intuitives. Seul bémol, quelques cobayes ont ressenti une sensation de mal de mer provoquée par les lunettes.

2. Fiabiliser et sécuriser les outils

Dans la téléportation, la qualité de l’image et du son est fondamentale. GRDF a réalisé des codéveloppements avec Singularity Insight afin d’améliorer la qualité des images HD, notamment lorsque l’intervention a lieu autour d’immeubles de grande hauteur. La haute définition permet d’obtenir un bon niveau de détails, même si l’image est forcément un peu saccadée. GRDF a fait de même pour régler certains problèmes de son dans les environnements très sonores, fréquents sur un réseau de gaz situé en ville. Autre amélioration à terme : il sera possible à l’expert d’envoyer à distance des documents techniques (un extrait de maquette numérique par exemple) directement dans les lunettes de l’opérateur. L’autre aspect à ne pas négliger concerne la sécurisation des échanges sur internet. Singularity Insight travaille aussi bien en protocole SSL/TLS que HTTPS et, dans certains cas, pour les systèmes critiques par exemple, il peut proposer une solution de cybersécurité. Car la téléportation pourrait ne pas concerner qu’une entreprise et ses salariés, comme c’est le cas pour l’instant chez GRDF. Il serait parfaitement envisageable de faire du partage de vidéos et de sons avec un sous-traitant. D’où la nécessité de sécuriser les échanges.

3. S’adapter aux contraintes

Chez DCNS, la problématique est un peu différente de GRDF. Les interventions peuvent avoir lieu sur les navires en mer, qui sont des systèmes très complexes : sous-marins nucléaires, frégates ou porte-avions Charles-de-Gaulle. « Il faut transmettre des données entre deux endroits pouvant être très éloignés, dans des zones mal couvertes, et cela passe souvent par le satellite », explique Yann Bouju, le responsable, à Lorient, des activités réalité virtuelle et augmentée de DCNS. Selon lui, les technologies des lunettes connectées n’ont pas encore atteint le degré de maturité nécessaire pour ces besoins spécifiques. DCNS a toutefois travaillé sur une solution de réalité augmentée dans laquelle un expert recevant un flux vidéo en provenance d’un bateau, peut, après analyse, « accrocher » des marqueurs sur la vidéo (indications, fléchage…) et renvoyer les images au technicien de terrain. Grâce à la rapidité d’intervention, cette solution a permis, à plusieurs reprises, au navire d’être toujours opérationnel. Le groupe naval s’est également doté d’un système reposant sur un réseau de cinq salles de réalité virtuelle, réparties entre ses sites de Cherbourg (sous-marins), Lorient (frégates) et Toulon (systèmes de combat). Les salles peuvent travailler en réseau, deux par deux, de façon sécurisée. Par conséquent, les opérateurs des chantiers navals, les soudeurs et les monteurs, ont la possibilité de parfaire à distance leur gestuelle avec des formateurs, en s’appuyant sur une projection de la maquette numérique. « Nous pouvons également faire travailler ensemble deux équipes sans avoir à les déplacer », souligne Yann Bouju. À l’avenir, DCNS fera travailler toutes ses salles de réalité virtuelle ensemble, et non plus seulement deux par deux. 

La supply chain est aussi concernée
 

Au-delà d’un usage au sein de l’entreprise, les technologies des outils connectés devraient offrir, à plus long terme, de nouvelles possibilités de pilotage d’une supply chain. Le donneur d’ordres pourra, par exemple, contrôler à distance les fabrications effectuées par son sous-traitant ou certifier un nouveau process. De même, il pourra réaliser des diagnostics qualité à distance et, de fait, réaliser des interventions en urgence lui permettant de gagner des jours précieux.

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