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Lafarge prend les devants face à un avenir incertain

Le 30 juillet 2010 par Yann Le Houelleur
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Ciment
© Lafarge

La hausse de la demande sur le marché des matériaux de construction devrait se montrer limitée cette année, ce qui amène le premier cimentier de la planète à donner un tour de vis supplémentaire dans le cadre de son programme de réductions des coûts. Des opérations de désinvestissements supplémentaires s'avèrent inexorables. Et l’endettement du groupe commence à le gêner aux entournures.

Lafarge s’attend à des jours plus difficiles que prévu sur le marché, les matériaux de construction, dont il détient le leadership à l’échelle mondiale.
Une douche froide semble avoir été jetée lors de la présentation des résultats semestriels, à Paris le 30 juillet 2010. Certains indicateurs plutôt encourageants au deuxième trimestre (en particulier, une hausse de 2 % du chiffre d'affaires et une marge d’exploitation courante en hausse de 60 points) n’ont pas empêché le déclenchement de voyants rouges pour l’ensemble du premier semestre écoulé. Pendant toute cette période, un CA en repli de 3 % par rapport au premier semestre 2009, un résultat courant en baisse de 5 % et une marge opérationnelle en recul de 30 points.

Lafarge est confronté aux incertitudes qui pèsent sur la reprise économique, y compris dans les pays émergents contribuant à un peu plus de la moitié de son chiffre d’affaires. Le plus étonnant est que la baisse des volumes, au premier semestre 2010, ait atteint 5 % dans ces pays censés être bénis des dieux.

A la fin de l'année dernière, les dirigeants du premier cimentier mondial avaient misé sur une croissance de la demande mondiale entre zéro et 5 %. Le contexte actuel l’amène à revoir à la baisse ces prévisions : en 2010, les ventes de ciment devraient diminuer de 1 % dans le pire des cas ou progresser de 3 % dans le meilleur des cas.


Un endettement de 15,16 millards d'euros

Pour limiter les risques de casse et mettre toutes les chances de son côté, Lafarge n'hésite pas à donner un tour de vis supplémentaire. Priorité affichée : la poursuite des efforts entrepris dans la réduction de la dette accumulée, qui atteignait le pic de 15,16 milliards d’euros au 30 juin. En février dernier, la presse avait annoncé que cette dette frôlait 14 milliards d’euros.

Un élément a aggravé la situation, nuance-t-on à la direction de la communication du cimentier : «Des fluctuations en termes d’effets de change ont impacté notre endettement dans une proportion d'un milliard d’euros». Toujours est-il que le groupe promet d'accroître le rythme de ce désendettement : il avait déjà réussi à sécuriser 350 millions d’euros à la fin du premier semestre, alors que l’objectif de 300 à 500 millions d'euros d’allègement du fardeau avait été initialement fixé pour l’année en cours.

«Nous travaillons à rendre la situation financière la plus saine possible,
certifie-t-on au siège de Lafarge. La preuve de notre capacité à y parvenir, c’est que nos marges restent honorables dans un contexte économique incertain.»
Le numéro mondial du ciment, par ailleurs numéro deux dans les granulés et le béton, continue à croire au potentiel de son modèle de développement. Celui-ci consiste à accompagner la hausse de la demande sur le marché des matériaux de construction par le renforcement de ses positions dans les régions du monde où l’urbanisation se fait galopante.
Mais en l’état actuel des choses, Lafarge ne peut qu’envisager l’accélération de poursuite de son programme de compression des coûts. «Nous n’avions pas encore dit certaines choses», a semblé s’excuser le PDG du groupe, Bruno Lafont, le 30 juillet 2010.


Recentrage des activités en cours

Entre autres mesures, les investissements passeront sous la barre du milliard d’euros l’an prochain. Et le plan de désinvestissement amorcé en janvier dernier se poursuivra de plus belle, «de manière (ajoute-t-on à la direction de la communication) à garantir un meilleur recentrage des activités».
Le 17 juin, Lafarge avait ainsi réduit sa participation dans le capital de LMCB, un cimentier en Malaisie dont il était resté toutefois l’actionnaire majoritaire. Cette opération lui avait rapporté 141 millions d’euros. Deux mois plus tôt, le cimentier français avait réussi à économiser 77,5 millions d’euros en créant une société commune avec un homologue autrichien, Strabag, lequel avait pris 30 % de cette joint venture.

Les actionnaires-clefs de Lafarge sont le groupe Bruxelles Lambert, avec 21,1 %, et l’Egyptien NNS Holding, avec 13,2 %. Divers investisseurs étrangers détiennent 35 % du capital. Plusieurs investisseurs français tout comme des actionnaires individuels se partagent le restant.

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