La tunisienne a les atouts pour prospérer, selon un économiste
Publié lepar Paul Taylor
PARIS (Reuters) - L'économie tunisienne, une fois débarrassée légalement de l'emprise tentaculaire du clan Ben Ali, a tous les atouts pour prospérer, estime un des économistes en vue du pays.
Moncef Cheikhrouhou, qui a dû vendre ses parts dans le groupe de presse familial à un parent du président Zine el Abidine Ben Ali et s'exiler en 2000, assure qu'une commission créée par le ministère de la Justice se chargera de débusquer les avoirs acquis grâce au népotisme et à la corruption.
"Ils se comportaient comme une mafia qui récoltait de l'argent dans tous les secteurs de l'économie tunisienne", déclare Cheikhrouhou dans une interview accordée à Paris, où il enseigne la finance internationale à l'école de commerce HEC.
"Par exemple, toutes les voitures importées devaient être contrôlées par la famille. Les Tunisiens qui souhaitaient importer de nouvelles marques devaient soit offrir une part majoritaire de leur société à un membre de la famille, qui ne payait pas, soit reverser une partie de leurs bénéfices."
Moncef Cheikhrouhou assure que la Tunisie possède une jeune classe d'entrepreneurs prête à créer de la richesse et des emplois une fois que l'emprise suffocante de l'ancien clan au pouvoir aura disparu, ainsi que des services publics compétents capables d'administrer le pays.
Dans un rapport, la Banque mondiale a estimé que, sans népotisme et corruption, le taux de croissance du produit intérieur brut tunisien, actuellement d'environ 4% par an, pourrait atteindre 6 à 7%, la croissance de l'Inde, dit-il.
Cheikhrouhou, qui est âgé de 65 ans, est vice-président du Cercle des économistes arabes. Il est proche de personnalités d'opposition et certains le voient comme un futur ministre des Finances ou de l'Economie dans un gouvernement démocratique.
RÉTABLIR L'ÉTAT DE DROIT
"La Tunisie ne démarre pas de zéro", souligne-t-il, notant la présence de 1.350 entreprises françaises, 300 à 400 entreprises italiennes et quelques grands groupes américains dans ce pays de dix millions d'habitants qui a un accord de libre-échange avec l'Union européenne.
Beaucoup de ces entreprises ont dû conclure des partenariats avec des proches de l'ancien président et de la famille de son épouse Leïla Trabelsi, qui devront être dénoncés.
Moncef Cheikhrouhou prend l'exemple de la chaîne de bricolage Bricorama, qui s'est installée en Tunisie après la conclusion d'un accord avec un membre de la famille Trabelsi. "Légalement, il faudra trouver à Bricorama un autre partenaire. Les parts seront vendues aux enchères via un processus ouvert."
"On essaie de faire en sorte que l'état de droit soit rétabli en Tunisie", poursuit l'économiste.
"Je m'attends à ce que cette commission reçoive un nombre énorme de demandes d'indemnisation. Les cas les plus flagrants, les familles Trabelsi et Chiboub, seront traités plus facilement que les affaires de blanchiment d'argent." La famille Chiboub est liée à l'ancien clan présidentiel par une fille née du premier mariage de Ben Ali.
Moncef Cheikhrouhou dit avoir appris de la banque centrale que la famille de l'ex-président avait sorti 1,5 tonne d'or du pays, estimée à 50 millions d'euros. Les miliciens fidèles à Ben Ali ont essayé de prendre d'assaut la Banque de Tunisie dimanche pour prendre davantage d'or mais ont été repoussés par l'armée, ajoute-t-il.
Des manifestants ont quant à eux attaqué des supermarchés Carrefour ou Monoprix, ce qui pourrait être lié à la colère contre les autorités françaises, qui se sont refusées à critiquer le président Ben Ali jusqu'à sa fuite à l'étranger vendredi dernier.
Moncef Cheikhrouhou note en revanche que les infrastructures touristiques ont été épargnées lors du soulèvement. Le tourisme est le premier pourvoyeur de devises du pays, avec 6,9 millions de visiteurs en 2009, selon l'Organisation mondiale du tourisme.
Edité par Jean-Stéphane Brosse
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