La très discrète étiquette écolo en test dans l'industrie
Par PAR ADRIEN CAHUZAC ET PATRICK DÉNIEL - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3245
ENQUêTE Alors que Bruxelles a décidé de faire le ménage dans les allégations santé des produits alimentaires, c'est un autre affichage qui préoccupent les industriels. Depuis le 1er juillet, 168 entreprises testent pendant un an l'affichage de l'impact environnemental de leurs produits.
Le consommateur pourra-t-il choisir demain, d'un simple coup d'oeil, entre deux marques de yaourts celle dont l'impact environnemental est le plus faible ? En théorie, oui. En pratique, il y a peu de chances... Depuis le 1er juillet, 168 entreprises de la grande consommation testent pendant un an l'affichage de l'impact environnemental de leurs produits. Mais quelques jours avant le coup d'envoi, l'initiative semblait déjà virer à la "grande pagaille". Le postulat de départ du ministère de l'Environnement était pourtant louable : "donner une approche multicritère de l'impact environnemental, au-delà des seules émissions de CO2". Avec pour objectif de sensibiliser le consommateur. C'est là que le bât blesse ! En laissant une trop grande marge de manoeuvre aux industriels, chacun ou chaque secteur a concocté sa recette. Impossible dès lors pour le consommateur de comparer. En attendant que des règles identiques pour tout le monde soient officialisées par le ministère fin 2012, de nombreuses initiatives cohabitent.
Manque d'harmonisation des critères
Depuis deux ans, des groupes de travail par branche ont tenté de choisir trois indicateurs, dont le CO2, en fonction de leur pertinence pour le secteur : l'agroalimentaire a choisi l'impact sur la qualité de l'eau et la biodiversité ; le textile, la consommation et l'eutrophisation de l'eau ; l'ameublement a ajouté l'acidification de l'air. Des projets pilotes ont ensuite été lancés en vue de la période d'expérimentation qui démarre en juillet. Et là encore, pas de démarche commune entre les secteurs.
Certains, à l'instar du textile, ont mis en place des projets collectifs, d'autres, comme les cosmétiques, avanceront en ordre dispersé. Weleda, L'Oréal ou L'Occitane vont proposer des indicateurs communs sur leurs shampoings sans s'être mis d'accord sur la méthode de calcul ! Dans la lessive, les trois géants, Henkel, Unilever et Procter et Gamble, n'ont pas hésité à imposer leur choix aux autres ! Leur « esprit d'équipe » est si poussé qu'ils ont décidé d'afficher des valeurs génériques par types de lessives (poudre, liquide standard, concentré, etc.). Impossible dès lors de savoir si l'impact sur l'environnement de la lessive Le Chat (Henkel) est supérieur à celui d'Ariel (Procter et Gamble).
Résultat, les petits concurrents, qui ont bâti leur stratégie sur le développement durable comme le français Novamex (L'Arbre Vert), se sentent mal à l'aise. Gilles Olivier, le responsable de la R et D de la PME, s'interroge : "Quel intérêt pour nous d'afficher des valeurs qui seront les mêmes que celles des multinationales ?". Dans l'agroalimentaire, les brasseurs Heineken et Kronenbourg ont aussi décidé de faire "valeurs communes". Le consommateur ne pourra donc pas comparer les bières des deux géants.
D'autres fabricants au contraire se sont attelés à développer des démarches précises. Ils ont mis en place des audits environnementaux depuis les matières premières à la distribution. Le spécialiste de la margarine Saint-Hubert a fait appel au cabinet Bio Intelligence Service pour la collecte d'informations, puis à l'Institut technique de la filière des corps gras pour réaliser les analyses de cycle de vie et les bilans carbone. Dans le textile, un pôle Alsace composé de PME régionales (DMC, Alsa Textile, Virtuose, etc.) a mis en place une méthodologie commune aux intervenants avec l'aide de l'Institut technique du textile (IFTH) de Mulhouse.
Un affichage souvent simple et discret
Si le choix des critères et méthodes de calculs est un véritable casse-tête pour les fabricants, les questions concernant l'affichage et l'information du consommateur ont été plus rapidement traitées. Les entreprises, en particulier les multinationales, ont souvent choisi de faire simple et discret, en communiquant sur leur site internet plutôt que sur leurs produits. "L'évolution du packaging se décide au niveau européen, justifie Gilles Lematte, le responsable environnemental de Weleda. On peut difficilement modifier un emballage pour un seul pays et pour une expérimentation de quelques mois." Une pratique qui ne semble pourtant pas poser problème lorsqu'il s'agit de véhiculer des promotions !
Dans l'agroalimentaire, pas d'inscriptions non plus sur les produits. "Il y a déjà énormément d'informations sur les packagings. On ne veut pas noyer le consommateur", explique Carole Fonta, chef de projet développement durable à l'Association nationale des industries de l'agroalimentaire (Ania). La filière devrait opter pour une application téléchargeable sur mobile qui renverra vers un site internet. Le textile et l'ameublement seront les rares bons élèves. Des étiquettes reprenant les trois indicateurs choisis fleuriront dès juillet sur certains articles comme les chemises de l'enseigne Jules, les matelas Dunlopillo et Simmons de But et Conforama. Une chose est sûre, le client écolo n'est pas prêt d'y voir clair dans les linéaires...
A chaque secteur ses critères
Agroalimentaire : à partir d'un code-barres - Les indicateurs retenus : Effet de serre (CO2) Qualité de l'eau (PO4) Biodiversité L'Ania prévoit que le consommateur accède à une information « déportée » sur internet. L'application pour téléphone mobile Proxi Produit sera téléchargeable. En scannant le code-barres du produit, les informations relatives à l'impact environnemental du produit seront consultables sur un site internet.
Textile : tout sur l'étiquette - Les indicateurs retenus : Effet de serre (CO2) Consommation en eau Eutrophisation (PO4) Deux projets collaboratifs en Alsace et en Rhône-Alpes (Altertex) ont été menés avec des approches filières, depuis l'amont jusqu'à la distribution. Le fabricant de tissus Virtuose s'est notamment associé à l'enseigne Jules pour lancer une étiquette environnementale sur une collection de chemises.
Cosmétiques : sur Internet - Les indicateurs retenus : Effet de serre (CO2) Ecotoxicité aquatique (PO4) Consommation en eau Huit fabricants et huit méthodes ! À partir du cadre général sur un référentiel « shampoing » fixé par la filière, les entreprises de la beauté ont choisi de travailler séparement. L'Oréal, L'Occitane et Weleda notamment vont proposer sur leur site internet des valeurs établies d'après des cabinets spécialisés.
Ameublement : un label exemplaire - Les indicateurs retenus : Effet de serre (CO2) Eutrophisation (PO4) : Acidification de l'air (SO2) Une étiquette « literie » verra le jour chez Conforama et But. Et ce sur une soixantaine de matelas des fabricants Cauval (Dunlopillo), Simmons et Cofel (Bultex, Epeda). L'interprofession a même poussé le test jusqu'à proposer une échelle de A à E, pour permettre aux consommateurs de comparer leurs matelas.
1 réaction
Gunther69 | 02/08/2011 - 22H51
Sérieusement...
C'est une mesure qui va coûter cher et qui ne fonctionnera pas! Même si le but suivi est louable, les moyens employés sont complètement à côté de la plaque.
Moi je vois très bien un service d'état, qui soit indépendant de tout lobby, qui établissent des critères et des calculs d'impact sur l'environnement.
ENSUITE, les industriels devront s'y restreindre. Si on laisse ces choix aux industriels, ils se mettront d'accord entre eux! c'est tellement évident!
Il faut aller de l'avant, tout en sachant bien qu'on ne sera pas parfait au début (votre papaye ne viendra jamais d'Europe :)) mais avec le temps, les consommateurs feront leur choix en conséquence. Sauf que seuls les personnes ayant les moyens se soucient de l'impact environnemental. Les prolétaires et les bas salaires, eux, n'en ont rien à cirer de tout ça.
Mais comme on dit, il faut bien commencer par quelque chose...

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