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La valorisation des déchets, une nouvelle richesse

Le 14 janvier 2010 par DE NOTRE CORRESPONDANTE, GENEVIÈVE HERMANN | L'Usine Nouvelle n° 3175

Terre très tôt touchée par la pollution industrielle, la région a développé un pôle d'excellence dans les écotechnologies appliquées aux matières et matériaux. Désormais structuré et industrialisé, il pourrait devenir un pôle de compétitivité.

Le tri des déchets est né à Dunkerque. Le plus grand centre de valorisation des déchets organiques d'Europe se trouve à Sequedin, près de Lille. La vitrine de Sita France en matière de recyclage se construit à Noyelles-Godault, en lieu et place de l'ancienne usine Metaleurop Nord. La première unité en France de traitement automatique des appareils électroménagers du froid a vu le jour chez Envie 2E à Lesquin. Le Nord-Pas-de-Calais est également une région pilote pour le traitement des sédiments pollués en vue d'une réutilisation dans le BTP.

Le pôle d'excellence régional Team (Technologies de l'environnement appliquées aux matières et matériaux) regroupe une soixantaine d'entreprises, laboratoires et institutions. Il est porté par CD2E, une structure d'accompagnement des éco-entreprises créée dès 2002 par le maire de Loos-en-Gohelle, Jean-François Caron. Team, qui a répondu à l'appel d'offres du gouvernement pour de nouveaux pôles de compétitivité dédiés aux écotechnologies, a, d'ores et déjà, lancé une dizaine de projets traitant de solutions innovantes dans la valorisation de déchets.

L'entreprise d'insertion Le Relais a ainsi conçu un matériau en textiles recyclés capable de remplacer la fibre de verre traditionnelle dans l'isolation des bâtiments. Un autre projet a permis d'optimiser la récupération des métaux précieux contenus dans les cartes électroniques et va donner lieu à la création d'une usine dédiée au recyclage de ces cartes (lire l'encadré p. 64). Des travaux sont en cours avec l'Ecole des mines de Douai pour la mise au point d'un dispositif de traitement des sédiments de curage de cours d'eau, qui pourraient ainsi se substituer aux produits de carrières.

Pour Paul Deffontaine, le président fondateur du Cercle national du recyclage, « c'est dans le Nord-Pas-de-Calais que se trouvent le plus grand nombre de sites dédiés à la valorisation des matériaux en seconde vie.Nulle part ailleurs en France n'existent autant de savoir-faire si diversifiés dans ce domaine ». Cette diversité, vue comme une dispersion, avait discrédité en 2005 la candidature à un pôle de compétitivité déposée par CD2E. Depuis, les activités de recyclage se sont structurées et industrialisées, tout particulièrement autour de la métropole lilloise et dans l'ancien bassin minier.

Dans son usine de Lesquin, où elle transforme chaque année en paillettes 12 000 tonnes de bouteilles en plastique destinées à être valorisées à 80 % en fibre textile, la PME Nord Pal Plast vient de se doter d'une ligne spéciali-sée dans la récupération de PET. Transformé en paillettes prêtes à l'emploi, ce PET est suffisamment pur pour entrer dans la fabrication par Cristaline de nouvelles bouteilles d'eau. Une première en France, soutenue par la communauté urbaine Lille Métropole dans le cadre de la reconversion de la friche industrielle de Selnor (ex-groupe Moulinex-Brandt).

Une spécificité régionale historique

C'est l'une des spécificités de la région : la reconversion des très nombreuses friches industrielles a fait émerger une filière de recyclage dès la fin des années 1990. Pourquoi ? Parce qu'il fallait fournir des solutions de reclassement aux opérateurs mis sur le carreau après la fermeture des industries traditionnelles et parce que la valorisation des déchets n'était pas assez rentable pour intéresser des entreprises non subventionnées. Aussi les collectivités territoriales ont-elles décidé de soutenir l'implantation d'entreprises d'insertion, qui sont devenues des pionnières du recyclage.

C'est sur ce modèle qu'est né Nord Pal Plast en 2006, mais aussi l'usine d'Envie 2E, spécialisée dans la valorisation des déchets d'équipements électriques et électroniques (D3E), qui s'est installée en 2003 sur l'ancien site de Selnor. Même schéma pour Le Relais, qui a remporté cette année le prix de l'Entrepreneur social organisé par le Boston Consulting Group et la fondation Schwab. Cette entreprise d'insertion se dotera courant 2010 d'une usine dédiée à la fabrication en série d'un écomatériau isolant. Elle envisage de l'implanter à Auchel, dans le Pas-de-Calais. La reconversion des friches industrielles a fait naître des savoir-faire en matière d'ingénierie de l'environnement propices au développement de sites comme celui de Sita (filiale de Suez Environnement), à Noyelles-Godault, appelé Agora (lire l'encadré p. 65). Cette plate-forme de recyclage a démarré par le tri des cartons et papiers, le traitement des terres polluées aux hydrocarbures et le recyclage des déchets de soins médicaux. L'an dernier, Sita y a investi 18 millions d'euros dans trois nouvelles unités dédiées à la récupération de palettes de bois, au traitement de câbles électriques et au démantèlement des véhicules hors d'usage.

Spécialiste de la valorisation industrielle des matières plastiques après broyage des biens de consommation en fin de vie, Galloo Plastics poursuit son développement, à Halluin. Sa capacité à obtenir des polymères thermoplastiques purs à plus de 96 % a fait de la filiale du groupe familial Galloo une référence mondiale. « Dès que la sortie de crise se confirme, nous relançons notre projet d'extension de notre site. Notre chiffre d'affaires en 2009 atteindra les 20 millions d'euros. D'ici à quatre ans, nous pourrions alors le doubler », assure Hugues de Féraudy, le fondateur et PDG de Galloo Plastics.

Le groupe Galloo compte une trentaine de filiales en France, en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne. Il a réalisé 400 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2008, avec un effectif de 500 salariés. Ce broyeur de carcasses automobiles s'est diversifié dans le recyclage des matières plastiques et des D3E. « Nous sommes équipés pour valoriser près de 91 % des véhicules hors d'usage, quand la plupart de nos concurrents peinent à en recycler plus de 83 %. L'objectif de la Commission européenne d'atteindre les 95 % en 2015 est à notre portée », souligne Olivier François, responsable environnement chez Galloo France.

Tensions entre PME et grands groupes

Tout semble prêt pour le lancement d'un pôle de compétitivité. Persiste toutefois un risque de tension entre les PME engagées depuis longtemps dans le recyclage et les grands groupes comme Veolia et Suez Environnement. En novembre, la Fédération des entreprises de recyclage de Nord-Picardie s'est inquiétée de la mainmise des grandes entreprises sur le pôle Team. « Tout est parti d'une incompréhension sur l'organisation de la gouvernance », explique Christian Traisnel, le directeur général de CD2E. Ce couac portera-t-il préjudice à la candidature du dossier du Nord-Pas-de-Calais ?

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